LA FEMME GARÇON, OCÉANEROSEMARIE – FEMME COOL

Humoriste, chroniqueuse, réalisatrice mais avant tout comédienne, Océanerosemarie, la lesbienne anciennement invisible, refait parler d’elle avec Embrasse-moi, une comédie romantique co-réalisée avec Cyprien Vial, dans les salles le 5...

Humoriste, chroniqueuse, réalisatrice mais avant tout comédienne, Océanerosemarie, la lesbienne anciennement invisible, refait parler d’elle avec Embrasse-moi, une comédie romantique co-réalisée avec Cyprien Vial, dans les salles le 5 juillet. Un feel-good movie où les filles sont jolies, les gays gais et les hétéros gentils. Rencontre avec une nana, comment dire… ben juste super cool !

La coupe à la garçonne, en jean blouson, les joues roses, Océanerosemarie est un vent frais et doux. Les yeux brillants, la voix musicale, le genre de fille qui a trouvé son genre. La rencontrer, c’est rencontrer une vraie personne. Ça peut sembler banal mais c’est tellement rare, au fond. Chez elle, tout est naturel, tout coule. Elle est telle qu’elle est, l’assume et l’exploite sans vergogne. Se raconte. Je n’ai même pas à poser de questions. Océane est un livre ouvert. Celle qui chantait La Pudeur, dissimulée derrière le nom d’Oshen, s’est dévoilée un beau matin, non pas comme lesbienne mais comme LA lesbienne. Ce La, telle une note de musique, est primordial. Pas pour une question d’égo, bien au contraire. Océanerosemarie, c’est la lesbienne qui parle pour celles qui ne parlent pas.

Mais pour arriver jusque là, Océane a ramé. À la source, le théâtre. « Très tôt. Au CP. L’envie d’être sur scène, de faire le clown, cette passion m’a accompagnée durant toute l’adolescence, j’ai fait le Cours Simon mais ça n’as pas été une bonne expérience. » Parallèlement, elle fait de la musique, écrit des chansons. Mais c’est joli de chanter comme dirait la fourmi. « Le jour où j’ai dit à ma mère : Maman, tu sais, je suis une artiste, il faut que je crée tous les jours, elle m’a dit : Très bien donc tu es autonome financièrement. Et là il s’est agi de bosser. Ça a été un choc : la petite bourge qui découvre la vie ! »

Le vent commence à tourner lorsqu’elle est embauchée comme chargée de communication dans une salle de concert. « Là j’ai compris que c’était du travail, pas que de la passion. » Elle rencontre des professionnels. Très vite, Oshen prend toute la place. Elle plonge dans le bain, sort un 1er album autoproduit, puis un 2e sacrifié par la maison de disque. « Je l’ai vécu comme un échec, alors que ça marchait très bien sur scène, je faisais des grosses première parties, notamment de Bénabar. Ce qui m’a habituée à être seule devant beaucoup de gens et à devoir les choper. » Pour ce faire, Oshen utilise l’humour d’Océane, meuble entre les chansons. Mais ce cocktail, s’il fonctionne sur scène, ne trouve pas sa place en radio. « On me demandait de choisir entre ma part humoristique et ma part intimiste, mais je ne voulais pas choisir. En revanche, je me suis dit : ce qui peut être bien, c’est de séparer. » Elle écrit La Pudeur, album intimiste qui marque la fin d’Oshen puisqu’une tempête, qui grondait depuis trop longtemps, éclate. Il faut qu’elle joue la comédie ! « J’étais une lesbienne assumée mais une comédienne refoulée. J’avais 30 ans, et pas le même CV que les autres filles sur les castings, je savais que ce serait très compliqué. Encore une fois, le seul moyen, c’était de faire les choses moi-même. J’ai décidé de faire mon spectacle. » Mais Océane est comédienne, monter sur scène pour faire des vannes, c’est pas sa culture. De l’extérieur ça peut sembler évident, mais de l’intérieur, c’est une autre histoire. Il faut laisser les choses se mettre en place. Un jour, La Lesbienne invisible est apparue.

Ce mot de lesbienne dans le titre, Océanerosemarie y tient plus que tout. On essaie de l’en dissuader. Elle tient bon. « Aujourd’hui les gens qui bossent dans la com ont évolué, ils commencent à comprendre que c’est en fait très important de pouvoir s’appuyer sur une communauté, quelle qu’elle soit ; mais à l’époque, le mot était très mal vu, même les lesbiennes n’osaient pas le prononcer. Ça s’est vérifié, quand les filles venaient au théâtre : Oui… Euh… je viens pour le spectacle d’Océanerosemarie… Comme s’il y avait une gêne, comme si c’était un mot vulgaire, qui renvoyait juste à un terme de moteur de recherche sur youporn. » Ce cliché, elle rêve de le briser en mille morceaux. « J’avais ce fantasme qu’un jour le spectacle marche suffisamment pour qu’il y ait des affiches dans le métro avec écrit LESBIENNE en gros. Et c’est arrivé, je me suis retrouvée moi-même dans un couloir derrière quelqu’un, et de voir la tête qui se tourne subitement vers l’affiche, et moi derrière, incognito, c’était trop marrant ! »

La Lesbienne invisible voyage durant 4 ans et demi, et Océane avec. Celle qui voulait juste faire 2-3 vagues a déclenché un tsunami. « Puisque je devenais entre guillemets « la lesbienne de service », je devais me positionner clairement sur mon féminisme, sur ma façon de lutter contre la LGBTphobie. » À nouveau, elle coupe la poire, d’un côté Chatons violents*, un spectacle incisif qui traite moins de l’homosexualité que du racisme. Et Embrasse-moi**, une comédie romantique. Un film sympa où les nanas sont mignonnes et tombent amoureuses, c’est tout, et elle l’assume. « Pour moi c’est très politique de ne pas avoir de discours politique. De faire comme si c’était normal. Embrasse-moi est un film d’anticipation, c’est le monde tel qu’il devrait être partout en France. Car on le sait, il y a encore beaucoup de milieux où c’est pas aussi cool. Pour que ça avance, il faut proposer des modèles. » Le modèle, c’est elle. Ou plutôt cette projection d’elle, ce personnage d’Océanerosemarie – l’addition de ses trois prénoms – qu’elle fait voyager à travers des formes diverses. Sur scène, au cinéma, sur le net***. Océane suit le courant, et nous on nage, tout cool, dans son sillage.

*En tournée partout en France et notamment lors du festival d’Avignon

**Embrasse-moi, de Océanerosemarie et Cyprien Vial, avec Alice Pol, Michèle Laroque, Laure Calamy. Sortie le 5 juillet 2017, 1h26

***Arrêt sur image : http://www.arretsurimages.net/chroniqueur.php?id=37

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