Jean Le Bitoux (1948-2010), militant de la mémoire gay

Journaliste, activiste, fondateur de Gai Pied, Jean Le Bitoux fait partie des figures militantes historiques de notre communauté. Dès le début des années 80, le rédacteur en chef engagé et discret évoque sa séropositivité dans Citoyen de...

Journaliste, activiste, fondateur de Gai PiedJean Le Bitoux fait partie des figures militantes historiques de notre communauté. Dès le début des années 80, le rédacteur en chef engagé et discret évoque sa séropositivité dans Citoyen de seconde zone. Ses trois principaux combats : la lutte contre le sida, les déportés homosexuels et les archives LGBT. Retour sur l’histoire d’un passeur de mémoires… 

Avec l’attentat sur les Champs le 20 avril dernier, on en a oublié l’anniversaire des 7 ans  de la mort de Jean. Bordelais d’origine, Jean fonde le FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire) à Nice dans sa vingtième année . Dix ans plus tard, notre prof de musique rejoint Paris et se présente aux côtés de Guy Hocquenghem aux législatives de 1978. 

Jean crée Gai Pied avec des amis en 1979. Entouré d’écrivains et d’intellectuels, ils contournent la censure. La légende raconte que Michel Foucault a trouvé le titre dans sa cuisine, raconte Daniel Defert, fondateur de Aides. Tiré à 10 000 exemplaires, le 1er magazine gay à être vendu en kiosque et non sous le manteau est mensuel. Son succès en fait un hebdo qui accompagne la naissance de nos premières assos et de nos premiers bars après la dépénalisation. Mais en 1983, les boîtes et les saunas gays se multiplient. Jean et 40 de ses collaborateurs démissionnent du magazine et dénoncent ses dérives commerciales et publicitaires. 

« Le Gai Pied était tombé dans le guêpier du consumérisme, de la désinformation et du parisianisme. […] Il est mort pour avoir abandonné son projet social. » 

Engagé à Aides, il rédige des documents de prévention qu’il distribue dans le Marais. Nombre de ses amis ont été emportés par le sida. Adorant écrire, il vivra difficilement économiquement, investissant ses économies dans ses journaux. Dans les années 90, il dirige le Journal du Sida

« La lutte contre le sida est une lutte politique. » 

Militant de la visibilité et de la mémoire 

Juillet 2000. Les premiers Pacs venaient d’être fêtés depuis novembre. Jean Le Bitoux, comme René-Paul Leraton, sont les formateurs du MAG, le Mouvement d’affirmation des jeunes gays et lesbiennes. Leur but : former les jeunes et nous sensibiliser à l’histoire de nos combats, ceux qu’ils avaient menés. Notre Harvey Milk français s’intéressait aux « Oubliés de la Mémoire », ces déportés homosexuels non reconnus par les cérémonies officielles, ainsi qu’aux archives, qu’il fallait savoir conserver, mais aussi continuer à écrire et photographier. Ils nous apprirent de ne jamais oublier que nous avions tous un objectif commun, même si nous pouvions être en désaccord sur les moyens pour l’atteindre et de nous ressourcer par la convivialité entre deux batailles, avant de passer le témoin. Jean est à l’histoire ce qu’Orion est à la photographie et Cadinot au porno : des figures que les jeunes que nous étions ne savions pas encore à quel point ils étaient mythiques quand nous les rencontrions. 

Hommages 

Emporté par le sida le 21 avril 2010, le fondateur du MDH, Mémorial de la Déportation homosexuelle, sera enterré au Mali. Un hommage lui est rendu au Père-Lachaise, en présence du maire gay de Paris, Bertrand Delanoë, mais aussi celui du 11e, Patrick Bloche, arrondissement où habitait Jean et où se situaient les locaux de Gai Pied. Sur une idée un peu folle d’un jeune assistant de direction, la bibliothèque du centre LGBT porte aujourd’hui son nom… suivi d’un jardin à Montreuil depuis 2014. 

Le Gai Tapant (2011), documentaire de Goa et Voto. Épicentre. 

Prix PinkTV du meilleur documentaire, Festival Chéries-Chéris 2010. 

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