Le retour du triangle rose

 Les victimes d’un des plus grands crimes contre l’humanité avaient l’obligation de porter  une étoile jaune sur la poitrine. Ceux qui étaient gays devaient coudre un triangle rose. Leur seul crime ? Être diffèrent....

 Les victimes d’un des plus grands crimes contre l’humanité avaient l’obligation de porter  une étoile jaune sur la poitrine. Ceux qui étaient gays devaient coudre un triangle rose. Leur seul crime ? Être diffèrent. Marqués comme du bétail, tabassés, torturés, électrocutés, assassinés.  Les  livres d’histoire ferment cet honteux chapitre en 1945. Et pourtant, un pays aux portes de l’Europe reprend le massacre de la communauté LGBT.  

La Tchétchénie n’a que faire des droits de l’Homme, de la valeur d’une vie, et extermine une partie de sa population avec amusement, comme le ferait un enfant jouant à bruler des fourmis avec une loupe.  

Par Clément Curcuru 

Historique des évènements  

3 avril : Arrestations homophobes massive, 3 morts, 100 détenus, dénoncé par Novaïa Gazeta 

10 avril : Le magazine d’opposition Russe Novaïa Gazeta dénonce des camps de concentration anti gay 

2 mai : Sir Alan Duncan, ministre d’état au bureau des affaires étrangères britannique, affirme que la Tchétchénie compte exterminer tous les gays avant le début du Ramadan  

5 mai : Les premiers témoignages des rescapés surgissent, leurs proches souhaitent leur mort 

17 mai : Les associations LGBT portent plainte pour génocide contre les homosexuels à l’occasion de la lutte internationale contre l’homophobie 

26 mai : Transfert des prisonniers des camps, par l’État Tchétchène pour un nouveau site 

 Ramzan Kadyrov, l’insolence rustre et la cruauté 

L’histoire est riche de récit, où des hommes, prêt à tout pour imposer leur mode de penser, gravissent les échelons du pouvoir. Nombreux sont les mégalos. Il est facile de croire que depuis avril Kadyrov détient la palme d’or du meilleur tyran de l’année,  mais sa folie furieuse est bien plus ancienne.  

En Tchétchénie, les Kadyrovtsy, les adeptes de Ramzan, frappent les hommes ou les femmes à partir du moment où ils pensent que c’est nécessaire. Diffuser un message de violence et de haine a toujours été une composante de l’ADN du mode de gouvernement de Kadyrov. Ses « fidèles » justifient leurs crimes comme des « détails permettant de placer les tchétchènes en faveur de la Russie  

Eliminer ce qui le dérange n’est pas une nouveauté pour lui. Depuis 2008, ses opposants tombent comme des mouches. Entre septembre et janvier 2009, Mussa Assaev, Islam Djanibekov et Gazi Edilsoultanov, trois hommes contre sa politique, sont assassinés à Istanbul. En janvier 2009, Oumar Israïlov, également opposé au gouvernant est tué à Vienne.  Le motif du meurtre? Israïlov avait évoqué les prisons privées de Kadyrov.  

Ramzan ne s’arrête pas à ses opposants politiques, il commandite aussi les meurtres de journalistes, trop bruyant à son gout, trop dérangeant, trop proche de la vérité. Ainsi, Anna Politkovskaïa et  Natalia Estemirova, deux journalistes, perdent la vie.  

 « Avec la bénédiction de Moscou, Kadyrov semble donc bénéficier d’un droit de vie et de mort sur ses sujets. Les opposants de Kadyrov — six au total — ont donc été assassinés en de multiples endroits situés hors de Tchéchénie : Vienne, Istanbul, Dubaï, et Moscou. » Le Monde  

 Sous l’œil de Moscou 

La Russie sait tout, la Russie voit tout, La Russie contrôle tout.. Nommé par Vladimir Poutine président par intérim, Kadyrov devient en 2007, le président de la Tchétchénie. Dès lors, il n’a de cesse que de plaire aux yeux du dirigeant de la Mère Patrie.  

La condition des LGBT en Russie n’est pas glorieuse. Pas de mariage, pas d’adoption, presque pas de droit. Dans un pays où le taux d’homophobie atteint des sommets, où passer à tabac un homme pour son orientation est une chose banale, il est évident que la Tchétchénie n’a pas le bon modèle à suivre. Il n’y a rien que « gay friendly » dans ces régions, il y a quelques semaines, Poutine interdisait, sous peine de fortes sanctions,  une image le caricaturant sous les traits d’une dragqueen.  

La Russie nie les arrestations commises, et confie l’enquête à Tatiana Moskalkova. LA déléguée pour les droits de l’Homme en Russie est une homophobe notoire. La communauté LGBT se souvient de son vote en faveur de la criminalisation de la propagande homosexuelle en 2012.  

 La France entre sur la scène  

  Si le timing parfait avait une nationalité, il serait français.  

Le 29 juin, Vladimir Poutine rencontre Emmanuel Macron à Versailles. Alors que les deux dirigeants s’entretiennent, la France accueille son premier réfugié tchétchène.  

Durant l’entrevue, Emmanuel Macron a indiqué avoir évoqué la persécution des personnes LGBT en Tchétchénie.  

