TÉMOIGNAGE : Quentin, 23 ans, Paris

« Elle m’a quitté pour une femme. »

« Elle m’a quitté pour une femme. »

 
 

Parce que Garçon Magazine n’est rien sans vous, place à votre histoire. Émouvante, drôle, ou même carrément fantasque, tous les deux mois, retrouvez les récits les plus poignants de nos lecteurs sur leur expérience LGBT. Pour ce second témoignage, nous avons souhaité laisser la parole à Quentin, un jeune Picard de 23 ans.

 

 

Francilien depuis six ans après m’être fait adopter par mon oncle et ma tante maternels, cela fait deux ans que je vis enfin mon homosexualité pleinement. Auparavant, je vivais avec mes parents biologiques. Dans un petit village de campagne en Picardie, avec mes quatre frères et sœurs, j’ai joué les hétérosexuels pendant dix-sept ans : pour paraître « normal » et rentrer dans les bonnes grâces de mes parents, durant toutes ces années où je vivais avec eux, il fallait que je me comporte comme le pire des machos, si je voulais que mon père me laisse tranquille… Sinon, j’aurais eu le droit à toutes sortes d’insultes homophobes.

 

J’AVAIS DÉCOUVERT MON ATTIRANCE POUR LES HOMMES DANS MES ANNÉES COLLÈGE.

 

J’avais rencontré un garçon qui s’appelait Baptiste. Nous avions le même âge et nous nous entendions à merveille. Baptiste m’a avoué, après quelques années d’amitié, qu’il était homosexuel. Cela ne m’avait pas dérangé. Puis, un jour, après une balade à vélo dans la campagne où nous habitions, Baptiste m’a embrassé. Je ne l’ai pas repoussé, mais je lui ai dit que je ne l’aimais pas de la même façon que lui. On est restés très amis après ça. Un jour, il a décidé d’avouer à ses parents qu’il était gay. Il savait que ses parents n’étaient pas les plus ouverts d’esprit, mais il n’en pouvait plus de devoir le leur cacher. Le jour où il l’a annoncé, ses parents l’ont mis à la porte. Je n’ai eu aucune nouvelle de lui après son départ. La semaine suivante, j’ai appris par sa sœur qu’il s’était donné la mort. Je n’ai rien vu venir et j’ai beaucoup souffert de son départ. Je me suis rendu compte alors que je l’aimais également, et que j’éprouvais plus que de l’amitié pour lui… mais je l’avais refoulé, depuis que mon père nous avait dit un jour : « Il n’y aura jamais de PD dans ma famille ».

Je me suis caché derrière de multiples relations avec des femmes de tout âge, jusqu’à ce que je tente une relation purement sexuelle avec une femme de quarante ans pour qui je n’étais qu’un jouet. J’ai mis fin à notre relation au bout d’un mois et j’ai stoppé tout rapport sexuel durant plus d’un an. Elle m’avait laissé des cicatrices sur les bras, le bas du dos et des mauvais souvenirs. J’avais à peine dix-huit ans à ce moment-là. Après ça, j’ai eu des petites amies et d’autres relations avec des femmes. Mais je ne trouvais jamais de satisfaction ni sexuelle ni amoureuse. À vingt ans, j’ai fini par me remettre en couple avec ma première petite copine de collège et nous nous sommes fiancés un an après. Je pensais que c’était la seule femme que je pouvais aimer. Et puis un jour, plus de nouvelles : elle s’était enfuie. Un an plus tard, j’ai appris qu’elle m’avait quitté pour une femme. Elle aussi avait souffert de ne pas comprendre ce qu’elle ressentait.

 

J’AI DÉCIDÉ ALORS D’ESSAYER DE TROUVER UN GARÇON QUI SAURAIT M’AIMER ET QUI M’AIDERAIT À AIMER QUI JE SUIS VRAIMENT.

 

Mais je ne savais pas comment m’y prendre. Après avoir regardé un épisode de la série Clem sur TF1, traitant d’un garçon homosexuel et de son isolement avec sa famille, j’ai alors pris mon courage à deux mains et j’ai appelé mes parents adoptifs pour leur dire que je pensais aimer les hommes et que j’avais perdu un ami que j’aimais beaucoup. Nous avons pleuré tous les trois au téléphone. Ce n’était pas des larmes de tristesse, mais de joie. Car ils étaient heureux que j’ai pu enfin me libérer de ce poids qui me pesait depuis des années…

 
 

La suite à retrouver dans Garçon Magazine n°7, chez votre marchand de journaux ou abonnez-vous, et recevez une montre !

Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.

Vous aimerez aussi :