Fierté Montréal : Ça commence aujourd’hui !

Entretien avec le fondateur de l'organisation de ces dix jours de fierté, Éric Pineault

Le coup d’envoi est lancé. Les dix jours de fierté Montréalaise commencent aujourd’hui et si un océan nous sépare, nous ne pouvons nous empêcher de poser le regard sur cette Marche emblématique. Alors que le message de soutien de Céline Dion vient de paraître, nous avons pu envoyer quelques questions au fondateur de Fierté Montréal, Éric Pineault. Un entretien qui rappelle à quel point la Fierté peut concilier fête et combat.

 

 

Pourriez revenir sur la naissance de cette association ? En onze ans de marches, quelles sont les évolutions ?

Fondée en 2007, Fierté Montréal s’inscrit dans une longue lignée de marches et de défilés pour revendiquer les droits des personnes issues de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres. Depuis un premier rassemblement spontané en 1977, puis la prise en charge du défilé par Divers/Cité de 1993 à 2006, nous assisterons cet été à un 33e défilé de la fierté dans la métropole québécoise. Il s’agit d’un 11e organisé par Fierté Montréal depuis que l’organisation à but non-lucratif (OBNL) a pris le relais. Au fil des ans, l’événement a considérablement pris de l’ampleur, passant de 50 000 participant-e-s à ses débuts pour atteindre un achalandage de 2,3 millions d’entrées en 2016. Mine de rien, Fierté Montréal se classe dans le palmarès des 5 événements les plus achalandés parmi les quelques 400 festivals qui ont lieu chaque année sur l’île de Montréal.

 

 

Un avant-goût des festivités de cette année ! 

 

 

Pour votre onzième édition, vous transformez Fierté Montréal en Fierté Canada. D’où vous est venue cette idée ?

En 2017, ce sera non seulement Fierté Montréal, mais Fierté Canada Montréal. En effet, l’idée d’une fierté pancanadienne à l’image de la World Pride et de l’Euro Pride m’est venue en 2014 afin de mettre de l’avant le mouvement des fiertés canadien. Et si Montréal se charge de la première édition, Fierté Canada se tiendra par la suite aux 3 ou 4 ans, Winnipeg ayant déjà été annoncée pour 2020.

 

 

Avez-vous des partenaires ? Si oui, quels sont-ils ?

 

Nous savons d’ores et déjà que ce sera gros : plus de 260 événements ont déjà été annoncés pendant ces 11 jours de festivités, du 10 au 20 août, rendus possibles grâce à la Banque TD, présentateur officiel, en collaboration avec le Casino de Montréal, et près d’une centaine de partenaires, dont Fido, Pfizer, SiriusXM, Tourisme Montréal et les gouvernements du Québec et du Canada. Le festival inaugurera également son nouveau site principal, le parc des Faubourgs, qui est trois fois plus gros que le précédent site, soit la place Émilie-Gamelin, où auront tout de même lieu plusieurs événements du 16 au 20 août.

 

NELLY FURTADO ET DOUZE DRAGS DE L’ÉMISSION DE RUPAUL SERONT DE LA PARTIE ! 

 

 

 

Il y aura une semaine d’événements. Quels seront les temps forts ?

Au menu, on retrouve entre autres un concert de Nelly Furtado, une soirée colorée mettant en vedettes 12 drag queens ayant participé à RuPaul’s Drag Race, une journée des enfants, où plus de 2000 jeunes sont attendus, une journée communautaire regroupant plus de 120 organisations, et un défilé ouvert par un contingent de personnes issues des communautés autochtones, les réels fondateurs du Canada, suivi par 6000 participant-e-s issu-e-s de près de 200 groupes.

 

 

On se souvient de la présence lors de la Marche l’an dernier de Justin Trudeau ou du sublime message de Céline Dion ? Aurez-vous également des parrains et des marraines, ou d’autres célébrités présentes ? Les peoples osent-ils s’impliquer pour ses évènements ?

