Macron, candidat de cœur ?

Eh oui, nous l’avons fait ! Mettre Emmanuel Macron en couverture et torse nu ! Pourquoi un tel choix ? D’après un sondage que nous avons fait auprès nos lecteurs, vous l’avez élu à...

Eh oui, nous l’avons fait ! Mettre Emmanuel Macron en couverture et torse nu ! Pourquoi un tel choix ? D’après un sondage que nous avons fait auprès nos lecteurs, vous l’avez élu à 68 % comme le candidat que vous mettriez dans votre lit, loin devant Hamon (17 %) et très loin devant le broussailleux Fillon qui ne recueille seulement que 3 % des votes… Dans un autre sondage, plus sérieux cette fois-ci, signé CEVIPOF*, les gays voteraient majoritairement pour lui au premier tour, avec 30 % et les lesbiennes à 27%. Alors Macron, président des LGBT ? 

Par Christophe SORET 

Évidemment, la photo que vous voyez est un montage fait à partir de son vrai visage, bien sûr, et du corps d’un modèle qui, selon nous, présentait les traits physiques du candidat. Nous avons ainsi poussé la provocation en vous présentant un candidat en version sexy cover boy qui nous est chère. Nous espérons qu’Emmanuel nous excusera de cette incartade (peut-être un peu irrévérencieuse) mais qui finalement le présente plus que séduisant. Mais notre position de la mettre en couverture s’appuie aussi sur des critères plus sérieux que le simple aspect « sexy » de l’homme de 39 ans seulement. En effet, depuis le début de la campagne, l’homme politique s’évertue à montrer une démarche progressiste sur laquelle nous pouvons peut-être fonder une partie de nos attentes en matière d’évolution des droits LGBTI. 

Pourquoi me direz-vous ? Eh bien peut-être – et même si nos confrères de Têtu l’ont un peu poussé à réagir – parce qu’il est le seul à avoir détaillé sa position sur de nombreux points qui restent un combat pour nous. Alors que, comme pour les droits des handicapés (plus de 10 millions de personnes en France), tous les candidats affichent un mépris assourdissant pour les LGBTI. Comme si le Mariage pour Tous avait pour au moins une décennie posé un voile sur nos avancées, reléguant la lutte contre l’homophobie (dont certains meurent encore) ou la GPA/PMA dans les oubliettes jusqu’à la prochaine élection présidentielle de 2022 ! 

Défenseur des droits LGBT ? 

Malgré un faux pas notoire avec ses propos sur les anti-mariage gay « humiliés » qui ont fait polémique dans L’Obs, Emmanuel Macron a esquissé un début de mea culpa sur le site de l’hebdomadaire en jurant que « la communauté homosexuelle trouvera toujours en [lui] un défenseur ». De plus, ayant été secrétaire général adjoint à l’Elysée sous Hollande et soutien du Mariage pour tous, il ne devrait pas remettre en cause ce texte. En tout cas et certainement par « acte de contrition », nous y avons gagné un défenseur et un soutien supplémentaire puisque le candidat d’En Marche a offert publiquement son soutien à l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes… Mais il se prononce aussi sur le changement d’état civil des personnes trans face aux institutions, qu’il faut alléger en termes de procédure. Il souligne en particulier que le Président de la République est là pour faire changer les mentalités – marquées par la religion – en favorisant le dialogue pour dépasser les souffrances sociales. Il en va de même quand il parle des jeunes homosexuels confrontés à un taux de suicide bien supérieur à la normale : « Ce qui est inacceptable, c’est le harcèlement des minorités dans l’environnement scolaire comme familial. Cette lutte ne passe pas par des manuels, c’est aux associations d’agir dans le temps scolaire. » Enfin, aujourd’hui, il semble le seul candidat capable de faire barrage au fléau Front national qui souhaite remettre en cause certains fondamentaux de notre communauté comme la loi Taubira ou la CMU pour les malades du VIH. Mais n’oublions pas pour autant que tout gay, lesbienne, bi, trans, intersexe, queer que nous sommes, nous demeurons aussi avant tout des citoyens français qui plaçons loin devant la défense de nos droits communautaires, des enjeux majeurs comme le travail, l’éducation et la sécurité. 

