VICTOIRE DE FILLON : ET SI C’ÉTAIT UNE CHANCE POUR LES LGBT ?

Avec l'élection du député de Paris, la gauche recommence à y croire...

Les juppéistes et les électeurs de la droite modérée ont voulu y croire jusqu’au bout… Après tout, Fillon avait bien réussi l’inimaginable en arrivant en première position dimanche dernier avec plus de 44 % des suffrages, alors qu’il était surnommé, il y a encore quelques semaines « le troisième homme », voire « le quatrième ».

Une poignée de mains crispée entre une droite dure victorieuse et une droite modérée perdante Crédit : Europe 1

Une poignée de mains crispée entre une droite dure victorieuse et une droite modérée perdante.

Une semaine après le premier tour, le miracle n’aura donc pas eu lieu pour le maire de Bordeaux, et le député de Paris devient donc le représentant officiel de la droite et du centre pour la prochaine élection présidentielle. À la vue d’un programme particulièrement radical et de sa proximité avec Sens Commun, émanation politique de la Manif pour Tous, le public LGBT n’a pas tardé à montrer son inquiétude. Il faut dire aussi que tous les instituts de sondages s’accordent depuis plusieurs mois pour dire que, quel que soit le candidat sortant victorieux de cette primaire, celui-ci serait le gagnant de la présidentielle du printemps prochain. Avec la conclusion de cette pré-élection et l’avènement de François Fillon, l’élection de 2017 serait donc déjà jouée ? Pas si sûr…

26 % au premier tour, et 67 % au second.  À peine désigné hier, les premiers sondages concernant la prochaine élection présidentielle arrivaient dans la foulée et donnait le Sarthois en première position de l’échéance et ce, dès le premier tour. L’évènement est assez rare pour être souligné puisque, jusque-là, il n’y avait guère qu’Alain Juppé pour ravir cette pole position à la patronne du FN assurée, selon ces mêmes sondages, d’accéder au second tour. Le maire de Bordeaux désormais mis hors-jeu par KO, ces premiers indicateurs sont-ils révélateurs d’une réelle dynamique ou un simple effet post-élection ? Quelques heures après la fin de cette primaire, tout reste encore à prendre avec des pincettes. On peut, cela dit, se demander, si ce ne sont pas les premiers effets d’un programme ultra-radical issue d’une droite dure décomplexée, qui commencerait à siphonner les voix de Marine Le Pen ?

 

Rassembler à droite ou au centre :

le dilemme de François Fillon

 

Juste après sa désignation hier, le nouvellement candidat désigné s’empressait d’expliquer sa volonté à, désormais, rassembler tout un pays… Comprenez : convaincre les juppéistes, plus centristes, et les sarkozystes, qui considèrent l’ancien Premier ministre de leur favori comme un traître. Le député de Paris risque donc d’avoir fort à faire au sein de son propre camp, malgré le soutien de la plupart des figures du parti (hormis Henri Guaino), Juppé inclus. Cela dit, peut-on par exemple imaginer les électeurs qui se sont rassemblés autour du maire de Bordeaux pour un programme de droite modérée voter pour celui qui prévoit la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, la réécriture de la loi Taubira et un rapprochement avec… Poutine ?

Si les différents candidats à la primaire semblent avoir oublié leurs divergences à l’annonce des résultats, est-ce aussi sûr du côté des électeurs ? Avec un tel discours, peut-il réellement convaincre les déçus de François Hollande qui ont certes soif de fermeté, mais également de progressisme ? Peut-il rassembler les centristes qui, hier encore, voyaient en Juppé un Bayrou plus crédible ? Avec son programme, le candidat ne risque-t-il pas de tirer la couverture plus à droite que vers le centre ? Les électeurs arrivés au FN par dépit du sarkozysme seront peut-être tentés de revenir faire un tour vers un parti plus à même de gagner que Marine Le Pen, qui risque d’être confrontée une nouvelle fois (une dernière fois ?) au Front républicain… Avec la victoire de François Fillon, n’est-ce pas Marine Le Pen qui est danger ? La droite dure ne risque-t-elle pas de s’entre-tuer ?

Avec la victoire de François Fillon, l'accès de Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle n'est-il pas menacé?

Avec la victoire de François Fillon, l’accès de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle n’est-il pas menacé ?

Une chance pour la gauche

et les LGBT ?

 

Et la gauche dans tout ça ? Si l’hypothèse Juppé, plus centriste, était un cauchemar pour le PS, la candidature Fillon semble rassurer.  En effet, depuis une semaine, le possible avènement du Sarthois à l’Élysée suscite un véritable un émoi chez ceux qui se rangeaient à droite par dépit de Hollande.

 

Il y a eu comme un air de mini 21 avril, ou le même sentiment que le matin où les Français apprenaient, abasourdis, l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis. On ne compte plus les articles d’analyse ou critique du programme de Fillon ou autres posts sur les réseaux sociaux, expliquant en quoi la présidence Fillon serait une menace pour la France, notamment pour le public LGBT.

