LA SOCIOLOGUE ET L’OURSON : entretien avec les réalisateurs Etienne Chaillou et Mathias Théry

De septembre 2012 à mai 2013, la France s’enflamme sur le projet de loi du Mariage pour tous. Pendant ces neuf mois de gestation législative, Ia sociologue Irène Théry raconte à...

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De septembre 2012 à mai 2013, la France s’enflamme sur le projet de loi du Mariage pour tous. Pendant ces neuf mois de gestation législative, Ia sociologue Irène Théry raconte à son fils les enjeux du débat. De ces récits nait un cinéma d’ours en peluches, de jouets, de bouts de cartons.

Portrait intime et feuilleton national, ce film nous fait redécouvrir ce que nous pensions tous connaître : la famille.

 

Entretien avec Etienne Chaillou et Mathias Théry, tous deux réalisateurs :

Comment est née l’idée de LA SOCIOLOGUE ET L’OURSON ?

Etienne Chaillou

Capture d’écran 2016-03-19 à 15.18.55Juste après l’élection de François Hollande, Irène Théry a beaucoup discuté avec Mathias de son travail. Comme elle est sociologue spécialiste de la famille depuis plus de trente ans, elle savait que le projet de loi sur le mariage de même sexe allait faire du bruit. Petit à petit, nous avons senti qu’il y aurait matière à réaliser un film, que le sujet allait toucher beaucoup de gens. En revanche, ni elle ni nous ne pouvions imaginer tout ce qui se passerait par la suite.

Mathias Théry

lrène nous suggérait d’aller voir du côté des familles homoparentales, parce qu’elle y voyait un sujet peu traité et très intéressant dans l’étude de la famille contemporaine. Mais au fur et à mesure de l’avancée du projet, nous nous apercevions Etienne et moi, que ce qui nous intéressait surtout c’étaient les discussions que nous avions avec lrène. Bien que pour elle, il était hors de question que nous fassions un film sur son travail ou sur elle-même.

EC

Alors nous avons rencontré des responsables d’associations homoparentales, des couples d’homosexuels élevant des enfants, des familles ayant pratiqué la GPA, une somme d’expériences souvent passionnantes mais que nous ne parvenions pas à mettre en images. Mathias étant le fils d’lrène, il avait une longueur d’avance sur moi ne serait-ce que par la connaissance de son travail. Je le voyais revenir souvent enflammé de longues discussions avec elle. Et puis je me souviens du jour où je l’ai vue revenir d’un rendez-vous avec la Ministre de la Famille qui préparait la loi. Je revois son état d’hyper excitation. Elle sentait que les choses allaient enfin se faire. Nous avons parlé du projet de loi mais j’ai surtout gardé en mémoire sa passion. Et j’ai enfin vu le personnage que nous allions par la suite essayer de filmer.

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Pourquoi avoir recours aux marionnettes qui, par rapport aux propos tenus, ne sont ja- mais ni redondantes ni démonstratives…

 MT

L’actualité des débats sur le mariage pour tous possédait déjà une forme de théâtralité. Il y avait des rebondissements tous les trois jours. Nous voulions regarder tout cela avec distance, les marionnettes permettent de prendre du recul.

EC

Le paradoxe de la loi sur le mariage pour tous, c’est qu’à la fois c’était écrit d’avance et que per- sonne n’aurait imaginé les mois qu’on a vécus en France. En s’appuyant sur le précédent du PACS, et avant même que les débats commencent, lrène nous avait annoncé pas mal de choses qui allaient se passer.

Comme un dramaturge qui écrirait une pièce de théâtre. Pourquoi alors filmer quelque chose qui est déjà écrit ? Et c’est là que l’idée de la théâtralisation, puis de la marionnette, est née. D’autre part nous voulions illustrer ce que nous appelions les « histoires d’lrène », de manière très simple, juste pour donner de l’image. Mais nous nous sommes rendu compte qu’en filmant des personnes réelles, cela semblerait bizarre. Faire réinterpréter des réalités sociologiques par des gens avec en arrière fond la voix off d’une sociologue nous gênait. Cela aurait un côté « rats de laboratoires analysés par une intellectuelle ». Et lorsque l’idée de la marionnette est survenue, cela a tout de suite collé, car, un peu comme au théâtre, les personnages devenaient alors des symboles. Des symboles du citoyen, de l’enfant, de la femme au fl des générations, du couple homosexuel. mais sans se désincarner pour autant.

MT

Nous avons pensé le récit comme des rencontres inattendues de deux univers : celui du fils et celui de la mère, celui des marionnettes ludiques et celui de la sociologie sérieuse, celui du présent en couleur et du passé en noir et blanc, celui de la narration très découpée des marionnettes, proche de la fiction, et celui du cinéma du réel en plans séquences caméra épaule. Ainsi le film est devenu un dialogue. Rien que le choc des esthétiques raconte quelque chose.

Tristan Barreiros Gueunier

Sa passion secrète : il écoute Les Grosses Têtes de Laurent Ruquier tous soirs en podcast, il ne peut pas dormir sinon... Sa manie : il ne peut pas s'empêcher de répondre et enchainer une chanson à chaque fois qu'on lui parle...

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