NICOLE FERRONI – FEMME VIVE, LA FEMME GARÇON

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Popularisée par l’émission On ne demande qu’à en rire sur France 2, chroniqueuse à la Matinale de France Inter, la comédienne et humoriste Nicole Ferroni s’est imposée en un rien de temps comme l’une des artistes les plus douées de sa génération, une voix qui dit tout haut – et tout vite – ce que l’on pense tout bas. Rencontre-éclair avec une drôle de femme.  

Nicole Ferroni n’habite pas la capitale. Elle n’y est que deux jours par semaine. Je l’intercepte entre deux trains, traînant sa grosse valise rouge à roulettes. Une vie à trois cent deux kilomètres-heure. La radio à Paris, le spectacle en tournée partout ailleurs. Elle m’assure que ça devrait se calmer. Bientôt. Peut-être… « J’aspire à avoir une vie. Si, si ! » Mais pour l’instant c’est toujours avec accélérateur. Remarquez, la vitesse ça la connaît. Son débit de parole en atteste. Les amateurs de ses chroniques le savent, Nicole est vive. Vive de parole, vive d’esprit. Nicole pétille. Je la félicite pour son parcours mais aussi, surtout, pour son engagement. Beaucoup, à sa place, auraient naturellement vogué sur le succès en ne faisant que jouer les comiques. Mais elle met la main à la pâte, et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle pétrit sec ! Certaines de ses chroniques sont devenues culte, des milliers de fois partagées sur les réseaux sociaux. Nicole Ferroni ou l’humour qui grince. Il n’y a qu’à voir le sourire crispé de ceux qui passent à sa casserole. Le sourire des gens souffrant de constipation passagère. Nicole appuie où ça fait mal, tourne et retourne le couteau dans la plaie. Sadique, Nicole Ferroni ? Non. Cynique. « Certains invités sont juste énormes, comment est-ce que je pourrais faire autrement ? »  

« Je suis allée voir ce qui se passait dans chaque ministère, du coup j’ai appris des choses, et une fois que je savais je ne pouvais pas me comporter comme si je ne savais pas. » 

Elle m’avoue pourtant qu’au départ elle ne s’y connaissait pas plus que ça en politique. « Ma première expérience à France Inter c’était dans l’émission On va tous y passer avec Fréderic Lopez, le propos c’était de faire de la vulgarisation de thèmes plutôt scientifiques. Par exemple, au moment de la Manif Pour Tous, j’ai fait une chronique sur les homos où je les comparais à des araignées en disant : « Oui, moi aussi au début j’en avais peur, mais après j’ai appris à les connaître, etc. » À la Matinale ils ont aimé le ton et ils m’ont proposé une chronique, mais je ne le sentais pas, j’ai refusé, un peu tardivement, alors nous nous sommes convenu que j’en ferais deux ou trois. La toute première, c’était sur la rentrée scolaire des CP. J’ai fait une chronique en disant : « C’est normal que le système scolaire français ne marche pas. Chaque année on laisse partir des gens qui ont le bac et on fait rentrer des gens qui ne savent même pas lire ! » C’était le ton. Au départ, mes chroniques n’étaient pas si engagées que ça… » Jusqu’au jour où Nicole a eu un déclic. Ce jour-là, c’était le ministre de l’Éducation nationale – alors Benoît Hamon – qui passait sur son grill. « C’était un enjeu pour moi, en tant qu’ancienne prof, de penser comment à l’époque j’aurais aimé pouvoir parler au ministre. Je me suis dit : « Tu vas vraiment en profiter pour dire des choses, faire passer les messages.» J’ai remis une pile de lettres à Hamon. J’ai fait pareil pour Fleur Pellerin, à l’époque ministre de la Culture, je me sentais investie personnellement. » Ces déclics lui ont donné le goût de la vérité. Une recette qu’elle s’est mise à appliquer pour tous les invités, même ceux opérant dans des domaines inconnus d’elle. « Je suis allée voir ce qui se passait dans chaque ministère, du coup j’ai appris des choses, et une fois que je savais je ne pouvais pas me comporter comme si je ne savais pas. » Nous en venons à parler des présidentielles, je lui pose la question à deux mille euros et dix-sept centimes. Nicole fronce le nez. Le Pen ? Elle n’y croyait pas trop jusqu’à maintenant, mais… « Ce quinquennat a été tellement décevant, tellement dur, tellement décalé entre le vote initial et ce qui a été réalisé que franchement je me dis : « Ben ouais… » Je comprends que des gens renoncent à croire en la politique. Le Pen surfe là-dessus, malheureusement parce qu’on lui a donné de quoi. Ce qui est triste c’est que les gens voient le vote FN comme le vote sanction alors que ça ne l’est pas ! Si tu veux voter contre le système, ce n’est pas elle qu’il faut choisir ! Elle se présente comme une candidate antisystème alors que tout ce qu’elle veut c’est le pouvoir, comme les autres. »  

Et Nicole Ferroni là-dedans ? « Je continue mon bout de chemin. Ma vie est un patchwork. On me propose des choses. Si j’aime, je fais. Je viens de faire la voix d’un conte pour enfants, une émission sur France 4, une série sur France 2. Mon but de 2017 c’est quand même d’avoir du temps pour moi. J’adore la nature. J’aime faire de la randonnée, nager. J’habite à Aubagne. Mon kif c’est de me baigner avec des vieilles dames dans une eau à 14°. Je dis « des vieilles dames » parce qu’en général le jeudi à 9h du matin, à part des retraités il n’y a pas foule sur la plage. » Donc les vieilles dames, le Scrabble, les mots-fléchés, Nicole Ferroni a une vie gravement rock ‘n’ roll et elle ne s’en cache pas. « Je vous rassure, j’aime bien les jeunes hommes aussi ! » Je suis effectivement rassuré et je le lui dis. Ce que je ne lui dis pas, par pudeur, c’est qu’elle est si jolie qu’elle doit en avoir à la pelle qui papillonnent autour d’elle, des jeunes hommes… 

« Je suis fascinée par les couples de garçons. Ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas vraiment moi-même. » 

Pour conclure, et comme pour chaque Femme Garçon, je lui demande s’il y a quelque chose qu’elle aimerait partager avec nos lecteurs… Elle me répond du tac au tac : « Je suis fascinée par les couples de garçons. Ne me demandez pas pourquoi, je ne le sais pas vraiment moi-même. Un jour j’ai assisté à une dispute entre deux mecs. J’ai trouvé ça très beau. Comme s’il y avait là quelque chose d’harmonieux, d’équilibré, où la force et la tendresse pouvaient coexister. Quelque chose que je ne retrouve pas chez les hétéros, ni chez les filles. Je ne sais pas. C’est fort en tout cas, et ça ne m’a plus quittée. Maintenant quand je vois un couple de gays j’ai envie de leur demander de se disputer ! » Nous rions à imaginer la situation. Nous rions, oui. On rit beaucoup avec Nicole Ferroni.