Migrant et LGBT : quel avenir ?

Quel avenir se dessine-t-il actuellement en France pour les réfugiés LGBT ? Une question vitale qui nous pousse au préalable à nous interroger sur leurs conditions de vie actuelles et sur les solutions à envisager...

Quel avenir se dessine-t-il actuellement en France pour les réfugiés LGBT ? Une question vitale qui nous pousse au préalable à nous interroger sur leurs conditions de vie actuelles et sur les solutions à envisager pour éviter que cette population, vulnérable parmi les plus vulnérables, ne souffre d’une « double peine ». Réfugié et LGBT : la France est-elle prête ? Éléments de réponse du côté de la Côte d’Azur. 

C’est à moins d’une heure de Nice, qu’a débuté la discorde qui transformerait rapidement la paisible vallée de la Roya en un théâtre d’affrontements idéologiques et politiques médiatisés dans tout l’hexagone. C’est là en effet, que depuis plus d’un an, plusieurs milliers de migrants tentent chaque jour de pénétrer le territoire français pour y trouver refuge, demander l’asile, ou bien pour poursuivre leur exil vers le Royaume-Uni. La vallée de la Roya, enclave des Alpes Maritimes à deux pas de la frontière italienne, est un goulot d’étranglement: au nord, l’Italie. A l’ouest, derrière un petit col montagneux, la France…qui réserve aux réfugiés un comité d’accueil controversé : des barrages policiers ayant pour mission de surveiller la route et d’inspecter chaque véhicule. La France a en effet choisi de fermer ses frontières, tentant d’éviter l’afflux massif de ces personnes à qui elle devrait alors porter assistance une fois ces derniers arrivés sur son sol. C’est donc à quelques kilomètres de là, du côté de la cité italienne de Vintimille, que s’entassent plusieurs milliers de migrants dans des centres d’hébergement surpeuplés. Face à cette situation, Les Ouvreurs, association niçoise LGBT, a décidé d’agir. L’un des ses membres, Benoît Arnulf, constate désemparé, la situation indigne dans laquelle ces populations sont obligées de vivre. « Nombre d’entre elles se retrouvent sans assistance à dormir dans la rue, sur la plage ou sous les voies de l’autoroute. Les femmes et les enfants ont davantage de chances de trouver refuge dans une église. Pour les autres, le camp de la Croix rouge italienne est une solution mais impossible d’accueillir tout le monde…». Les Ouvreurs prennent part aux opérations de ravitaillement en vêtements ou nourriture, organisées par l’association locale Roya Citoyenne. Ils évoquent tous une « expérience humaine bouleversante ». 

Les associations LGBT mobilisées 

Les Ouvreurs, association née en 2009 n’a pourtant pas vocation, initialement, à porter assistance aux personnes « réfugiées » (ils refusent le terme de « migrant », trop dichotomique à leurs yeux, NDLR.). Organisateurs du festival de cinéma LGBT niçois IN&OUT ou encore auteurs d’événements culturels relatifs à la prévention de toute forme de discrimination, ils interviennent même en milieu scolaire. Mais c’est sur un tout autre terrain qu’on les retrouve désormais. « J’en avais aussi marre que l’on réduise les LGBT à la fête et aux soirées », explique Benoît. Avec une partie des membres de l’association, on s’est mis autour de la table et on a décidé d’intervenir comme on pouvait. Forcément, on a vite fait parler, dans une région plutôt fermée sur la questioncomme le prouvent malheureusement les récentes déclaration des élus et du Préfet »Sur leur impulsion, l’action « LGSM » (pour « Lesbians & Gays Support The Migrants ») naît, clin d’œil au mouvement des années 80 Lesbians & Gays Support the Minershistoire réelle d’un groupe de lesbiennes et de gays britanniques qui avait lancé une opération de soutien aux mineurs, alors en grève pour protester contre la politique économique de Margareth Thatcher. D’un chapitre de l’histoire retranscrit au cinéma en 2014 (Pride), les Ouvreurs veulent aujourd’hui décliner à la française la convergence des luttes entre deux communautés que tout pourrait opposer. Du moins, à première vue… 

Les premières réactions sont plutôt positives.  Avec le soutien unanime du Centre LGBT Côte d’Azur et de certaines de ses associations membres, Les Ouvreurs collectent vêtements et nourriture, qu’ils vont ensuite distribuer directement aux migrants de l’autre côté de la frontière, bravant l’interdiction policière. « Nous collectons également des dons en faveur des associations qui prennent ces personnes en charge, explique Benoît Arnulf. Une goutte d’eau dans l’océan qui sonne pourtant pour ces personnes vulnérables comme un premier réconfort après des mois, parfois des années sur la route de l’exil. 

