L’amour sublimé en photo

C’est l’été mais contrairement à l’an dernier nous ne vous proposons pas de joli garçon en maillot de bain. Nous avons choisi de célébrer l’amour LGBTI alors qu’une grande...

C’est l’été mais contrairement à l’an dernier nous ne vous proposons pas de joli garçon en maillot de bain. Nous avons choisi de célébrer l’amour LGBTI alors qu’une grande partie de ce magazine est consacré à la lutte contre l’homophobie. Quoi de plus beau que ses magnifiques couples pour afficher au regard de tous, notre droit à la différence et à la valeur universelle du sentiment amoureux. C’est au cours d’une table « Voir c’est croire : le pouvoir de redessiner les stéréotypes » organisée à Canne que nous avons rencontré le fantastique photographe Braden Summers. Nos échanges avec lui autour des raisons qui font que les images peuvent être un vecteur puissant pour redéfinir les concepts de genre, de race, de maladie mentale, d’identité sexuelle LGBTQ ou encore de religion que nous avons finis d’être séduit par un homme engagé et plein de bon sens.  

Nous tenons aussi à remercier notre partenaire Getty Image qui s’implique la création et la promotion d’images puissantes et pertinentes, qui célèbrent la diversité et l’authenticité dans tous les domaines de la vie 

Braden, vous êtes un photographe new-yorkais. Pourriez-vous nous en dire plus sur vous ? Pourquoi travaillez-vous à glorifier l’amour entre personnes de même sexe ? 

J’ai passé une grande partie de mes trente et une années entre New York et San Francisco, où je vis aujourd’hui. Je suis d’ailleurs diplômé de l’Academy of Art University de San Francisco depuis 2008, même si j’exerce la profession de photographe depuis plus de 10 ans.  

Mon parcours professionnel m’a également amené à passer six mois à Paris en 2012. Je suis en effet venu avec mon compagnon pour travailler sur un projet spécifique. Je cherchais à réaliser une série de clichés plutôt poétique à destination du secteur du tourisme et de l’hôtellerie. La France pour moi était la destination qui s’imposait pour déployer ce thème et constituer un portfolio de très belles photos qui évoquent le charme du voyage, la poésie des lieux et la romance de l’instant. 

C’est alors que je travaillais à ce projet que mon compagnon m’a suggéré d’intégrer un cliché représentant un couple homosexuel.  

C’est ce qui m’a donné l’idée du projet « All Love Is Equal ». J’avais une idée très précise de ce que je voulais représenter et de l’objectif que je voulais atteindre à travers cette réalisation. Je voulais développer une série de photos qui certes représenterait des couples de même sexe mais soit du niveau des photos utilisées aujourd’hui dans le secteur du luxe par exemple. Elles devaient être belles artistiquement parlant et permettre de transcender la beauté, le romantisme de l’instant saisi. Il s’agissait pour moi moins de transcrire une réalité que de créer l’univers fantasmé d’un couple.  

Votre projet artistique « All Love is Equal » met en lumière différents couples à travers le monde. Comment avez-vous fait pour identifier ces couples et réussir à capturer l’intensité de leurs sentiments ? 

Une fois le projet défini, il m’a fallu le monter et trouver le financement. J’ai demandé à l’un de mes amis, producteur photo, de se joindre à l’aventure et ensemble nous avons levé 23 000 dollars sur kickstarter. Cette somme nous a permis d’organiser un voyage sur cinq semaines qui nous a mené dans sept villes à travers le monde : Paris, de nouveau, Mumbai, Beyrouth, Johannesburg, Rio de Janeiro, New York et San Francisco. Ces villes viendraient rejoindre Londres, où j’avais déjà réalisé quelques clichés, les premiers du projet « All Love is Equal » en fait. Il s’agissait pour nous de revenir à l’issue de notre voyage avec un cliché d’un couple d’hommes ou de femmes par ville visitée. 