 « J’ai rappelé l’importance pour la France du respect de toutes les personnes, de toutes les minorités, de toutes les sensibilités dans la société civile Nous avons évoqué le cas des personnes LGBT en Tchétchénie. Sur ces sujets j’ai indiqué au président Poutine les attentes de la France et nous sommes convenus d’avoir un suivi extrêmement régulier ensemble. Le président Poutine a d’ailleurs indiqué avoir pris plusieurs initiatives sur le sujet des personnes LGBT en Tchétchénie avec des mesures visant à faire la vérité complète sur les activités des autorités locales et régler les sujets les plus sensibles. » Emmanuel Macron  

L’association Urgence Tchétchénie a rencontré Azamat, premier réfugié. Lors d’un entretien avec Hugo Clément, pour l’émission Quotidien, il dévoile dans un témoignage bouleversant les conditions de sa fuite. Il a préféré se faire passer pour un terroriste, plutôt que pour un homme gay.  

 Politique et religion  

 La Tchétchénie avait annoncé vouloir exterminer tous les gays avant le début du Ramadan.  

Les homosexuels ne sont pas les seules victimes de cette folie. Bien qu’ils soient la population « à abattre », dans les dégâts collatéraux on compte les musulmans. Aucune perte n’est à déplorer, heureusement, mais l’interprétation ridicule que fait Kadyrov de l’Islam ne fait que gonfler les amalgames odieux envers les musulmans.  

L’Islam sunnite est la religion dominante en Tchétchénie, qui a fait son apparition dans la région au XVIe siècle. Une minorité russe de Tchétchénie est toutefois orthodoxe russe.  

La Tchétchénie n’est pas le seul pays sur le banc des accusés 

Bien que nos droits avancent, il reste de nombreuses nations ou l’homosexualité est un crime. Un crime qui peut prendre des proportions ahurissantes. Tel que le Soudan, ou la punition est la mort. Le système judiciaire, basé sur la Charia, condamne à mort dès le premier rapport pour les hommes, et à partir du 4ème pour les femmes.   

L’Iran pratique la pendaison pour les cas de sodomie. Il n’y a de cela que quelques semaines, l’Indonésie a procédé à l’arrestation de 140 hommes suspectés d’avoir articipé à une fête gay, à Jakarta.  

3 questions à… Guillaume Mélanie, fondateur d’URGENCE TCHÉTCHÉNIE 

 Je suis un humain qui accueille des humains, pas des colis.  

L’association Urgence Tchétchénie est déjà entourée de nombreuses célébrités, comment les avez-vous ralliés à la cause ?  

Dans ma profession d’auteur et de comédien on connait forcement du monde, on se connait un peu tous. J’ai la chance de notamment connaitre Vincent et Camille, les deux parrains de l’association, à l’adolescence j’étais ami avec. On avait passé de très bons moments. Ils m’ont tout de suite dit oui, et ça m’a énormément touché. Pour tous les artistes qui nous ont rejoint, nombreux sont ceux qui ont chamboulés leurs emploies du temps pour venir. Il y a une vraie envie commune de faire bouger les choses. Puis avoir ces personnalités avec nous, ça nous a donné de la légitimité, de la crédibilité. Ils mettent tous la main à la patte.  

Vous avez accueilli le premier réfugié Tchétchène, racontez-nous ?  

Je suis allé le chercher à l’aéroport, je l’ai réceptionné, j’étais très fier, et très craintif aussi. C’était un de moments les plus fort de ma vie. Il s’est enfui de son pays en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il n’avait quasi rien. Il n’a pas été persécuté, il est moins amoché que les autres, mais il a connu l’horreur, la peur et toutes ces choses qui ont la même résonnance que les évènements d’il y à moins d’un siècle. On apprit un taxi, et tout le long du trajet il n’arrêtait pas de dire « liberté, liberté », c’était si fort, ça sonnait si profond. J’ai essayé de la faire rire, j’y suis même parvenu. Il voulait voir Paris, surtout la Seine, c’était vraiment la Seine qu’il voulait voir. Maintenant il est dans le Nord de la France, il apprend tous les jours quelques mots de français. C’était douloureux de le laisser partir avec sa famille d’accueil, j’ai l’impression d’être un peu comme son père maintenant. 

Sur les quais, nous avons rejoint mon copain, on s’est embrassé pour se dire bonjour, et il nous a dit avec une telle émotion : « C’est vrai, ça existe, on peut le faire».  

Quelles sont les actions précises que vous attendez d’Emmanuel Macron dans ce massacre qui se déroule aux portes de l’Europe ?  

Il faut qu’il suive le dossier, qu’il mette la pression, c’est impératif. On ne peut pas laisser faire ça. Le mélange de Poutine et de l’Islam radicale ça donne quoi ? Et bien ça donne ça, et ce n’est pas tolérable, on est en 2017 et des gens meurent encore pour ça.  

Au départ j’étais juste chez moi, dans mon canapé, à regarder les news sur la Tchétchénie, et je me suis dit que je devais faire quelque chose. J’ai été contacté par Sacha, une jeune femme Russe qui vit en France et qui est en contact avec les réseaux clandestins LGBT en Russie, c’est comme ça que tout a commencé. Rien ne se passe à l’international, et si ce n’est pas les grands de ce monde qui bougent, il reste qui ? Il ne reste que nous. On organise un concert avec toutes les célébrités, il faut venir, vous pouvez même faire des dons, payer des places solidaires, pour ceux qui n’ont pas les moyens, ou même proposer d’aider en matière de logement, il faut bouger c’est tout ce qu’l nous reste.  

Le jour de la réception d’Azamat, à droite Benjamin, et à gauche Guillaume Mélanie  

PLUS D’INFOS : (sigle facebook) @urgencetchetchenie 

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