L’open café, dernier bastion gay contre la boboétisation du Marais

Ça fait dix ans que ça dure, bout par bout, les établissements LGBT du marais ferment leurs portes. Entre l’Amnésia, le minuscule mais ô combien agréable, Oiseau Bariolé, ou...

L’open café / Voyageur

Ça fait dix ans que ça dure, bout par bout, les établissements LGBT du marais ferment leurs portes. Entre l’Amnésia, le minuscule mais ô combien agréable, Oiseau Bariolé, ou encore l’année dernière le Spyce, les bars disparaissent et le quartier gay voit fleurir des boutiques de luxe ou de prêt-à-porter un peu partout. Concrètement, c’est de plus en plus bobo. 

 

Le pari a été lancé il y a plus de vingt ans, et depuis Bernard Bousset a fait de l’Open café une référence dans le secteur des bars gay. Seulement voila, le Marais n’est plus si festif, et à 75 ans, le gérant ne sait plus combien de temps il va pouvoir tenir tête à l’embourgeoisement du quartier populaire.

 

Open Café / Paris

 

Un des derniers remparts face à la gentrification se situe à l’angle de la rue des Archives et de la rue Sainte-Croix-de la-Bretonnerie, ce bouclier contre la spéculation immobilière, c’est l’Open café.

On ne peut pas dire que son propriétaire, Bernard Bousset, soit très optimiste.

«Je résiste en restant à ma place, mais ça ne va pas durer car j’ai 75 ans et il faut que j’en profite», admet-il tout en s’étonnant qu’on s’intéresse à son cas de «dinosaure».

 

Un « dinosaure » pas comme les autres

Le septuagénaire,figure historique de la cause gay et de la lutte contre le sida, et avant tout un entrepreneur, et un visionnaire.

Dans les années 60 il a fait affaire dans le prêt-à-porter à St-Trop’, puis dans la gestion du personnel du Club Med et au Sauna IDM dans le IXème arrondissement.

En 1987 c’est le Quetzal qui ouvre ses portes, un bar gay situé rue de la Verrerie.

« La distribution de préservatifs était considérée comme de la débauche »

«C’est moi qui ai lancé le Marais ! se vante-t-il. Le commerce gay était en pleine expansion après l’arrivée de la gauche au pouvoir.»


Vers les années 80, le Marais attire. Moins chèr, et bien plus populaire que Saint-Germain-des-prés, la rue Sainte-Anne-des-Monts ou encore Les Halles.

« Quand j’ai acheté les murs, le quartier ne valait rien. Mais même à l’époque, personne n’en voulait. Aujourd’hui, c’est dix fois plus cher. Le dépôt de cartons est devenu The Kooples, la petite agence de voyage une boutique Galliano, etc. » raconte Bernard.

Bernard Bousquet / Fondateur SNEG / Photo Libération

Un quart de siècle plus tard, le combat semble mal engagé

« Avant pour rentrer dans un bar gay, il y avait un judas, jamais de terrasse »

En 1995, déferle à l’angle des deux rues l’Open café. Après avoir lutté contre le sida, contre le harcèlement policier, le militant pour les droits LGBT estime que « Le Marais est un combat perdu ».

Les causes? La spéculation immobilière, une clientèle homosexuelle fidèle mais vieillissante, et surtout « l’individualisme ».

« On était souvent menacé de fermeture administrative. Les associations de riverains souhaitaient nous chasser, la police ne voulait pas de nous et venait nous donner des amendes. Mais c’était passionnant d’affirmer notre identité. »

Pronostic peu joyeux, surtout quand on est capitaine du navire depuis si longtemps. Ce n’est pas une raison pour être fataliste.

«Même s’il n’y a plus besoin d’aller dans un bar gay pour tirer un coup, le quartier va renaître ailleurs et d’une autre façon.» 

 

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