Du dépistage à l’annonce : des consultations simulées filmées pour animer des rencontres entre professionnels de santé.

A l’heure où il est désormais possible d’acheter un auto-test pour le VIH à sa pharmacie de quartier, de faire un Test Rapide d’Orientation Diagnostique (TROD), que la santé publique est...

A l’heure où il est désormais possible d’acheter un auto-test pour le VIH à sa pharmacie de quartier, de faire un Test Rapide d’Orientation Diagnostique (TROD), que la santé publique est sensibilisée à la Santé affective et sexuelle, force est de constater que le nombre de découvertes des personnes vivant avec le VIH (PvVIH) reste stable en France. Le savoir théorique sur ce qu’il faut faire guide les comportements à adopter sur le terrain, cela parait évident à appliquer mais qu’en est-il dans la pratique de consultation médicale ?  

En France, on estime à plus de 150000  le nombre de Pv VIH. 30 000 personnes ignorent encore qu’elles vivent avec le VIH. Chaque année ce sont près de 6000 personnes qui découvrent leur séropositivité. . Loin de vouloir stigmatiser mais dans un souci de permettre l’accessibilité au dépistage et aux traitements, il est constaté que les personnes les plus exposées au risque d’infection par le VIH sont les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), et les hétérosexuels nés à l’étranger, deux groupes les plus touchés qui représentent respectivement 42% et 39% des découvertes en 2014En 2014, environ 2800 HSH ont découvert leur séropositivité au VIH. Les jeunes HSH de 15-24 ans étant particulièrement touchés, avec 15% des découvertes contre environ 8% chez les hétérosexuels. 

« Peu ou pas formés aux enjeux des dynamiques psychiques, aux problématiques psycho-sociales, les médecins semblent souvent ressentir un isolement dans leur pratique. » 

Quelle formation les futurs médecins avaient-ils aujourd’hui, au-delà des connaissances objectivables sur les diagnostics, les thérapeutiques proposées pour amorcer un dialogue dans l’intime de la relation et du dépistage ? Qu’elles sont leurs difficultés pratique quand il s’agit d’aborder la prévention, se défaire des représentations et se saisir des opportunités pour dépister, savoir orienter et être soutenu par des équipes professionnelles au moment d’une annonce ? 

Une enquête réalisée dans les Pays de la Loire, dans le cadre d’une thèse de médecine a relevé les ressentis et difficultés que les médecins de ville rencontraient pour aborder la question du VIH avec leur patientèle. Le VIH est décrit comme étant plus difficile à annoncer qu’une autre maladie. Peu ou pas formés aux enjeux des dynamiques psychiques, aux problématiques psycho-sociales, les médecins semblent souvent ressentir un isolement dans leur pratique, méconnaissant quelques fois les réseaux et la possibilité de solliciter les équipes pluridisciplinaires hospitalières. Travailler avec les médecins sur le repérage des occasions manquées, les accompagner sur leurs difficultés à dépister est devenu ce point d’accroche : concevoir une formation innovante de mise en pratique. Parler du risque objectif d’une maladie transmissible au risque subjectif de s’engager dans une relation singulière médecin-patient ! L’alliance de nos compétences de médecin- psychologue est devenue alors nécessaire pour se mettre à la tâche et créer un outil au carrefour du médical, du psycho-social et des enjeux de santé publique.   

« Ils témoignent de leur pratique et la reconnaissance de leurs difficultés. » 

Inspiré des consultations simulées qui commencent à fleurir dans le champ de la santé, le choix s’est porté sur la création d’un film de consultations simulées comme moyen d’apprentissage pour mettre des étudiants de médecine en situation de consultation médicale en cabinet libéral ou en hospitalisation. 4 scènes de consultations sont proposées, au cours d’une formation dynamique et réflexive de 2 heures animée par un binôme médecin/ psychologue. Elles illustrent des situations médico-psycho-sociales plus ou moins complexe : simple bilan général de santé, repérage d’une syphilis chez un HSH cachant ses pratiques, une consultation avec un couple, une prise en charge hospitalière d’une femme primo-arrivante… Elles permettent d’aborder des difficultés professionnelles concrètes autour la santé affective et sexuelle, la prévention, la proposition du dépistage des IST, annoncer, orienter pour un suivi.  Chacune des 4 saynètes est composée d’une dynamique en 3 volets. Un volet clinique constitué de scènes jouées par des comédiens. Et des expertises et des témoignages de professionnels de santé familiarisés à la prise en charge des PvVIH, ils témoignent de leur pratique et la reconnaissance de leurs difficultés. 

La confrontation à une réalité « virtuelle » et l’échange réflexif avec un binôme médecin/psychologue a montré tout son intérêt. Une étude comparative menée entre janvier et avril 2016 auprès d’étudiants en médecine du CHU de Nantes montre qu’ils réajustent leurs connaissances et représentations autours des publics ciblés et des recommandations nationales, qu’ils appréhendent mieux la démarche de dépistage abordant plus facilement la santé sexuelle, qu’ils comprennent les enjeux relationnel et l’intérêt de se préparer à l’annonce en repérant les partenaires multidisciplinaires à solliciter.  

Pour en savoir plus contacter : Mme Christelle Supiot – Service de Maladies Infectieuses – Hôtel Dieu – CHU de Nantes – Place Alexis Ricordeau – 44035 Nantes Cedex 1 

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