Lagerfeld, Montreuil et le fist-fucking : Retour sur la soirée du siècle.

Avant les grandes heures de Grindr et des Gay Pride, à l’époque du Palace et du Régine, il y avait la Main Bleue. Alternative à la scène parisienne, la...

Avant les grandes heures de Grindr et des Gay Pride, à l’époque du Palace et du Régine, il y avait la Main Bleue. Alternative à la scène parisienne, la soirée « Moratoire Noire » de 1977, tenue en l’honneur de Karl lui-même, fascine encore autant qu’elle choque. Elle fêterait cette année son 40ème anniversaire. Récit de cet Atlantide nocturne.

 

Jacques de Bascher (g.) et Karl Lagerfeld (d.), 1976

 

 

Les années 70 battent leur plein. Pour l’anniversaire de son grand amour Karl Lagerfeld, l’archange décadent Jacques de Bascher (qui apparaît sous les traits de Louis Garrel dans le Saint-Laurent de Bonnello) décide de réaliser sa plus grande oeuvre. Une nuit dont on se souviendra, orchestrée par l’oiseau de nuit qui a fait de la décadence un art et un mode de vie.

 

A LA FOIS L’APOGÉE D’UN IDÉAL DE MIXITÉ SOCIALE SEVENTIES ET L’AUBE DES NUITS FAUVES DÉSABUSÉES DES ANNÉES 80.

 

 

De retour d’Amérique, il s’agit pour ce dandy de montrer au beau monde parisien la débauche new-yorkaise. Dans une ambiance « cuir et champagne », le millier de mètres carrés va accueillir plusieurs centaines de personnes de toutes origines avec pour seul point commun d’avoir été triées sur le volet : mannequins, artistes, écrivains, journalistes et habitués de la luxure des beaux quartiers répondent présent, tous aussi intrigués qu’impatients. On y reconnaît à la fois l’apogée d’un idéal de mixité sociale seventies et l’aube des nuits fauves désabusées des années 80.

 

 

Bristol d’invitation à la Soirée Moratoire Noire

Les voitures de luxe arrivent et l’on observe un défilé funéraire plus mondain que jamais. Tous se sont pliés au dress code pour le moins original : « Tenue tragique noire obligatoire ». On boit, on se drogue gentiment dans une ambiance et on remercie les deux organisateurs (Xavier de Castella et Jacques de Bascher). Les matamores vêtus de rouge répondent souvent, l’air mystérieux, « Attendez, le meilleur est à venir ».

 

« ATTENDEZ, LE MEILLEUR EST À VENIR. »

 

 

Et lorsque les âmes s’échauffent, que les robes de soirées commencent à se dégrafer et que des hommes tout de cuir vêtus s’embrassent ostensiblement, le « meilleur » vient. Un show de fist-fucking en bonne vue des convives commence. Cette pratique aussi intense que dangereuse marque le succès de cette soirée. On la sait déjà retentissante. La soirée a tout de même lieu douze ans avant que le gros plan de fist-fucking de Mapplethorpe ne soit censuré de l’exposition à la Corcoran Gallery de Washington. La soirée Moratoire Noire est donc à la fois le glas de l’insouciance seventies et les matines de l’ère Cuir&Queer, le tout en l’honneur de l’homme mis à l’honneur ce soir là : Karl Lagerfeld lui-même.

 

 

Karl Lagerfeld lors de la Soirée Moratoire Noire, 1977.

Alors qu’en garde-t-on ? Une boîte d’allumettes au logo ironiquement peu équivoque ? Des souvenirs enfumés ? Des vêtements poisseux ? Un poing levé en protestation contre la bienséance et le convenable ? Une pratique devient un univers, un univers devient un choc et le public y met le mot de scandale. Un scandale recherché, un outrage sophistiqué d’un temps d’avant qui fait de la Nuit Parisienne une dimension aussi illusoire qu’immortelle.

 

Quant aux photographies de cette soirée mémorable (et notamment du « fist-fucking show »), vous pouvez les trouver ici.

 

 

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