La femme de la semaine : Sarah Montard-Lichsztejn, la rescapée

  75 ans depuis ce petit matin de juillet 1942. 75 ans, c’est presque une vie entière écoulée, et malgré le temps qui passe, il y a de ces...

 

75 ans depuis ce petit matin de juillet 1942. 75 ans, c’est presque une vie entière écoulée, et malgré le temps qui passe, il y a de ces jours qu’on ne peut pas oublier, sur lesquels les marques du temps ne semblent pas faire leur effet, puisque les souvenirs restent. Des souvenirs comme si c’était hier. Tellement d’odeurs, de sensations, d’images, qui sont si proches et pourtant si loin… Il est 6 heures du matin lorsque débute la journée qu’elle ne sera désormais plus capable d’effacer de sa mémoire. Ce jeudi 16 juillet 1942, encore marqué des frasques de l’avant-veille. En effet, tous avaient festoyé unis, malgré la guerre, la misère, le chagrin et entonné en chœur une Marseillaise, qui sonnait déjà faux, comme si dans un dernier soupir d’espoir ses enfants l’avaient appelée à l’aide, elle, la mère patrie qui les avaient lâchement abandonnés en pactisant avec l’homme au casque à pointe. Mais aucun de ceux qui avaient encore essayé de célébrer la mère, ne pouvaient imaginer la suite, l’horrible suite qui entache encore aujourd’hui la France d’hier.

Sarah Montard-Lichsztejn, avait 14 ans à l’époque. Au petit matin de ce jeudi, rue des Pyrénées dans le quartier de Belleville, elle fut raflée aux côtés de sa mère. Elle se souvient de ses paroles qui résonnent encore aujourd’hui, 75 ans après dans sa tête : « Qu’arrêter des femmes et des enfants en France, ça ne s’était jamais vu ». (Ô mère tes enfants voulaient encore croire en toi et une fois de plus tu les as trahis). Elle fut placée dans un autobus, direction le Vélodrome d’Hiver, sans le savoir. « Mon enfance s’est arrêtée là » témoigne-t-elle. Les policiers assurent qu’elles vont, après la halte dans le 15e arrondissement, être envoyées en Allemagne pour prêter main forte dans les différentes usines. Mais, à mesure qu’arrivaient d’autres bus composés d’handicapés, d’amputés, de paralysés… les mensonges policiers se faisaient plus opaques, et la vérité plus évidente. Sentant que quelque chose de terrible se trame, la mère de Sarah lui ordonne de se sauver. Prenant le brouhaha ambiant comme prétexte, elle se faufile parmi les gendarmes et les pauvres gens, hors du Vel d’hiv devenu le théâtre de l’inhumanité. Sa mère lui a dit : « Tu te sauves la première et quand je t’aurai vue te sauver, je me sauverai aussi ». Elles ont réussi.

Deux ans durant, mère et fille survivent de peu de choses, se cachent et circulent grâce à de faux papiers, jusqu’à ce qu’elles soient dénoncées par lettre anonyme.

Mai 1944, elles transitent par Drancy, puis se font entasser dans un wagon qui les mènera jusqu’au tristement célèbre camp d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Tondues et tatouées dès leur arrivée, Sarah et sa mère ne savent pas quel sort sera le leur. Les rustres polonaises, responsables de la tonte, d’un coup de menton leur désignent les grandes cheminées qui dépassent des baraquements. « Je vois encore les grandes flammes rouges et la fumée noire qui s’en échappent. Et cette phrase qu’elles répétaient : Ici, on entre par porte, on sort par cheminée. » Sarah ne veut pas les croire, comment imaginer que cela est la vérité. Mais rattrapée par une certaine réalité sensorielle, elle décrit : « Cette odeur de chair brûlée que l’on a respirée pour la première fois, ça, voyez-vous, on ne peut pas la raconter ni la transmettre ».

« Maigrir c’était mourir ». La course contre la mort, luttant pour ne pas être contaminé par les divers virus du camp, a duré jusqu’au 24 mai 1945. Les haut-parleurs ont craché « Ici l’armée anglaise, vous êtes libérés ». Personne n’y a cru. Mais quand le soir venu, les barbelés qui séparaient les hommes des femmes sont tombés, tous ont réalisé que c’était fini. Sarah se rappelle : « On s’est retrouvés sans joie, on a fait un feu, fait rougir des oignons, coupé des pommes de terre et on a partagé une soupe. La soupe de la liberté, celle des survivants ».

A l’aune du courage de cette adolescente de l’époque, devenue femme aujourd’hui, malgré les épreuves et la douloureuse mémoire qui est la sienne, 75 ans après, Sarah Montard-Lichtsztejn est la femme de la semaine.

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