GUY HOCQUENGHEM , le coming out d’un leader révolutionnaire

Journaliste militant et écrivain, ce philosophe soixante-huitard fait partie de ces utopistes visionnaires, de ces combattants qui n’hésitent pas à se mettre en avant pour faire de leurs rêves une réalité pour...

Journaliste militant et écrivain, ce philosophe soixante-huitard fait partie de ces utopistes visionnaires, de ces combattants qui n’hésitent pas à se mettre en avant pour faire de leurs rêves une réalité pour tous. Figure emblématique du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) avec René Scherer, c’est avant tout un leader politique charismatique et séduisant, pertinent et convaincant et un chef de comm’ redoutable. Retour sur l’histoire d’un des fondateurs les plus fédérateurs – mais aussi les plus controversés – de notre communauté. 

Un coup de foudre intellectuel avec son prof 

Né le 10 décembre 1946, Guy Daniel Jean François Hocquenghem fait partie d’une fratrie de dix enfants. Ses parents sont profs de lettres et de maths. Plus proche de sa mère, il développera son goût pour les lettres. Lycéen à Henri IV, le jeune ado craque pour son prof de philo – pas selon Philippe, mais René – de vingt-quatre ans son aîné – soit deux de moins que Céline avec le sien. Dans un autoportrait, il raconte ses premiers émois dans le Nouvel Obs du 10 janvier 1972 – année de publication de son premier ouvrage Le Désir homosexuel – et devient le second gay à faire son coming out dans la presse française après Verlaine en 1888. 

« Il y a dix ans de cela : j’étais en philo, j’avais quinze ans, et depuis quelques mois, j’avais une « liaison » avec un homme beaucoup plus âgé que moi. Lorsqu’il m’avait initié, j’avais éprouvé du plaisir. Je me sentais très fier. […] 

 Il a commencé à me sortir, à m’emmener au théâtre. J’ai rencontré d’autres hommes qui me désiraient et avec qui, quelquefois, j’ai couché. J’ai commencé à vivre deux vies séparées : je devenais un homosexuel. » 

Un amour interdit, transgressif. Pas facile de conclure quand on kiffe sur des quadras sexys et qu’on n’a que quinze ans. Mais l’élève est brillant, plein d’une fougue diabolique, tel le héros de Radiguet. Et il a soif de tout apprendre auprès de son mentor qu’il admire… Les forces de l’esprit se foutent royalement du physique, quel que soit son âge et son sexe ! S’il était de notre temps, il aurait sûrement fait un bon coverboy ! 

L’âge d’or de la révolution sexuelle : les années FHAR 

Plus littéraire que matheux, le jeune khâgneux intègre la rue d’Ulm en 1966. Son phrasé brillant et cultivé en fait un intellectuel anticonformiste flamboyant aux pamphlets légendaires. Notre Gavroche de mai 68 intègre les jeunes communistes et n’aura de cesse de contester les pouvoirs établis. C’est le 23 avril 1971 que paraît son article sur la libération (homo)sexuelle – dans le n°12 du Tout !, journal du mouvement Vive la révolution qu’il a cofondé, annonçant leur Réunion hebdomadaire (RH) du jeudi à 20h aux Beaux-Arts, QG formateur de plumes engagées et enragées, notamment envers les gauchistes respectables, mais surtout un espace où parler enfin de sa vie, de sa sexualité, de soi… avec humour, sens de la dérision et militantisme. Le quinzomadaire est vendu en masse le 1er mai – première participation de LGBT à une manif et fait le buzz : le mouvement des radicaux de gauche du FHAR passe d’une trentaine de militants à un millier en moins de deux mois. Le mouvement gay et lesbien est en marche ! Rebaptisé Groupe de libération homosexuel (GLH) en 1974, ils lancent avec le Mouvement de libération des femmes (MLF) le 5 juin 1977 leur première manif indépendante : la première Gay Pride !  

« Ma révolution n’a qu’une seule façon de tourner le monde, de le changer, […] je ne cesserai jamais de marcher. » (Jenifer) 

Des écrits controversés 

Avec René « l’homme qui lui a tout appris : le sexe et la politique » devenu son collègue, ils écrivent et enseignent ensemble à l’université de Vincennes… et achèteront une maison de campagne, même si Guy, aussi sexy que Pascal Cervo dans Jours de France, aura d’autres amants sur le reste de sa route. Défendant la sexualité des ados, leurs écrits sont accusés de pédophilie. Quand Guy n’attaque pas ses anciens camarades militants sur leur opportunisme. De 1975 à 1982, le journaliste polémique et indomptable collabore à Libé. Mitterrand passant au pouvoir, la majorité sexuelle pour les homos est abaissée à quinze ans comme pour les hétéros. Ses deux dernières années seront consacrées à une écriture dans l’urgence, suite à la découverte de sa séropositivité en 1986. Deux ans plus tard, le 28 août 1988, il meurt du sida à l’âge de 41 ans. 

Une nouvelle biographie, Les vies de Guy Hocquenghem d’Antoine Idiervient de sortir aux Éditions Fayard le 18 janvier dernier. 

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