Mardi Librairie : Partir, le chef-d’oeuvre de Tahar Ben Jelloun

C’est Mardi c’est librairie. C’est nouveau, ça vient de sortir. Chaque semaine vous sera donc présenté un roman traitant d’un aspect de la thématique LGBT (mais pas que). Classique...

C’est Mardi c’est librairie. C’est nouveau, ça vient de sortir. Chaque semaine vous sera donc présenté un roman traitant d’un aspect de la thématique LGBT (mais pas que). Classique ou contemporain, des plus convenus aux plus libertins, à dévorer sur la plage ou dans les transports en commun, vous n’aurez plus qu’à choisir le roman qui vous fera du bien. 

#1 : Partir, Tahar Ben Jelloun, Gallimard, 2006

 

Port de Tanger, début des années 1990. Immédiatement, le lecteur est plongé dans les considérations poétiques d’un groupe de jeunes marocains mélancoliques, désireux d’une vie meilleure qu’ils associent à l’en-face, à l’Espagne et à l’Europe.

 

– Et toi, lui dit-il, que veux-tu faire plus tard ?

– Partir.

 

 

Alors il faut « tout brûler », partir pour s’affranchir d’une vie que l’on ne peut pas concevoir pour soi, s’exporter dans celle que l’on s’imagine.

Ces destins croisés permettent ainsi d’aborder de nombreuses questions. Le personnage de Miguel interroge notamment. Homosexuel espagnol, il s’offre les services de jeunes marocains précaires. L’âge est-il un motif, y a-t-il un désir particulier à cela ? Peut-on distinguer plusieurs types de prostitution ? Est-elle moralement condamnable ? Permet-elle malgré tout d’échapper à une situation plus précaire encore ? Partir d’un enfer pour en trouver un autre, est-ce légitime, ou raisonnable ? La détresse du client est-elle condamnable ?

 

LA PROSTITUTION OU LE FANATISME, DEUX ALTERNATIVES QUI TRAVERSENT LE ROMAN. 

 

 

 

Sans pathos ni lyrisme outrancier, Tahar Ben Jelloun parvient ainsi à dresser un portrait juste et cru du champ des possibles de cette jeunesse. Si certains sont peu à peu endoctrinés par l’islamisme radical, la prostitution s’érige en alternative première pour la plupart des clandestins.

Dès lors, comment refuser la résignation ? Comment refuser le paternalisme apparent des fanatiques ou celui de ses clients ?

 

 

 

Azel, Kenza, Miguel, … Autant de personnages d’âges et d’origines diverses qui, par leur origine et leur destination – réelle ou prospectée – permettent d’entrevoir la succession d’espoirs et de désillusions ; donnant ainsi toute sa richesse au verbe-titre, tous voulant par leur corps ou leur esprit, s’en aller.  

Alors si ce roman, écrit il y a déjà plus de dix ans, s’ouvre sur le début des années 90, il parvient toutefois à trouver une résonance, avec aujourd’hui comme demain. Car si la question des migrants fait écho à l’actualité la plus immédiate, les questionnements personnels de la mosaïque de protagonistes permettent de toucher à l’universel, à la diversité d’opinions et d’individus, à l’institution comme à l’intime le moins convenu.

Alors n’hésitez plus, et si vous ne voyagez pas cet été, vous pourrez toujours Partir. 

Vous aimerez aussi :