Dopage sexuel : la performance, à tout prix ?

Symptôme des temps ou influence du porno, la quête de performance sexuelle concerne aujourd’hui tous les hommes, même les plus jeunes. Cela passe par une utilisation récréative des médicaments traitant la dysfonction érectile, ou...

Symptôme des temps ou influence du porno, la quête de performance sexuelle concerne aujourd’hui tous les hommes, même les plus jeunes. Cela passe par une utilisation récréative des médicaments traitant la dysfonction érectile, ou la consommation de compléments alimentaires douteux, disponibles sur le net. Enquête. 

Que dit la loi ?  

Qu’en est-il de tous ces remèdes aux noms évocateurs : ViamanChronoerectErectorLibido Power ? Une chose est certaine : si vous achetez ces gélules et qu’ils vous font un effet comparable à celui du Viagra, vous avez sûrement affaire à un analogue. Ces produits, vendus non pas comme des médicaments, mais en tant que « compléments alimentaires » sont officiellement composés, selon leurs étiquettes, de produits naturels : ginseng, salsepareille (les schtroumpfs adorent ça, pourquoi pas vous ?), ou arginine. Bien sûr, ils ne bénéficient d’aucune AMM (Autorisation de Mise sur le Marché). Depuis quelques années, les sites distribuant ces produits se multiplient. Certains ferment pour échapper aux contrôles, puis rouvrent sous d’autres noms. 

Bien que ne bénéficiant pas d’autorisation de mise sur le marché, le Viaman et bien d’autres pullulent sur de nombreux sites 

Compléments alimentaires 

Les sex-shops en ligne défendent jusqu’au bout l’argument fallacieux du « complément alimentaire 100 % naturel », et parfois du « 100 % français », gage, selon eux, de fiabilité ! En 2013, Marc Dorcel retirait de ses boutiques le Start up for him, suite à une plainte déposée pour « exercice illégal de la profession de pharmacien », « escroquerie en bande organisée », ou encore « tromperie sur une marchandise présentant un danger pour la santé humaine ». Les analyses effectuées avaient révélé la présence d’analogues de Tadalafil, la molécule active du Cialis. Les gendarmes de l’OCLESP (l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique) avaient été saisis. Le fournisseur, basé en Suisse, était approvisionné depuis l’Asie. 

En 2013, Marc Dorcel retirait de ses boutiques le Start up for him, suite à une plainte déposée pour « exercice illégal de la profession de pharmacien. 

Peu après, un laboratoire toulousain révélait qu’un autre produit « aphrodisiaque » commercialisé en sex shops, le Vitalib, contenait deux analogues de Viagra, le Thiosildénafil et l’Hydroxythiohomosildénafil. Mais des analyses plus récentes ont révélé que les gélules de Vitalib ne contenaient plus les molécules incriminées. Ce qui prouve que les laboratoires ne changent pas seulement de nom. Ils modifient également les formules de leurs médicaments, afin d’échapper à la vigilance des autorités sanitaires. Si le Vitalib est encore commercialisé, mais avec une formule « inoffensive », on trouve toujours, non seulement dans les sex-shops mais aussi sur des sites de vente de nutrition pour sportifs, ou de compléments alimentaires en ligne, des produits comme Golden Root +, ou Maximenpills.  Avec une composition dont les noms évoquent Harry Potter, Radix Astragali Epimédium Sagittatum ou Cortex Cinnamomi, ces produits sont en réalité blindés d’analogues. Malheureusement, en France, on ne dispose pas de liste noire comme celle de la Food and Drug Administration américaine. 

Après avoir contenu des molécules analogues au Viagra, le Vitalib ne contient désormais plus les molécules incriminées. 

Comprendre les enjeux 

Les sociétés distribuant ces produits n’offrent pour toute garantie que l’autorisation de la DGC – DCRF, la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, simple document administratif qui n’offre aucune garantie en termes de santé. Le consommateur considère que certains produits achetés à bas coût sur Internet sont les exacts équivalents des analogues vendus sur ordonnance en pharmacie, et non remboursés. Les labos veulent s’enrichir, les pharmaciens aussi, ils n’ont donc aucun intérêt à ce que les gens trouvent les mêmes produits deux fois moins chers sur le net ! Les administrations comme l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) et la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) communiquent enfin sur les vraies raisons de ces interdictions. Ce qui est en jeu n’est rien moins qu’un important problème de santé publique, aux conséquences encore négligées. 

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