Hyacinthe, le rappeur hétéro gay-friendly

Nouvelle figure de proue du rap-game, Hyacinthe, éclate les codes. Une voix douce, et des allures de gentil garçon, on peut croire qu’il flirte avec des thèmes simples et...

Nouvelle figure de proue du rap-game, Hyacinthe, éclate les codes. Une voix douce, et des allures de gentil garçon, on peut croire qu’il flirte avec des thèmes simples et enfantins. Mais bien au contraire, sa musique aborde tous les sujets, de la drogue au sexe, en passant par le morbide. Du haut de ses 24 ans, le rappeur, n’a pas peur de mélanger femme à poil, et grosse pelle entre garçon. Comme dans son dernier clip : « Sur ma vie ».  

« Les Inrocks prédisaient dans sa « musique belle et vulgaire », comme il l’a décrit lui-même, une figure montante du rap français. »

 

 

 

 

Interview recueilli par Julie Baret, TÊTU

 

Hyacinthe, dans la mythologie grecque, c’est un très beau jeune homme aimé par Apollon. C’est surprenant pour un nom de rappeur !

Hyacinthe : Honnêtement j’ai choisi ce nom plutôt par hasard, j’avais aucune idée des significations. Quand je les ai apprises j’ai décidé de le garder car je trouvais ça plutôt cool parce qu’inattendu. Je trouvais que ça apportait un truc au personnage de chercher à l’assumer après. En plus ça n’est pas incohérent avec ce que je fais et ce que je propose.

 

Qu’est-ce qui t’as donné envie de commencer à rapper ?

J’étais très nul en foot et du coup il fallait que je trouve un truc pour impressionner les filles ! C’était la période où Eminem était une superstar, pile au moment où le film 8 Miles sortait. Je pense que comme tous les Blancs de ma génération je me suis hyper identifié et je me suis dit « OK, c’est ça que je veux faire. »

 

Comment est-ce qu’on en est arrivé à Hyacinthe + L.O.A.S + Krampf = DFHDGB (Des Faux Hipsters & Des Grosses Bites), le collectif qui vous réunit ?

En 2012 je faisais des petits freestyles à la con, des vidéos dans des appartements avec des copines, que je mettais sur YouTube. Je faisais ça n’importe comment. Krampf [DJ/producteur, ndlr] en a entendu parler, il m’a demandé de mixer les freestyles pour que ça soit un peu plus audible, puis il m’a envoyé une prod, et hyper rapidement on a fait un premier EP qui est arrivé aux oreilles de L.O.A.S [rappeur, ndlr]… De fils en aiguilles on s’est mis à taffer tous les trois.

 

SURL

Dans vos chansons à L.O.A.S et toi, on a ce même sentiment désabusé. Est-ce que tu portes un regard aussi noir sur la société, sur les rapports humains ?

Je suis un garçon assez pessimiste je crois – et je me fais souvent engueulé par ma copine à ce sujet – mais j’essaie de me soigner petit à petit. Je pense qu’on est à la base des animaux avec des comportements instinctifs, qu’on a des trucs fondamentaux en nous qu’on ne pourra pas changer. J’ai assez peu d’espoir pour que le monde devienne radieux. Même à travers l’histoire j’ai l’impression que tout se répète en permanence. Je ne suis pas philosophe mais j’aime bien la théorie de Nietzsche sur l’éternel retour. Je pense que rien n’est jamais acquis, mais qu’il faut par conséquent lutter pour ce qu’on pourrait appeler le bien, ou en tout cas ce qui nous semble juste.

 

Quand on te demande de chercher des filiations avec d’autres rappeurs, tu cites souvent des artistes avec qui tu partage une rage commune. Tu dirais qu’elle vient d’où chez toi cette colère ?

J’ai eu un début de vie un peu compliqué. Je pense que j’ai dû faire une espèce de dépression pré-adolescente qui m’a suivi longtemps. J’ai été particulièrement solitaire et je pense que ça a développé un sentiment de vengeance.

 

Un peu comme Orelsan, on pourrait te reprocher des propos misogynes. Qu’est-ce que tu y réponds ?

Je peux comprendre que ça ait été mal compris à des moments mais j’ai jamais tenu de propos misogynes. La démarche a toujours été de parler de moi et de mes expériences à la première personne et avec le plus de sincérité possible. Et c’est pas un des trucs que je recommencerais, mais si j’ai utilisé le mot « pute » à propos d’une fille c’était pour raconter une embrouille entre moi et ma petite-amie de l’époque et ce moment où on s’insulte. J’ai jamais voulu catégoriser qui que ce soit.

 

Dans « Sur ma vie », t’as pour la première fois inséré un riff gabber (techno hardcore venue des Pays-Bas, ndlr) dans un morceau de rap français. Tu nous expliques?

