Agression homophobe (Lyon) : Quand la Musique n’est pas bonne.

Lyon. Fête de la Musique, 2h30. Un couple d’hommes d’une vingtaine d’années a été battu à tel point qu’ils ont dû être emmenés aux urgences, et ce au seul...

Lyon. Fête de la Musique, 2h30. Un couple d’hommes d’une vingtaine d’années a été battu à tel point qu’ils ont dû être emmenés aux urgences, et ce au seul motif qu’ils se tenaient la main. Ils ont décidé de répondre à France Bleu quant à ce début d’été qui a pour eux tourné au cauchemar. Témoignage de jeunes hommes qui n’avaient rien demandé à personne. Jusqu’où pourra-t-on fermer les yeux sur cette homophobie qui vérole la société jusqu’en ses moments censés être les plus conviviaux ?

 

 

 

© Radio France – Kevin Boderau

 

 

Aux alentours de 2h30, Boris et Alfredo rentrent tranquillement chez eux, main dans la main. Leur chemin croise celui d’une jeune femme accompagnée de deux hommes. Cette dernière, manifestement absente lors de la distribution de cerveaux, commence à proférer une avalanche d’insultes à caractère homophobe. Le couple fait un temps la sourde oreille puis finit par répondre. C’est à ce moment que les deux hommes, sans autre forme de procès, entreprennent de les taper.

 

 

« TU AS MAL, HEIN, SALE PD ! »

 

 

Et ces deux modèles de tolérance s’appliquent. Tandis que l’un d’eux cogne la tête d’Alfredo armé d’une bouteille, l’autre s’acharne tant et si bien sur Boris qu’ils brisent son tibia (double fracture du tibia péroné). La police vient mettre fin à leur supplice et interpelle les agresseurs. Même durant l’interpellation, la jeune femme aurait continué à hurler : « Tu as mal, hein, sale PD ! » Cette jolie phrase de la langue française saura sans doute être retenue par le magistrat concerné lors du procès que les deux jeunes hommes entendent mener.

 

 

© Radio France – Kevin Boderau

 

 

Boris a été hospitalisé en urgence et opéré dans la nuit. S’ils pensent à l’absence de séquelles physiques en cas de non-réponse, ils ne regrettent pas pour autant de s’être défendus. « Il n’y a aucune raison que ça se passe comme ça » explique Boris à sa sortie de l’hôpital.

 

 

« ON N’ÉTAIT PAS LES SEULS HOMOSEXUELS À S’ÊTRE FAIT AGRESSER CE SOIR LÀ. »

 

 

Si Boris est contraint à 45 jours d’ITT (Incapacité Temporaire de Travail), il se rappelle de la situation aux urgences. « Quand nous sommes arrivés, les médecins nous ont expliqué qu’on n’était pas les seuls homosexuels à s’être fait agresser ce soir là ». Ainsi, pour un couple dont la  douleur a pu être visible et exprimée, combien d’autres agressé(e)s demeurent encore muets ?

 

 

Nous avions relayé il y a quelques semaines le témoignage vidéo de la victime de l’agression dont homophobe de Pont-Saint-Esprit (30) : cette fois, l’agression s’est faite à Lyon, les victimes sont deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années. Elle n’a pas été déclenchée par un macho arriéré, mais par une femme. Voici un autre (triste) exemple du fait que l’homophobie ne connaît ni frontières, ni milieu social, ni genre, ni génération. Le calvaire vécu par le jeune Stéphanois et son compagnon souligne que les territoires urbains peuvent être aussi touchés par cette gangrène que les ruraux.

 

 

« LA LUTTE CONTINUE. »

 

 

Et ce sont pour ces exactes mêmes raisons que nous ne pouvons que mettre en lumière le courage et la résilience de ces jeunes hommes pour s’exprimer et mener en justice un combat individuel à la résonance collective. « C’est vrai qu’il y a des tas de choses qui ont été faites, ceci dit, je pense qu’il ne faut pas trop d’angélisme non plus et se rendre compte que les agressions comme ça continuent à exister. La lutte continue. » a déclaré Boris.

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