Mardi Librairie : Salopes de Dennis Cooper, quand la littérature rencontre Grindr

C’est mardi, c’est librairie. Et on revient cette semaine avec du trash : âmes sensibles s’abstenir. Salopes de Dennis Cooper a un titre pour le moins évocateur. Il s’agit...

C’est mardi, c’est librairie. Et on revient cette semaine avec du trash : âmes sensibles s’abstenir. Salopes de Dennis Cooper a un titre pour le moins évocateur. Il s’agit sans doute d’un des romans à thématique gay les plus sulfureux que la littérature américaine ait jamais connue. Paru chez P.O.L dans une traduction française en 2007, accrochez-vous aux pages pour une virée dans « l’enfer gay ». 

 

#3 : Salopes, de Dennis Cooper

 

 

Loin devant Les Chiens d’Hervé Guibert (paru aux Éditions de Minuit), Salopes a eu le prix de Sade en 2007 et apparaît comme l’un des romans les plus sulfureux des cents dernières années. Prostitution, mutilation, drogues, maladies et snuff sont les thématiques de fond de ce roman pour le moins original.

 

 

Dennis Cooper

 

 

Personne ne saura vraiment approcher le personnage central, grand absent de l’histoire. Brad est à la fois acteur indirect de l’intrigue et objet de désir. À la fois sujet et complément. Tout le monde le cherche, il est la source de toutes les convoitises, et entre fantasmes et réalité apparaît doucement son tragique portrait.

 

 

LE LECTEUR EST LE VOYEUR OU PLUTÔT STALKER D’UNE INTRIGUE QUI LE DÉPASSE.

 

 

 

 

La grande originalité de Salopes paraît surtout structurelle. Le roman est en effet construit de telle sorte que le lecteur est voyeur, ou plutôt stalker d’une intrigue qui le dépasse. Si Marcel Proust a introduit le téléphone dans la narration de la Recherche, Dennis Cooper est sans conteste une figure de proue dans la restitution de l’activité virtuelle en littérature. Tour à tour, fiches d’escort, avis, petites annonces sur sites et forum entre clients et prospects sous pseudo, c’est une toile à l’aura quasi-cathodique qui émerge du papier.

 

 

 

LE LECTEUR LUI-MÊME PEUT DEVENIR SALOPE.

 

 

 

Cette question de la fausse identité, du pseudo et des faux-semblants qu’internet permet, Dennis Cooper la restitue avec brio. Cette expertise reconnue par une presse unanime est justement le tremplin d’une réflexion qui permet de dévoiler toute l’ampleur de l’horreur humaine. En effet, sous couvert d’empathie pour un garçon perdu, ce sont bien les fantasmes égoïstes des « salopes » qui se profilent en filigrane, nous forçant nous-mêmes, par notre prétendue passivité de lecteur, à en devenir une.

 

Ainsi, bien que les thèmes ne permettent une reconnaissance du grand public, ne passez pas à côté de ce sommet expérimental et maîtrisé de littérature américaine, vieux de dix ans déjà mais d’une modernité universelle.

 

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