Laurent Wauquiez, le président qui n’aimait pas les gays ?

Depuis que Laurent Wauquiez est devenu le chefaillon d’Auvergne-Rhône-Alpes, en décembre 2015, les associations LGBTI ont bizarrement vu disparaître les subventions qui leur étaient jusqu’alors accordées. Petit état des lieux après la grande razzia Wauquiez et coup de projecteur sur...

Depuis que Laurent Wauquiez est devenu le chefaillon d’Auvergne-Rhône-Alpes, en décembre 2015, les associations LGBTI ont bizarrement vu disparaître les subventions qui leur étaient jusqu’alors accordéesPetit état des lieux après la grande razzia Wauquiez et coup de projecteur sur deux Festivals de cinéma gay qui ne se laissent pas démonter pour autant (comme quoi… on est pas des fiotes !). 

On savait Laurent Wauquiez un peu chafouin depuis qu’il avait été limogé de la présidence par intérim des républicains. Ça n’a pas manqué : mi-décembre, on apprenait qu’il avait décidé de couper les vivres à tous les festivals LGBTI de la région. 

Inquiétant oui, mais pas si surprenant que ça, quand on se souvient que Wauquiez est un opposant farouche du mariage pour tous, et qu’il considère que l’homosexualité est contraire à ses valeurs, en ajoutant : « j’assume l’intégralité de mes convictions, à visage découvert et je ne transige pas sur mes valeurs »

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est donc bien décidé à porter un coup (qu’il espère sans doute fatal) à bon nombre de festivals de culture LGBTI. Exit, la subvention de 3 000 euros attribuée aux lyonnais d’Ecrans mixtes. Rayés d’un trait de plume les 5000 euros pour les stéphanois de Face à Face. Quant au festival Vues d’en face de Grenoble, il n’a pas encore eu de réponse du conseil régional, mais le silence à la demande de subvention de 3 000 euros laisse peu d’espoirs à l’association… 

« Réorienter les budgets régionaux » ou mettre au pas la culture Queer ? 

Les festivals LGBTI ne sont pas les seuls à faire les frais de la colère de l’illuminé du Puy-en-Velay, puisque la subvention habituellement attribuée à la Lesbian and Gay Pride a été refusée. Pareil pour le centre LGBTI de Lyon, qui avait demandé une subvention en 2016 pour la mise aux normes de ses locaux de la rue des Capucins. Et puis si l’envie vous passait de saisir la délégation régionale à la lutte contre les discriminations du conseil régional, sachez que c’est un peu tard, puisqu’elle a été purement et simplement supprimée dès le début du nouveau mandat… 

Tout ceci n’a pas empêché la région Rhône-Alpes de mettre en place une crèche de Noël géante de 14m² pour un coût supérieur à 4 000 euros, d’accorder 3 millions d’euros sur 3 ans aux associations de chasseurs, ou 50 000 euros (non, il n’y a pas un zéro en trop) à l’UNI, un syndicat étudiant très proche de la droite de la droite, ayant eu le bon goût de bruyamment manifester contre… le mariage pour tous ! Même l’enseignement privé catholique, qui n’avait pourtant rien demandé, a eu son petit cadeau de Noël.  

Il en reste un peu, je laisse ? Laurent Wauquiez n’a pas oublié de servir ses copains : en avril dernier, un festival est passé à travers les mailles du filet à papillons de Laurent Wauquiez. Jazz à Vienne a ainsi vu sa subvention de 75 000 euros, être augmentée de 100%. Et, par un heureux hasard, le président de ce festival est également président de la commission des finances de la région Auvergne-Rhône-Alpes… 

Incertitude sur le front de l’Est. 

Dans la nouvelle région Grand Est, présidée par Philippe Richert (Les Républicains), la situation est-elle vraiment meilleure ? S’il est trop tôt pour le dire, « Couleurs Gaies » (association gérant le centre LGBTI de Metz) menait depuis 2011 une action de « prévention du mal-être généré par les discriminations » soutenue par la région Lorraine à hauteur de 6 000 euros. Ce dispositif n’a pas été repris, en 2016, par la nouvelle région.  

Quant au festival rémois, Bisqueers Roses, il ne sait pas encore si sa subvention de 5 000 euros qui lui avait été attribuée par le conseil régional sera reconduite en 2017. 

Alors plus que jamais sortez, bougez, vibrez et participez aux évènements culturels organisés dans votre région en mars et avril : 

« Ecrans mixtes » 

Pour la septième année consécutive, le festival Écrans Mixtes, porté par l’association du même nom, déroule son tapis rouge à Lyon du 8 au 14 mars. Le festival de cinéma investira 16 lieux de la métropole lyonnaise (du Comoedia au Pathé Bellecour, en passant par l’Institut Lumière ou des bibliothèques d’arrondissement) pour une trentaine de séances, issues d’une sélection pointue de films à voir ou à revoir. Le réalisateur Jonathan Caouette (John, pour les intimes, réalisateur du film Tarnation) est l’invité d’honneur de cette nouvelle édition.  

En quelques années, le festival a su se faire une place dans la vie culturelle de la ville, et est un moment fort de la vie LGBTI lyonnaise.  

Le directeur de ce festival Ivan Mitifiot, est également membre de l’équipe d’un autre évènement queer, le festival « OnlyPorn ». Ce n’est pas un hasard, puisque tous les deux portent les mêmes combats, où sexualité et identité sont intimement liées, dans une époque de « retour à l’ordre moral ». Pour Ivan Mitifiot, seuls « la culture, la réflexion commune et le débat d’idées » sont à même de lutter contre les stéréotypes.  

Alors, courageusement, Ecrans Mixtes a prévenu : non, la durée du festival ne sera pas réduite. Pas plus que le nombre de lieux ou de séances. « Nous sommes bien sûr totalement solidaires des autres festivals qui se sont vus sucrer également leurs subventions de la région. Cela nous encouragera à être encore plus soudés les uns les autres. En 2017, nous donnerons ainsi carte blanche à Face à Face pour un programme de court-métrages. Et ce n’est que le début ! ». 

« Vues d’en face » 

Le festival international du film gay et lesbien de Grenoble a vu le jour en mars 2001, avec pour nom « Vues d’en Face ». C’est sans doute le festival le plus généraliste de tous ceux proposés dans la région ce qui lui permet une grande diversité niveau programmation, avec des films « grand public », ou d’autres plus confidentiels. L’équipe du festival l’annonçait l’an dernier : on navigue d’un extrême à l’autre. Justement, c’est ce qui fait le charme de « Vues d’en face », dont la prochaine édition se déroulera du mercredi 5 au dimanche 9 avril 2017.  

Mieux, depuis octobre dernier, le festival propose désormais, le quatrième mardi du mois, une « séance d’en face » au cinéma « le Club ».  

Malgré la baisse de subventions du conseil départemental de l’Isère (le chèque est passé de 3500 à 2000 euros) ou la suppression prévue de l’aide du conseil régional, l’équipe de bénévoles ne baisse pas les bras, et compte sur la campagne de « crowdfunding » lancée fin 2016 (http://www.vuesdenface.com/web/soutenez-le-festival-vues-den-face) pour boucher les trous. 

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