Un programme progressiste ? 

Emmanuel Macron insiste particulièrement sur 5 points essentiels dans son programme, que nous résumons ici : 

– Investir 50 milliards d’euros et en économiser 60 : sur son quinquennat, il est prévu un plan d’investissement de 50 milliards d’euros essentiellement consacrés à la formation des jeunes et des chômeurs (15 milliards) et à la transition écologique et énergétique (15 milliards). Les 20 milliards restants devraient financer ses autres priorités : santé, transition numérique, modernisation de l’agriculture, des infrastructures de transport. 

– Ramener le taux de chômage à 7 % en 2022 : mise sur un vaste plan de formation permettant aux salariés comme aux demandeurs d’emploi de rester en phase avec la demande. Cela ira de pair avec un assouplissement des 35h ainsi qu’un plafonnement des indemnités versées en cas de licenciement. 

– Alléger les impôts, taxes et charges de 20 milliards en baissant les prélèvements obligatoires de ce montant sur le quinquennat, réparti équitablement « entre ménages et entreprises ». 

– Passer progressivement à un régime unique de retraite en créant un système universel de retraite qui fusionnerait l’ensemble des régimes existants. 

– Réduire le nombre des fonctionnaires par le non-renouvellement de 120 000 postes. 

Même si nous l’avons mis en coverboy plus que sexy, Emmanuel Macron n’est pas gay. C’est ce qu’il a clairement déclaré dans la large interview donnée à tu où il s’exprime sur le sujet : « Si j’avais été homosexuel, je le dirais et je le vivrais », a-t-il lancé tout en évoquant une « folle polémique ». « Deux choses sont odieuses derrière le sous-entendu : dire qu’il n’est pas possible qu’un homme vivant avec une femme plus âgée soit autre chose qu’un homosexuel ou un gigolo caché, c’est misogyne. Et c’est aussi de l’homophobie. » Mais il a donc les mêmes ennemis. 

Jeune, ambitieux, beau gosse, riche, brillant, il fallait évidemment lui trouver une « faille » : « tiens, tiens, il a une situation maritale peu commune : sa femme Brigitte Trogneux est plus âgée que lui de 24 ans », alors que d’ordinaire quand elles sont un demi-siècle plus jeune, ça ne gêne personne. Facile ensuite de dérouler le fil. On n’est plus uniquement dans des ragots qui visent à déstabiliser le candidat : selon certains politiques français, cela viendrait directement de Poutine qui voit en lui son plus grand adversaire dans nos candidats et donc un opposant concret à l’hégémonie russe. Mais ce qui est aussi le plus émouvant dans cette histoire d’amour « pas comme les autres » qui dure depuis 20 ans – sans compter les parents qui ne comprennent rien et la fuite obligée à Paris pour vivre enfin sa vie qui rappellent des choses à beaucoup d’entre nous – c’est quand il parle de l’élue de son cœur avec admiration : « Le vrai courage, ce fut le sien. Elle avait alors trois enfants et un mari. De mon côté, j’étais élève et rien de plus. Elle ne m’a pas aimé pour ce que j’avais. Pour une situation. Pour le confort ou la sécurité que j’apportais. Elle a renoncé à tout cela pour moi. Mais elle l’a fait avec un souci constant de ses enfants ». Avec eux, ils forment eux aussi aujourd’hui une famille « différente » : « Notre famille, c’est mon socle, mon rocher. Notre Histoire nous a inculqué une volonté tenace de ne rien céder au conformisme, lorsque l’on croit avec force et sincérité. » 

Ce numéro de Garçon Magazine sortira après les résultats du 1er tour. Nous verrons alors si les résultats nationaux sont à la hauteur de l’électorat LGBTI. 

*Source : sondage CEVIPOF : Enquête électorale française 2017, vague 11bis. Comparaison des votes entre hétérosexuels et non-hétérosexuels, masculins et féminins (ou LGBTIQ+) 

www.enef.fr/les-notes 

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