Enquête : Vivre sa sexualité au travail en Nord-Pas-de-Calais – Picardie

Selon une enquête du Boston Consulting Group mise en ligne le 27 janvier, 58% des 165 étudiants répondants pensent qu’être out au bureau est un potentiel inconvénient. C’est beaucoup...

Selon une enquête du Boston Consulting Group mise en ligne le 27 janvier, 58% des 165 étudiants répondants pensent qu’être out au bureau est un potentiel inconvénient. C’est beaucoup sachant que 4 répondants sur 5 ont fait leur coming out auprès de leur famille et/ou de leurs amisAlors que se multiplient les « coming out » dans les médias, Garçon est allé à la rencontre de témoins dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie afin de comprendre comment peut-on vivre et parler de son homosexualité dans le monde du travail. Des témoignages qui nous informe sur une réalité souvent ignorée.  

En France selon un enquête du 20 juin 2012 menée par les chercheurs Thierry Laurent et Ferhat Mihoubi sur les 14 dernières enquêtes annuelles menées par l’Insee, les homosexuels seraient plus touchés par le chômage que les hétérosexuels soit 8,9% contre 2,4%. Une enquête qui met le doigt sur une vraie discrimination professionnelle en raison notamment du nombre croissant de « turnover ». Il est souvent difficile de s’outer dans une entreprise c’est pourquoi les homosexuels préfèrent rechercher un job dans une entreprise « gay friendly » où ils se sentiront en sécurité. En plus, les salariés gays touchent un salaire inférieur de 6,65 % en moyenne aux salariés hétérosexuels selon le site Inégalités et discriminations. Mais toutes ces statistiques nationales sont-elles vécues de la même manière dans la région Hauts-de-France ? Nous avons décidé de donner la parole à des gays pour qu’ils expriment leurs vécus de l’homosexualité au travail.  

  • David R. – Cadre à la Direction générale des finances publiques et Délégué régional Nord à SOS Homophobie. 

« Je suis très positif pour l’avenir. On avance vers une normalisation des relations. » 

David est très clair sur ce point, la vie publique et la vie privée doivent être strictement séparées. « Je ne revendique pas mon homosexualité au travail. Ce n’est pas au boulot qu’il faut militer ! ». A l’université, il a vécu cette homophobie latente ce qui est paradoxal car c’est aussi le moment où il a rencontré son copain. « J’ai eu un ami qui après avoir su pour mon homosexualité m’a rejeté. Cela permet de voir quelles personnes tiennent vraiment à vous. ». Arrivé dans la fonction publique, le jeune homme n’a jamais eu affaire à de l’hostilité au travail au mieux de la surprise. Au ministère de l’Economie et des Finances, David a pu assister à une formation qui sensibilise aux discriminations. Une mesure préventive innovante pour prévenir les comportements discriminants.  

Témoignage éloquent de l’acceptation relative dans le secteur public, il est plus dur d’assumer sa sexualité dans le privé. En effet selon la même enquête de 2012, la différence de salaire serait moins élevée. La différence de salaire entre salariés homosexuels et hétérosexuels est de l’ordre de 5,2%. Une acceptation relative qui dans certains cas peut s’avérer douloureuse voir dangereuse pour les gays.  

  • Christophe Ducrocq – Dirigeant logistique dans une dans une entreprise de transports et président des Front Runners Lille.  

« Rien ne change. Les clichés sont encore très présents dans notre société. » 

A 47 ans, Christophe Ducrocq a souffert de manière durable de l’homophobie. Selon une étude publiée en 2013 par l’Agence pour les droits fondamentaux de l’Union européenne, 20% des LGBT français ayant répondu déclarent avoir été victimes de discrimination à l’embauche ou dans leur emploi au cours des 12 derniers mois. Pourtant on ne parle jamais clairement de cette homophobie qui reste difficile à prouver en cas de litige. Auparavant employé à Saint-Gobain, Christophe a gagné aux Prud’hommes un procès attenté à l’entreprise sans aucunes mentions d’homophobie ou de harcèlement moral. « Plus on monte dans la hiérarchie, plus sa sexualité va poser un problème. ». Pour lui, le milieu des services est relativement plus ouvert que le bâtiment où il a pu exercer. « Malheureusement, les clichés ont la vie dure ! La capacité à être stable, le courage ou l’endurance vous sont sans cesse reprochés. ».  

  • Mickaël Verfaillie – DRH à la communauté d’agglomération d’Hénin-Carvin.  

« Un homo ne peut pas travailler comme maçon. Il faut vraiment travailler sur ces clichés » 

Arrivé il y a 7 ans dans le Nord de la France, Mickaël a toujours eu de bonnes relations avec ses collègues.  « Au départ, il y a toujours une phase de discrétion, c’est normal. Mais ça a toujours été positif au boulot. ». Pendant la pause nous raconte-t-il, c’est toujours le moment de rigoler et de partager. « On joue en général sur tous les types de clichés ! ». Mais pour le DRH, il reste des secteurs d’activité comme le bâtiment où il est difficile de faire son coming-out.  « Je pense aussi que dans la métropole lilloise c’est plus facile d’assumer son homosexualité. A l’inverse c’est plus compliqué dans les territoires ruraux. ». Pour lui, il ne faut pas rester dans une peur des réactions mais s’assumer. « Je n’ai pas envie de me cacher à 35 ans, on m’a toujours accepté. ».  

Diffusé le 16 mai 2015 sur Public Sénat, le documentaire : « Coming In » de Marlies Demeulandre traitait de l’homosexualité au travail. Véritable outil de sensibilisation destiné aux entreprises, ce film témoigne des discriminations encore présentes au travail. Aujourd’hui, les mentalités évoluent mais les discriminations de tous types persistent. L’Homophobie elle est peu souvent évoquée ou bien minimisée alors qu’elle existe dans les faits. Vivre sa sexualité au travail n’est pas une chose innée. Travailler à la prévention dans les entreprises participerait à l’évolution des mentalités.  

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