Sortie théâtre : MDLSX, à ne pas manquer !

MDLSX ou l’urgence d’être soi.

MDLSX ou l’urgence d’être soi.

 

 mdlsx-1MDLSX.

Curieux comme nom de pièce de théâtre. J’ai d’abord cru qu’il pouvait s’agir d’une énigme de date en chiffres romains. Arrivé au guichet pour retirer ma place, j’écorche le nom, un peu honteux, pour me faire dire que ce sont les initiales de Middle Sex, en français « sexe du milieu ». La pièce prend sens dans l’essence de son titre même, un « sexe du milieu escamoté », privé de ses voyelles, privé d’une partie de ses attributs.

 C’est avec une grande curiosité que je me suis rendu hier soir au Nouveau Théâtre de Montreuil, sans vraiment savoir à quoi m’attendre : l’expérience que j’ai vécue a dépassé mes attentes.

 L’actrice italienne Silvia Calderoni, seule sur scène, livre à travers ce spectacle d’une heure et trente minutes une histoire, son histoire, bouleversante parce qu’elle parle de construction de soi, de recherche de genre, de refus de genre et de catégorisation des individus.mdlsx-2

 Dès les premières minutes, le spectateur plonge dans un univers bien particulier : plateau noir, éclairé par une lumière tantôt diaphane tantôt agressive, la sensation d’un stroboscope qui éclaire une piste de danse sur laquelle personne ne veut danser. Le décor est épuré : en arrière-plan, une table comportant du matériel de mixage, une caméra portative et une lampe ; posée sur le sol, une toile dorée en forme de triangle. Puis l’entrée en scène de la protagoniste/performeuse, le dos tourné au public. La tension recherchée est palpable.

 Plutôt que spectacle, il convient de parler de performance, car il s’agit véritablement d’une performance autour du corps humain. Le corps est omniprésent : un corps nu, androgyne et décharné qui nous livre à travers la danse ses secrets et ses blessures. Certains pourraient y voir une maltraitance physique assumée, j’ai cru davantage percevoir un corps puissamment meurtri mais doté d’une énergie incroyable, infatigable, entier. Ce n’est pas souvent qu’on a l’occasion de voir des corps entiers au théâtre, des corps qui expriment autant de mots qu’une tirade ne saurait en délivrer.

mdlsx-3Dans cette mise en scène accompagnée d’une bande son de qualité, le texte, profondément autobiographique et engagé, se livre aux spectateurs par morceaux, parfois en commentaires des vidéos de son enfance projetées au mur, parfois citant Pasolini et des auteurs du post-féminisme. L’ironie, toujours cruelle, est au rendez-vous : l’ironie de soi portée sur un regard autocentré, le besoin de se filmer sous toutes ses coutures, l’ironie d’un corps monstrueux qui acceptent les mauvais traitements, en témoigne la dose nocive de laque aspergée sur ses cheveux.

 La souffrance au coeur de la performance, mais une souffrance magnifiée, jamais gratuite, au service du théâtre queer, vecteur de la question de l’identité : qu’est-ce-qui fait que nous grandissons fille ou garçon ? Quelles limites pose l’organe sexuel attribué à la naissance, quel sexe nous habite dès la naissance et quelle identité de genre construisons-nous en grandissant ? mdlsx-4

 La pièce nous parle de marginalité parce que la marginalité est une renaissance de chacun qui peut intervenir à tout moment, à l’instar des fleurs qui s’épanouissent dans les vidéos projetées au mur ; en ces temps troubles, il existe une part de rébellion en chacun de nous pour retrouver un idéal et un futur. Cette quête d’un idéal et d’un futur passe par la quête de soi, la mise en abîme de soi et la remise en question de l’ordre établi à notre naissance. Naître queer, c’est l’expérimentation d’une grande souffrance, mais peut-être aussi l’immense chance d’avoir droit à une seconde naissance.

 La compagnie théâtrale italienne MOTUS, née dans les années 1990,  questionne l’anarchie et la désobéissance aux règles à travers un théâtre expérimental engagé, libre et indépendant. Un théâtre de recherche, qui nous fait nous poser des questions.

Pour plus d’infos : http://www.nouveau-theatre-montreuil.com/fr/programme/mdlsx

 

Article rédigé par Maxime Allamagny

Sarah Boudena

Chez Garçon Magazine, on trouve aussi des filles ! Sa passion secrète : Le binge watching. Bien installée sur son canapé, emmitouflée dans son plaid, avec son chat et son amoureux.

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