« Je suis gay et mon compagnon me bat » le témoignage bouleversant d’Eric

Eric témoigne sur le dernier tabou : la violence faite aux hommes et la difficulté de porter plainte dans les commissariats. « La violence existe dans les couples gays comme...

Eric témoigne sur le dernier tabou : la violence faite aux hommes et la difficulté de porter plainte dans les commissariats.

« La violence existe dans les couples gays comme dans les couples hétéros. La différence, c’est qu’un homme qui se plaint à la police et à la justice d’être battu par son partenaire ne reçoit ni l’accueil ni l’écoute qu’on réserve aux femmes battues. »

La trentaine, coiffeur de profession, Eric est un homme avec un lourd secret. Il lui a fallu une énorme dose de courage pour lâcher le mot, il est un homme battu.

Combien de fois s’est-il retrouvé aux urgences, le visage tuméfié, le corps couvert d’hématomes, ou encore pour une commotion cérébrale ? Il ne compte plus. Il a tenté d’agir, de sortir de sa tourmente, plus d’une fois il a voulu déposer une plainte. Les seules réponses qu’il a eues ? Des moqueries, des sourires en coins, des allusions dégradantes, et le pire de tout, un refus d’acter.

Les photos de mentent pas. S’il était de sexe féminin, l’auteur serait privé de liberté. Il est un homme qui aime les hommes, il n’a pas le droit à la crédibilité.

« L’homosexuel battu par son partenaire n’a trop souvent droit qu’à des haussements d’épaules. Pourquoi porter plainte ? »

Eric parle d’expérience. Au début quand il cherchait de l’aide, systématiquement, il se faisait refouler des commissariats.

De portes closes en portes closes, il n’a pas eu le choix, il a dû utiliser « son truc ». Il y va au chantage.

« Je les enregistre avec mon smartphone. »

Les marques sur le corps d’Eric

 

Encore une bagarre de pédés

Ainsi, il a déposé 10 plaintes pour violences conjugales. Dix plaintes qui a chaque fois étaient une humiliation supplémentaire.

« Le policier manifestait un tel ‘enthousiasme’ entre guillemets que je lui ai dit qu’il pouvait essayer de faire quand même un petit effort. Un gay frappé par son partenaire, c’est le dernier des soucis. On a plutôt droit à des sourires entendus, à des remarques désobligeantes et à des rebuffades »

Encore une bagarre de pédés.

La honte est pesante, étouffante, et demande un effort pour toutes les victimes de violences, encore plus lorsque l’on est homosexuel. Quand on est un homme qui aime les hommes, et qu’on se fait battre par son homme.

« Et ceux qui exercent des violences sur leur partenaire le savent très bien et en profitent : ‘Vas-y seulement, appelle la police et tu verras comment ils vont encore se ficher de toi. »

 

On peut naïvement croire que les femmes sont plus sensibles à ce sujet. Erreur, quand on demande à Eric comment réagissaient les policières :

« De tout ce que j’ai vécu, c’est elles les pires »

 

« C’est en effet l’expression consacrée censée déclencher des mesures de protection pour les victimes. C’est exact dans les couples hétéros. Pour les couples gays, on a 25 ans de retard. »

Pour la justice et le procureur ? « Sur mes 10 plaintes déposées depuis l’an passé, 9 n’ont pas été suivies : mon partenaire n’a même pas été convoqué pour être auditionné. Pour la dixième, j’ai fait venir le médecin au commissariat. Une épouse battue, faut-il qu’elle se fasse accompagner à la police pour qu’un inspecteur daigne l’écouter ? »

« Savez-vous ce qu’on m’a répondu ? ‘ La prochaine fois, Monsieur, filmez le moment quand il vous frappe. Ce sera mieux. Et ce soir, eh bien, faites chambre à part ’ »

 

« Un homme battu, on ne le prend pas au sérieux. Un homme, c’est viril. Et c’est là l’erreur : il faut casser les stéréotypes. »

Même après la séparation les violences n’ont pas cessées pour autant. Son compagnon fait 120 kg pour 1 m 90.

Pourquoi ne l’avoir pas quitté dès les premiers coups ? « Parce que je l’aimais. Parce que je pensais que ça s’arrangerait. Et parce qu’il a un côté manipulateur. »

Exactement les mêmes réponses que celles d’une femme battue par son partenaire. Pour les gays battus, « la problématique est mal connue et mal traitée. Je rêve que mon témoignage amène à changer les choses… Je suis un homme battu. Je suis loin d’être un cas isolé. Les hommes battus sont des victimes au même titre que les femmes ».

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