 

À nouveau cette année, les premiers ministres du Québec et du Canada, MM. Philippe Couillard et Justin Trudeau, seront de la partie. Au-delà de 200 artistes participeront au festival, notamment Marie-Mai, Gregory Charles, Jonas, Mado Lamotte et Edith Butler. On se permet toutefois de rêver au jour où tous les artistes du Québec pourront s’afficher ouvertement tels qu’ils et elles sont, sans craindre pour leur carrière ou leur sécurité, puisque certaines personnalités publiques qui sont encore dans le placard ne veulent pas prendre part aux festivités de peur de voir des rumeurs circuler à leur sujet.

 

 

Credits : Alison Slatery

 

 

Les images de la Fierté Montréal sont diffusées tous les ans à travers le monde. On a la sensation que Montréal fait figure de modèle à travers cet événement, mais aussi à travers sa tolérance. Est-ce que vous diriez que Montréal est en avance dans ce domaine ? En quoi Montréal peut faire avancer le monde sur les problématiques LGBT ?

 

 

 

Si le Québec et le Canada sont dans les premiers à avoir légalisé le mariage pour tous et qu’ils se sont dotés de lois pour garantir aux personnes trans les mêmes droits qu’au reste de la population, la lutte n’est pas terminée pour autant. Beaucoup de chemin a été parcouru au courant des 50 dernières années, mais d’autres enjeux sont toujours d’actualité : c’est notamment le cas des questions d’intersectionnalité, cette multiple stigmatisation que vivent les membres des communautés LGBTTIQA2S+ issu-e-s des communautés racisées, des peuples autochtones ou ayant un handicap. De même, il faut souligner que les personnes intersex(ué)es subissent encore à ce jour des mutilations génitales non consenties et se font forcer dans la binarité homme/femme, tout comme les personnes non binaires ou fluides dans le genre. La situation n’est également pas encore gagnée pour les personnes trans migrantes, qui ne peuvent, à ce jour, modifier leurs documents d’identité au Québec, et les parents trans qui ne peuvent toujours pas modifier le rôle genré qui leur est assigné sur le certificat de naissance de leurs enfants. Malgré la plus grande ouverture observée, notamment au sein de la classe politique, les jeunes LGBTTIQA2S+ sont 7 fois plus nombreux à faire des tentatives de suicide que le reste de la population.

 

 

 

 

 

 

Quels seront les messages militants lors de cette semaine? Y a-t-il un slogan ?

 

Des revendications actuelles seront mises en avant au courant du festival, puisque Fierté Montréal comprend à la fois un volet culturel, un volet festif et un volet communautaire et axé sur les droits humains, une combinaison unique dans la région. Montréal sera ainsi l’hôte d’une conférence nationale de 3 jours intitulée Réalités LGBTTIQA2S : Nos luttes, nos victoires, nos défis de même que d’une conférence internationale portant sur les communautés LGBTTIQA2S+ dans la francophonie.

 

 

En quoi une Marche des Fiertés a-t-elle encore un sens en 2017 ?

 

Le défilé de la Fierté LGBTTIQA2S+ est encore nécessaire, selon le président de l’organisation montréalaise, non seulement parce que les luttes ne sont pas terminées au pays, car il est important de marcher pour ceux et celles qui ne peuvent le faire dans les 10 pays où les personnes issues de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres sont encore soumises à la peine capitale, et dans les 70 pays ayant toujours des lois LGBTphobes à l’heure actuelle. Mais même au Canada, outre le fait de supporter les communautés, il faut que le gouvernement de Justin Trudeau soutienne financièrement les organismes et militant-e-s. » Après tout, c’est grâce à l’implication de ces services de première ligne si les conditions de vie des gens issus de la diversité sexuelle et de la pluralité des genres s’améliorent.

 

 

Fierté Canada Montréal se déroule du 10 au 20 août. Pour tous les détails sur la programmation, visitez le site ou téléchargez l’application mobile officielle du festival.

 

 

Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.

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