Il faut dire que celui qui votait en 1982 contre la dépénalisation de l’homosexualité n’a  pas franchement un programme gay-friendly : interdiction maintenue de la GPA et sanctions pénales renforcées pour sa promotion, la PMA toujours interdite aux couples de femmes et aux femmes seules ; enfin, vrai symbole de recul, l’adoption plénière qui devient interdite pour les couples homosexuels. Ces prises de position, plus celles sur la santé, la fonction publique, entre autres, ont fait l’effet d’une bombe dimanche dernier quand le candidat est arrivé largement en tête du premier tour de cette primaire. Encore une fois, jusque-là, selon les sondages et à la vue de la popularité de Hollande, le candidat de la droite était censé gagner la présidentielle, et personne n’y trouvait plus rien à dire depuis longtemps.

Sauf que, depuis une semaine… tout le monde regarde à gauche.  La figure Fillon semble ne pas assez rassembler, la figure Fillon semble trop diviser : trop de régression, même à droite on émet de sérieux doutes. Du coup, à gauche, on commence à se ressaisir, à y croire à nouveau.  Nombreux sont les candidats déjà déclarés : Arnaud Montebourg, Marie-Noëlle Lienemann, Benoît Hamon, Gérard Filoche, Jean-Luc Bennahmias (Front démocrate) et de François de Rugy (Parti écologiste !), sans oublier Emmanuel Macron depuis deux semaines. Ce dernier semble être aujourd’hui le seul réellement déclaré à avoir les faveurs de l’électorat. Mais c’est sans compter sur les primaires de la gauche.

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Selon plusieurs sources, François Hollande devrait présenter sa candidature jeudi…

Cette dernière veut, elle aussi, passer par cette étape démocratique, cette pré-élection, cette sorte d’émanation politique de la Star Academy. La menace Fillon pousse la gauche à se réveiller… et à y croire à nouveau. Peut-être est-ce encore possible de gagner… Il y a comme un vent d’espoir rue de Solférino. Mais, pour gagner, encore faut-il désigner le bon candidat.

 

Taubira, la seule capable de faire gagner la gauche?

 

Depuis une semaine, Manuel Valls cherche à sortir du bois et se démarquer de son président de patron, et un autre nom commence à revenir de plus en plus sur les lèvres : Christiane Taubira. La mère de la loi sur le Mariage pour Tous est même l’objet d’une tribune de l’humoriste Christophe Alévêque dans Libération, l’appelant à rapidement se présenter…. Et si c’était elle ? Figure ultra-populaire, sa candidature pourrait renverser les cartes d’une primaire qui, jusque-là, semble ne guère passionner.

Et Hollande là-dedans ? L’aurait-t-on enterré trop vite ? Les chiffres du chômage repartent à la baisse en octobre et, selon de nombreux spécialistes, il devrait annoncer sa candidature jeudi prochain… Par peur d’un programme trop réactionnaire, la gauche peut encore espérer rassembler et contribuer à faire avancer les droits des LGBT. Cela dit, Entre un candidat à droite, ultra-radical, et une gauche divisée, n’y a-t-il pas un risque de voir les voix partir vers Jean-Luc Mélenchon ? L’espoir est de retour à gauche, certes. Encore faudrait-il ne pas arriver trop divisés…

 

Le mystère Bayrou

 

Et Bayrou dans tout ça ? Soutien indéfectible d’Alain Juppé durant la primaire, il avait dit qu’il réfléchirait à une éventuelle candidature si le maire de Bordeaux n’était pas élu à l’issue de la primaire. Le maire de Pau n’a pas hésité à évoquer ses doutes dès hier, peu après la désignation de Fillon comme candidat de la droite… et du centre. Lui qui en fut longtemps la véritable figure s’était rangé derrière le maire de Bordeaux, y voyant une alternative à une droite trop sectaire (et une possibilité de redevenir ministre ?).

Soutien d'Alain Juppé, François Bayrou jouera-t-il les arbitres de l'élection présidentielle?

Soutien d’Alain Juppé, François Bayrou jouera-t-il les arbitres de l’élection présidentielle ?

Fillon candidat, Bayrou sera-t-il tenté de jouer les trouble-fête et les arbitres ? Et si sa possible quatrième candidature était la bonne ? Ce qui est sûr, c’est que la désignation hier de François Fillon lance véritablement la campagne présidentielle. La prochaine étape importante sera la primaire de la gauche, en janvier prochain.

 

Une élection encore ouverte ?

 

Une étape décisive pour la gauche, mais aussi pour la droite. En effet, ce nouvel outil citoyen devient un véritable objet de stratégies. Selon les estimations, le vote de l’électorat de gauche lors de la primaire de la droite représenterait 15 % et aurait freiné l’ascension de François Fillon, qui, sans eux, aurait pu être élu dès le premier tour. Mais ne peut-on pas imaginer un même scénario en janvier prochain, mais dans le sens inverse ? Une droite qui se déplace aux urnes pour faire élire un candidat qui serait sûr de perdre lors de la Présidentielle… genre François Hollande ?

Dans tous les cas, les cartes sont désormais redistribuées et la surprise Fillon montre bien que l’élection est loin d’être faite…

 

Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.

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