40 ANS DE MARCHES DES FIERTÉS PARISIENNES : UN PIONNIER SE SOUVIENT

Loin de l’ambiance des gogos et de la foule monstre des Marches des Fiertés actuelles, il y a quatre décennies la Gay Pride n’était pas si haute en couleur. À l’occasion des 40 ans de l’événement, nous...

Loin de l’ambiance des gogos et de la foule monstre des Marches des Fiertés actuelles, il y a quatre décennies la Gay Pride n’était pas si haute en couleur. À l’occasion des 40 ans de l’événement, nous avons rencontré Michel Heim, un des cofondateurs du Groupe de libération homosexuelle (GLH) de Paris. Retour à une époque où les télés faisaient le deuil des modèles noir et blanc et où les gays marchaient déjà pour leurs droits.  

Racontez-nous votre participation aux premières Marches des Fiertés… 

Les premières Gay Prides… Ce n’était pas du tout comme maintenant. Je ne dis pas que c’est moins bien, mais en 40 ans les choses changent tellement. C’est un copain qui m’en avait parlé et, pour être tout à fait honnête, je n’étais pas du tout emballé. Je voyais un peu ça comme un rêve impossible : c’était trop beau, ou peut-être trop tôt. Après une longue hésitation – ou plutôt une grosse négociation – j’y suis allé. 

On s’est tous retrouvés dans la rue, comme une bande de copains qui sort. Ce dont je me souviens le mieux, c’est des spectacles à la Mutualité. Je me souviens surtout d’une des vedettes qui étaient venues. C’était Madame Juliette Gréco. Il y avait aussi la chorale Corps à corps, en 82 si je ne me trompe pas, et on était tous sur scène, à gesticuler dans tous les sens. Un archevêque se trouvait là, tenant des propos homophobes. On était un peu provocateurs alors, pour se moquer de lui, on faisait les cons en soutane. Effet garanti. 

Dans la rue, je n’ai pas le souvenir d’incidents en particulier. Juste des regards curieux. La marche était très neutre : pas de gogos, pas de danseurs, pas de mecs à poil, tout ça est venu bien après. Mais on avait des travelos, ça c’est sûr ! On était en costume de spectacle, mais rien de très extravagant. C’était drôle, bon enfant. Les gens nous regardaient, ça c’est sûr ! On était regardés de partout, petits, grands, vieux, jeunes. Mais ces regards étaient surtout plein de curiosité. Pas d’agression physique, pas de haine ambiante ou quoi que ce soit. On était juste des gens hauts en couleur. Encore une fois, c’était une autre époque, on était un défilé gai, sans faire de mauvais jeu de mots. 

Je ne me souviens pas de ce qu’on criait, mais je peux vous garantir que l’on criait quand même. J’en ai mal à la gorge rien que d’y penser. C’était un défilé sérieux, attention. Moins festif, plus revendicatif. Les participants étaient plus inquiets que maintenant. C’était nouveau de se présenter comme homo, beaucoup ne venaient pas, car c’était inutile de s’exposer. 

Qu’est-ce que vous souhaitiez à travers ces marches ?  

Les revendications politiques sont arrivées très vite, mais ce que je voulais moi c’était le changement de mentalités. C’était avoir de la visibilité. On existe, on est là, on est des gens du quotidien, on veut juste être vus.  

Après 40 ans de marches sur le pavé parisien, quels changements voyez-vous ? 

Ce que je vois le plus, c’est la visibilité. Comme je vous l’ai dit, c’est très important pour moi. Pour ce qui est des revendications, je ne suis pas certain qu’elles soient portées par tous. Par exemple, le mariage est une très bonne chose, mais je ne suis pas sûr que ce soient les plus importantes. Maintenant, je vois ça plus comme un rendez-vous annuel, pour faire la fête ou recroiser les gens que le temps à éloigner de notre route. Mais je la vois toujours, cette volonté de revendications. Avec les Caramels Fous, j’ai continué de marcher puis, au fil des années, j’ai simplement arrêté.  

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