Erik Rémès , Le grand gentil loup

Il restait à écrire une histoire ordinaire de l’homosexualité qui rende compte des réalités que taisent les livres d’histoire et les films documentaires. Érik Rémès le fait brillamment en livrant un témoignage exceptionnel...

Il restait à écrire une histoire ordinaire de l’homosexualité qui rende compte des réalités que taisent les livres d’histoire et les films documentaires. Érik Rémès le fait brillamment en livrant un témoignage exceptionnel sur la vie des homosexuels français dans les dernières années du XXème siècle. Il décrit entre humour et gravité des années pleines de contrastes : années de la fête malgré la stigmatisation, affirmation de la fierté dans les affres du Sida, progression des droits sur fond d’homophobiePride, chroniques de la révolution gay est un recueil d’articles, éditoriaux, billets d’humeurs, coups de gueule et témoignages, dans leurs versions intégrales non censurées, parus entre 1992 et 2005 dans la presse gay et généraliste.  

Quel constat fais-tu de ces 30 dernières années gays ? 

Nous avons vécu nos trente glorieuses avec la visibilité de l’homosexualité et du Sida, la reconnaissance de l’oppression homophobe, sa diminution toute relative, le Pacs, puis le Mariage gay. J’ai peur qu’on rentre aujourd’hui dans une période de vache maigre, que les libertés seront de plus en plus difficiles à défendre. 

Pourquoi ce livre aujourd’hui ? 

Je suis très inquiet de l’état de nos sociétés en général et de notre communauté en particulier, que je trouve dépressive et mortifère. Beaucoup de gays foncent au suicide (conduites à risques et addictives). Tout cela s’est fortement accéléré ces dernières années. Je pense notamment à cette crise sanitaire majeure que représentent les nouvelles drogues de synthèse, bon marché. Et le slam surtout (l’injection par voie intraveineuse) terriblement désociabilisant et addictif. Cette révolution des drogues, qui aurait pu être géniale si bien gérée, deviendra le tombeau de la communauté gay. Avec les chems et les rézos sociaux, notre communauté devient autiste et psychotique. Tu trouves ça normal dans une partouze qu’un mec fiste d’une main et de l’autre tchate sur Grindr ? 

Quel(s) combat(s) continues-tu de mener ? 

Je me concentre sur la liberté sexuelle, un des derniers espaces de liberté encore en place. Le dernier ? 

 Je suis pour la révolution sexuelle permanente. 

Qu’est-ce que tu dis à un gay de 18 ans qui veut baiser bareback ? 

Que 6 000 personnes meurent encore en France chaque année du Sida. De prendre d’abord la PrEP (traitement pré-expostition). Qu’aujourd’hui tout a changé, que nous vivons une révolution de la prévention. Que les séropos sous traitements, indétectables, ne sont plus contaminants. 

Quels sont tes projets d’écriture ? 

Je travaille sur un roman à propos du « Chem sexe » avec Zarca, écrivain underground hétéro de 32 ans. Et un guide sur le massage de la prostate.  

Comment va ta vie ? 

Je me suis séparé de mon mari en janvier 2016 ; nous avons passé six ans ensemble et nous étions mariés depuis la loi. Ça a été rock and roll, il était devenu violent et alcoolique. J’ai dû demander une ordonnance de protection au juge des affaires familiales. Il a été expulsé de mon appartement. 

Depuis, j’ai vécu plusieurs mois d’errance jusqu’à ce que je rencontre K. en novembre dernier, ce fut un coup de foudre réciproque, nos construisons un amour fort et intense. Je suis un garçon extrêmement romantique, je suis un amoureux de l’amour. 

Pride, chroniques de la révolution gayd’Érik Rémès. Éditions La Musardine. 

Sortie le 20 avril 2017. 322 pages, 18 €. Version numérique : 9,99 €. 

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