Ça faisait quelque temps qu’avec Krampf et L.O.A.S on traînait avec le collectif Casual Gabberz qui a un peu ramené le gabber à la mode en France ; c’est eux qui m’ont fait découvrir ce mouvement. J’y trouve une super énergie qui peut être proche du rap par moment, notamment à travers cette violence. Dans ce morceau, on a essayé de faire quelque chose de très émotionnel. Et moi j’ai un peu ce rapport-là aux clubs : j’ai du mal à avoir une approche uniquement festive du truc, j’y vois aussi beaucoup de la poésie… c’est ma subjectivité.

 

Tu parles dans cette chanson d’une « musique belle et vulgaire ». C’est comme ça que tu décrirais ton son ?

Oui je crois. Fondamentalement je n’aime pas ce qu’on appelle le bon goût. Je vois des choses belles ailleurs que dans le tout lisse et bien comme il faut. Par exemple le gabber c’est pas un son doux et agréable, mais je trouve ça génial parce que ça va au bout d’une démarche. Il y a zéro compromis.

 

Ce clip a été réalisé par Anna Cazenave-Cambet qui a reçu la Queer Palm l’année dernière pour son court-métrage Gabber Lover qui raconte une romance entre deux adolescentes. C’est un peu deux univers qui se rencontrent. Comment s’est passé cette collaboration ?

Elle m’a contacté parce qu’elle voulait me faire un clip. Quand j’ai regardé son film et le titre, c’était au moment où on travaillait sur ce morceau avec du gabber. Or c’est pas répandu dans le rap, je crois qu’en France je suis le seul à en faire. C’était comme des étoiles qui s’alignent donc on a décidé de faire ce clip ensemble. On ne vient pas des mêmes milieux mais on s’est fait confiance. On a chacun fait un pas en direction de l’aure, et au final son travail apporte une nouvelle dimension au morceau.

 

Dans ce clip on te voit évoluer dans une maison, éviter une baston… et tout d’un coup un couple d’hommes s’embrasse. Pourquoi avoir inséré cet élément ?

C’était une idée de la réalisatrice car elle parle souvent de l’homosexualité dans son travail. Notre démarche c’était d’essayer, sans prétention, de faire une petite photographie de ce qu’est la jeunesse de ce pays à un moment T. Au début du clip on a le duo pop The Pirouettes qui est un genre de figure de l’hétérosexualité, on a des Blancs, des Noirs, des gens de plein de milieux, des potes à moi comme Jok’Air et des potes à la réal’ comme c’est d’ailleurs le cas de ces deux garçons qui s’embrassent. C’était pas du tout dans une démarche « wouah on met des homos pour faire… », non, on représente la jeunesse dans son ensemble.

 

Là ils s’embrassent, pourtant en France il est toujours quasi-impossible de se prendre la main en public…

Quand on l’a fait, je dirais pas que c’était politique, mais c’était aussi une manière de dire : « il n’y a pas grand monde qui le fait, il faut que quelqu’un le fasse alors c’est parti. » C’est des tabous qu’il faut casser et ça montre qu’on peut aller plus loin. Le vrai aboutissement serait qu’on s’en foute et que ça n’interpelle personne que deux mecs s’embrassent dans mon clip. Je me sentirai pas être le porte-parole mais si je peux aider à ma petite échelle… La vérité c’est que ça aurait été deux filles, personne ne se serait posé la question parce que c’est quelque chose qui est tellement courant dans les clips de rap du monde entier.

 

On reproche d’ailleurs souvent au rap d’être un univers viriliste, macho, homophobe…

Je pense que ça évolue de plus en plus. Un rappeur comme Young Thug sort complètement de cette attitude viriliste par exemple. Sur sa dernière pochette d’album, qui est magnifique, il est en robe. Il joue souvent avec ces codes-là. Et sur la scène queer les rappeurs ça existe aussi. Je crois qu’on sort petit à petit de cette image de l’homme viril, hétérosexuel et macho à mesure que le rap s’ouvre à tous.

 

Dans le clip de « Troisième cime » tu poses nu, de dos, debout dans une baignoire et mis en valeur comme le sont plus généralement les femmes. Est-ce que c’est des choix réfléchis ou des décisions que tu prends sur l’instant ?

C’était un choix du réal’. Je devais avoir 19 ans à l’époque et ça m’avait fait très très peur ! Mais finalement ça s’est bien passé. On essaie de tenter des trucs un peu différents sans trop se poser de questions sur la réception.

 

Tu peux nous en dire plus sur ton prochain clip ?

C’est un morceau avec Jok’Air. L’idée c’était de nous représenter dans une sensibilité un peu différente de d’habitude, à travers des esthétiques qui n’ont pas été trop vues dans le rap

 

 

Interview de Julie Baret : TÊTU 

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