Dur dur d’être homosexuel !

A l’occasion de la journée mondiale du sida, Santé publique France a organisé sa réunion rituelle. Voici donc les caractéristiques du cru 2015 !

A l’occasion de la journée mondiale du sida (ces journées spéciales se succèdent comme les fêtes des Saints) Santé publique France, l’organisme étatique chargé de veiller sur la santé de la population, a organisé sa réunion rituelle : responsables associatifs et journalistes reçoivent les chiffres de l’année. Voici donc les caractéristiques du cru 2015 !

 

Et quand les chiffres tombent, croyez-moi, qu’il est désagréable d’être homosexuel ! Au royaume des IST (ces maladies qui se transmettent en faisant du sexe !) nous sommes les champions toutes catégories. Je vais vous présenter ce bilan, sans langue de bois. Car tous les officiels, les professionnels de la lutte contre le sida, et même les leaders de la communauté gay ont tous de bonnes raisons d’adoucir ces chiffres : certains ont peur de stigmatiser les homosexuels et de raviver l’homophobie, d’autres refusent de s’interroger sur l’abandon progressif du safer sex.

Sida : cela ne diminue pas

Crédit : Samuel Kubani - AFP

Crédit : Samuel Kubani – AFP

Et oui, les découvertes de séropositivité diminuent dans toutes les catégories (hétérosexuels hommes ou femmes, nés en France ou à l’étranger, usagers de drogue), mais pas chez nous ! En 2015 43 % des découvertes de séropositivité sont issues de pratiques homosexuelles, nous avons été environ 2600 à être contaminés, dont 400 jeunes de moins de 25 ans et 400 matures de plus de 50 ans. Seul bon point dans ce triste constat, nous sommes détectés plus rapidement que les autres (on parle de découvertes précoces), car nous nous dépistons plus souvent, et de notre propre initiative : du coup nous pouvons être pris en charge et soignés plus vite, ce qui est préférable.

IST : c’est l’explosion !

Crédit : Farooq Naeem - AFP

Crédit : Farooq Naeem – AFP

Les chiffres présentés cette année confirment toutes les rumeurs, les bactéries circulent à vive allure parmi nous ! Entre 2013 et 2015 la syphilis a augmenté de 56 %, la LGV de 47 % et… les gonocoques de 100 %.
Tenez-vous bien, dans les structures spécialisées qui traitent ces maladies jadis honteuses (hôpitaux, centres de dépistage dont les CEGIDD), les homosexuels sont les meilleurs clients : ils représentent 70 % des infections à gonocoques, 80 % des syphilis et 100 % des LGV.

Séropositifs : pas du tout épargnés par les IST

Ceux qui s’imaginent que la vie sexuelle est belle et libre quand on est déjà séropo, et donc épargnés par la peur d’être contaminés au VIH, se trompent ! C’est tout le contraire. Les séropos qui se dispensent de pratiquer le safer sex chopent très facilement les autres IST. C’est particulièrement le cas pour la LGV, puisque 76 % des cas en 2015 étaient des séropos, ils étaient 25 % des syphilis et 17 % des gonorrhées. Du coup pour eux c’est la double peine : ils doivent ajouter à leur trithérapie des traitements antibiotiques et surveiller l’évolution de leur charge virale.

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Le nœud du problème : qui sommes nous, nous les homosexuels ?

On sait qui sont les hétérosexuels, toujours appelés hétérosexuels, quelques soient leurs pratiques, mais il est assez amusant de voir comment les professionnels de la lutte contre le sida ont dû inventé un nouveau terme pour parler des « hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes », les « HSH » (oui ce n’est pas facile à prononcer). Cette appellation technique a été inventée pour tenir compte de la grande diversité des amateurs de sexe homosexuel, c’est-à-dire du sexe plus accessible, avec des partenaires occasionnels, souvent inconnus et même parfois à peine aperçus dans l’obscurité des backrooms, saunas ou jardins publics… Aujourd’hui les applis smartphone facilitent tous ces types de rencontres. Bref, tous ces mâles se mélangent et ne sont plus concentrés dans la seule communauté gay aux contours précis, ils peuvent être homos planqués, bisexuels, ou même, hétérosexuels flexibles. Et c’est donc dans ces réseaux sexuels éclatés que s’installent des chaines de contamination.

qui-sommes-nous-nous-les-homosexuels

Comment alors toucher tout ce monde ? Comment faire en sorte que tous ces amateurs de sexe entre hommes se protègent mieux du VIH et des IST ? Pendant longtemps la méthode était assez simple : vanter les mérites de la capote, inciter à adopter des pratiques plus safe (éviter la sodomie si on n’a pas de capote, ne pas avaler du sperme, ne pas partager ses aiguilles ou les pailles quand on se drogue…). Et cela a marché plutôt bien. Mais depuis il y a les trithérapies, l’invisibilité de la séropositivité, la banalisation du bareback, les drogues de synthèse accessibles, la charge virale indétectable et enfin la PrEP.

Face à cette complexité, il faut retrouver de la simplicité et faire circuler des messages compréhensibles et faciles à mettre en pratique. Mais force est de constater que c’est l’inverse qui se met en place. Il n’y a qu’à voir la dernière campagne de publicité de Santé publique France avec ces belles affiches dans toutes les villes de France. Autant leur présence dans la presse gay peut se comprendre, les gays sont bien au courant, les séropos sont massivement soignés et probablement en charge virale indétectable. Mais que peut comprendre le grand public en lisant en bas d’une affiche les conseils prônés par la « prévention combinée », ou « diversifiée », les mots comme « TASP », « TPE » ou « PrEP » ? Comment ces agences de publicité payées en milliers d’euros peuvent-elles pondre des trucs aussi incompréhensibles ? Résultat, le public a juste vu des couples de gays et les homophobes se sont réveillés. Pour la prévention, c’est raté !

Crédit : sexosafe.fr

Crédit : sexosafe.fr

Nous les gays nous ne devons pas avoir peur de tout mettre à plat, de nous interroger sur nos pratiques pour rompre cette malédiction des contaminations. La sexualité est socialement et culturellement déterminée, sa médicalisation ne résoudra pas tous nos problèmes, l’explosion des IST est là pour nous le rappeler. Nous n’avons pas le choix, nous devons reconstruire notre culture sexuelle, notre liberté ne peut pas se passer du safer sex.

Article rédigé par Hervé Latapie

Sarah Boudena

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