DREAM BOAT De Tristan Ferland Milewski 2 000 homos dans le même bateau

Les passagers pour le docu de l’été sont priés de monter à bord et de rejoindre leurs cabines. Dream Boat lève l’ancre et le voile sur notre sexualité. Embarquez !…...

Les passagers pour le docu de l’été sont priés de monter à bord et de rejoindre leurs cabines. Dream Boat lève l’ancre et le voile sur notre sexualité. Embarquez !…

Une croisière gay… Beaucoup d’entre nous ont fantasmé sur cette séduisante aventure maritime mais l’ont rangé dans un coin de leur tête, un jour peut-être… Or qu’en est-il de ceux qui se sont vraiment embarqués dans un tel voyage ? Qu’y a-t-il de si particulier dans ce type d’évasion ? Qu’est-ce qu’il s’y passe ? Ces questions sont le point de départ de ce documentaire, qui, par son traitement intimiste débouche très vite sur autre chose de plus général et d’universel.

Véritable vivier de gays provenant des 4 coins de la planète, le paquebot sert de décor à un formidable état des lieux. Qu’est-ce que cela veut dire être gay en 2017 dans le monde ?

Le pays où nous vivons, les lois, la religion, tout cela a profondément façonné notre identité. Si certains ont la chance de vivre sous des gouvernements tolérants, d’autres doivent traverser l’existence dans un mensonge permanent, sous peine de se voir retirer leurs droits, leur liberté ou leur vie.

Alors il y a la croisière. Cet espace, sur la mer, où pendant quelques jours le monde ne peut plus vous atteindre. Il y a ces histoires, ces destins différents qui se croisent. L’émotion est palpable. Celle que nous ressentons tous dans les endroits qui nous sont attribués. La bulle. Le cocon. Ici, il s’agit avant tout de faire la fête. La nuit, le jour, ça ne s’arrête jamais. Soirées à thème, soirées déguisées, c’est le paradis des pédés. Dans les couloirs qui mènent aux cabines un trav trébuche sur ses talons aiguille, tandis qu’un bear court nu vers une destination inconnue. L’ascenseur s’ouvre sur un groupe de musclors, métro aux heures de pointe version backroom berlinoise.

Pourtant, derrière le sourire, sous le cuir et la joie, se dissimulent des sentiments contradictoires. Eden pour les uns, le bateau peut être un enfer pour d’autres. Dans ce monde du clubbing, basé sur l’apparence. Dans cette sexualité où la beauté est primordiale. Les yeux cherchent, les yeux supplient, des larmes coulent. « Du moment où je me suis mis au sport et où j’ai obtenu les premiers résultats, soudain tout le monde voulait me parler » dit carrément l’un des protagonistes. Tout l’intérêt du film est là. Une parole vraie, la pudeur dévoilée, comme des perles que le réalisateur enfile pour former un collier. Il y a Marek, le polonais, qui cherche celui qui saura regarder l’homme derrière les muscles. Dipankar, l’indien, qui se sent invisible car il n’en n’a pas. Ramzi, palestinien devenu belge, en couple envers et contre tout. Martin qui vit avec un virus trop célèbre, et Philippe, le français, qui depuis son fauteuil roulant voit « tout à bonne hauteur ». Il y a le spectre de la drogue, de l’abus d’alcool, de la fatigue, et celui de la fin qui s’annonce, du retour à la terre et de l’éclatement de la bulle.

Pour son 1er long-métrage, Tristan Ferland Milewski frappe fort. Dream Boat est à voir et à montrer. Plus qu’un documentaire, c’est un document qu’on pourra exhumer dans des dizaines voire des centaines d’années.

Sortie le 28 Juin

KMBO

91min

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