L’urgence de porter assistance aux populations LGBT parmi les migrants et les réfugiés 

Pour ceux et celles que l’on retrouve sur le territoire français, le calvaire n’est pour autant pas achevé…car les préjugés, traversent eux, les frontières aisément. Dans les « jungles » de réfugiés et les centres d’accueil, les communautés se regroupent entre elles, souvent par nationalité. Et les publics qu’on y retrouve sont rarement plus ouverts sur l’homosexualité que dans leur pays d’origine. Pour éviter toute persécution, gays, lesbiennes et transsexuels n’ont souvent qu’une solution : se cacher. Notre voisin allemand a choisi, face à ce problème, d’expérimenter une structure spécifique pour accueillir et protéger les populations LGBT parmi les migrants. En France, ce n’est pas à l’ordre du jour. «  Est-ce là faire preuve de communautarisme? », interroge Jean-Luc Romero, Conseiller régionale d’IDF, qui poursuit : les personnes qui cumulent les vulnérabilités doivent être traitées différemment afin de ne pas rajouter de la souffrance à la souffrance »Comme de nombreux soutiens de la cause LGBT mondiale, il estime que la réaction de la communauté internationale s’est trop fait attendre. Ce n’est en effet qu’en juin 2015, pour la première fois de son histoire, que le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni pour parler spécifiquement des droits des LGBT. Il aura fallu pour cela se faire spectateur d’une chasse à l’homme orchestrée par Daech avec son lot de lapidations et autres exécutions sommaires, dont sont victimes les homosexuels de Syrie et d’Irak… 

Demander l’asile face au danger 

« En 2016, dans huit pays, l’homosexualité est punie de mort. Près de 80 pays condamnent pénalement les relations homosexuelles. Plus des trois-quarts des pays africains criminalisent l’homosexualité », constate Hélène P., coordinatrice administrative au Centre LGBT Côte d’Azur**. L’accompagnement des migrants et des réfugiés n’est pas, pour elle, une nouveauté. En poste depuis 5 ans au sein du Centre à Nice, elle mesure l’impact des lois discriminantes aux dossiers toujours plus nombreux de nationalités diverses qui arrivent sur son bureau. « Sans aller chercher très loin, en Europe, les pays de « zone sûre » ne sont pas si nombreux. Certains pays comme l’Albanie disposent aussi de lois protectrices…mais uniquement sur le papier », regrette-t-elle, dressant ensuite une liste noire de pays pénalisant l’homosexualité : Russie, Iran, Arabie Saoudite, pays d’Afrique … « Il y a beaucoup d’hypocrisie dans ces pays qui ne pratiquent pas la peine de mort pour motif d’homosexualité mais chez qui les LGBT emprisonnés subissent des humiliations et sont souvent « retrouvés morts » en cellule…»Pour les ressortissants LGBT de ces états, Hélène recommande de demander l’asile pour motifs d’homophobie ou de transphobie portant atteinte à l’intégrité physique et/ou morale. Elle accompagne ainsi, pas à pas, les demandeurs dans des démarches longues et fastidieuses. Cela commence par l’écriture d’un récit qui a pour but de convaincre (et non pas « prouver ») l’officier de l’Ofpra* de l’homosexualité du demandeur d’asile et du danger dans lequel il serait de retourner dans son pays d’origine pour ce motif. Extrêmement bien formés, il s’attachera à vérifier une multitude de détails, réclamant parfois des documents impossibles à fournir (exemple : un rapport médical suite à des violences physiques constatées sur un individu LGBT, qui sera alors passé par la case « urgences » en taisant le caractère homophobe de l’agression par peur de discriminations venant du corps médical).  Parallèlement, l’association habilitée à constituer le dossier entreprend le suivi administratif et social du demandeur (demande d’ADA, Allocation pour Demandeur d’Asile, avec l’ouverture d’un compte bancaire, demande de prise en charge sanitaire CMU ou encore dans l’aiguillage vers les structures d’accompagnement social et médical, quand se pose la question de l’état de santé. A tout moment, Hélène peut bien sûr solliciter l’aide d’associations référentes comme l’Ardhis***, Amnesty International, ou Forum Réfugiés… qui contribuent à  la prise en charge des demandeurs d’asile. Le demandeur « rejeté » par l’OFPRA peut solliciter un recours devant la Cour Nationale du Droit d’Asile, qui réclame lui aussi un travail de fond dans un temps restreint. De nouveaux éléments peuvent être apportés, l’aide d’un avocat s’avérant indispensable pour tenter de convaincre le juge. Pour cela, ils peuvent bénéficier de l’aide juridictionnelle. Les conclusions de l’audience sonneront pour certains le retour à la case départ (possibilité de réexamen de la demande à l’OFPRA sous certaines conditions), pour d’autres, trop peu nombreux, l’aboutissement d’un long exode.  Pour beaucoup, l’OQTF qui s’en suit (obligation de quitter le territoire français) est le début d’un autre combat, plus secret : celui de la clandestinité. Un constat d’échec pour de nombreux associatifs, qui voient, impuissants, s’évaporer dans la nature des gays, trans et lesbiennes condamnés à une clandestinité d’âme insoutenable. 

* Office français de protection des réfugiés et apatrides 
** Centre Lesbien, Gay, Bi et Trans de la Côte d’Azur 

***Association pour la Reconnaissance des Droits des personnes  

Homosexuelles à l’Immigration et au Séjour 

Appel aux dons 

L’association Les Ouvreurs continue de collecter vêtements (surtout hommes), denrées alimentaires et dons financiers pour porter assistance aux réfugiés de Vintimille. Pour les aider, vous pouvez contacter l’association au 09 81 93 14 82 et apporter vos dons au Centre LGBT Côte d’Azuraux heures de permanence de préférence, situé 123, rue de Roquebillière à Nice. Voir le site www.centrelgbt06.fr  

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