Regards de Cannes #2 :Téchiné Forever

  Alors que le Festival de Cannes fête aujourd’hui ses 70 ans, Thierry Frémaux a souhaité rendre hommage à l’un de nos cinéastes les plus mésestimés : André Téchiné,...

 

Alors que le Festival de Cannes fête aujourd’hui ses 70 ans, Thierry Frémaux a souhaité rendre hommage à l’un de nos cinéastes les plus mésestimés : André Téchiné, qui, lui, fête ses 50 ans de carrière.

Pourquoi mésestimé ? Car s’il est régulièrement poliment nommé aux César (il remportera tout de même celui du meilleur film en 1994 avec son chef d’oeuvre Les Roseaux Sauvages), il n’obtient jamais de récompensé majeure, et la critique se fait de plus en plus indifférente à ses films au fur et à mesure que les années passent.

Lundi soir était donc présenté son dernier film : Nos Années Folles, avec Pierre Deladonchamps (L’Inconnu du lac) et Céline Salette devant ses « muses » Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Juliette Binoche, Emmanuelle Béart, Sandrine Kiberlain et le garçon de la bande Lambert Wilson. Cette liste seule résume près de 40 ans de cinéma français.

On reproche souvent à André Téchiné d’être académique, son cinéma n’est pas celui de la démonstration de force. Mais s’il est capable de filmer les femmes comme des icônes, ou au contraire de démystifier la grande Catherine (Ma Saison préférée dans lequel elle apparait presque sans maquillage), il est aussi l’un des premiers à avoir mis en scène l’homosexualité dans le cinéma français. Ainsi, en dépit de l’apparence policée de ses films au casting souvent clinquant, André Téchiné sait faire preuve de courage.

Et s’il a attendu longtemps pour se livrer, il le fait avec une force et une authenticité incontestable.

C’est ainsi que naissent Les Roseaux Sauvages, film majeur, probablement le plus personnel, dans lequel Téchiné évoque son enfance en Algérie et surtout la naissance du désir interdit avec une pudeur et néanmoins une frontalité sans équivoque. Ce film a répondu aux interrogations de nombreux adolescents nés dans les années 80 et après. Il reste encore une référence majeure aujourd’hui en la matière.

André Téchiné signe  avec Nos Années Folles son film le plus audacieux, véritable ode à la liberté. Le personnage de Paul / Suzanne ne s’interdit rien et s’enivre de jouissance jusqu’à perdre tous ses repères. Sans jamais juger, il accompagne ses personnages au bout de leur folie et livre un film inspiré et parfaitement maitrisé, juste un an après le déjà bouleversant Quand on a 17 ans. Cet éternel jeune homme, qui ne goute pas particulièrement la saveur passéiste de l’hommage qu’on lui rend, est résolument tourné vers l’avenir et on ne doute pas qu’il lui reste encore quelques grands films devant lui…

Vous aimerez aussi :