J’ai alors commencé la préparation de notre voyage. Pour ce faire, j’ai pris contact avec les associations LGBTI de chaque destination ainsi qu’avec des agences de modèles. Au risque de vous surprendre, très peu d’associations ont voulu donner une suite favorable à mon projet. Beaucoup n’ont pas compris mon objectif ou ont mis en doute ma volonté de réaliser des clichés romantiques. Ils avaient du mal en effet à voir comment une réalité sublimée pourrait contribuer à faire avancer la cause des homosexuels et aider à changer la perception du grand public.  

Selon vous, l’amour est-il la meilleure arme pour défendre les droits de la communauté LGBTI et la diversité ? 

L’amour est en effet une arme efficace pour défendre l’image de la diversité et des couples de même sexe et c’est ce qui m’a animé dans le projet « All Love Is Equal ». L’amour devait naturellement être le sentiment qui animait les photos et devait permettre d’inscrire la réalité des couples de même sexe dans le quotidien de tous. C’est pour moi le vecteur à travers lequel atteindre le grand public pour changer les perceptions et faire avancer les choses. Probablement parce que l’amour est une valeur universelle dans laquelle chacun d’entre nous peut se retrouver. De même, la compassion, l’empathie, sont des sentiments bien plus faciles à éveiller à travers l’amour, la romance, la complicité…  

Mais l’amour ne saurait être la seule arme 

Paris, la ville de l’amour, est une de vos sept étapes. Avez-vous ressenti une atmosphère particulière dans cette ville ? 

Clairement ! C’est d’ailleurs une des raisons qui m’a incité à m’y rendre il y a deux ans pour réaliser un projet que je menais alors autour des secteurs du tourisme et de l’hôtellerie. La ville offre un cadre et une atmosphère unique propre au romantisme et elle m’a beaucoup inspiré à l’époque. Que ce soit l’architecture haussmannienne, les vues imprenables depuis les ponts, le canal… Tout converge pour nous faire ressentir ce quelque chose de particulier si propre à Paris. J’arrivais alors directement de New York et j’avoue que cela a été une véritable découverte : l’impression de respirer, de pouvoir prendre le temps de vivre et de profiter du temps présent. 

J’ai d’excellents souvenirs au bord du canal notamment, à déguster un bon verre de vin ou un bon pique-nique entre amis. Il y a définitivement quelque chose de spécial à Paris. 

Nous avons été particulièrement touchés par une de vos photos celle représentant deux femmes se regardant avec un regard intense, tirées par 9 chiens. Pourriez-vous nous en dire plus sur cette photo ? 

Initialement, le projet « All Love Is Equal » a été réalisé dans sept villes compte tenu des contraintes budgétaires. J’essaie de l’enrichir à chaque fois que j’ai la possibilité de découvrir de nouvelles villes.  

Cette image m’a profondément marqué et j’ai voulu représenter le quotidien de Buenos Aires à travers cette ambiance. Je m’attache en effet à représenter les villes non pas à travers un symbole ou un monument précis, mais bel et bien par des scènes typiques et authentiques, comme ces promeneurs de chiens. J’ai commencé par discuter avec l’un d’entre eux et lui ai présenté mon projet, afin de savoir s’il accepterait de nous louer les chiens quelques instants, ce qu’il a accepté. 

Nous sommes revenus le lendemain avec un couple de femmes. En une demi-heure, j’avais le cliché de Buenos Aires que je souhaitais. Comme nous devions procéder rapidement – nous ne pouvions pas garder les chiens très longtemps – nous avons essayé d’être efficaces. Je savais exactement quel type de cliché je voulais, ce qui nous a aidé. C’est d’ailleurs pour cela que je travaille beaucoup en amont des shootings. Moodboards, travail sur la couleur et la lumière…Tout ce qui me permet de faciliter la prise de vue et d’atteindre mon objectif est utile dans ce cadre.  

Vous aimerez aussi :