ORLAN! “Il est dans ma nature d’accorder une importance majeure aux libertés physiques et morales”

Elle est de ces artistes qui défendent le primat de la liberté sur toute autre valeur. Son oeuvre, à mi-chemin entre les arts plastiques et les pratiques expérimentales, la porte à...

Elle est de ces artistes qui défendent le primat de la liberté sur toute autre valeur. Son oeuvre, à mi-chemin entre les arts plastiques et les pratiques expérimentales, la porte à une notoriété internationale. ORLAN est reconnue à égale mesure à Cracovie qu’à Séoul, en Australie qu’aux Etats-Unis, où elle est élevée en véritable mythe. Une interview qui défait les clichés du corps chirurgicalisé.  

Propos recueillis par Bruce Bouvier 

Il est dans votre nature, en tant qu’artiste, d’accorder aux libertés la primauté sur tout autre concept. Le féminisme – notamment sa branche “pro-sexe” – est-il une extension de ces liberté que vous vous appropriez ? 

C’est en tant qu’humaine pensante qu’il est dans ma nature d’accorder une importance majeure aux libertés physiques et morales et mon statut d’artiste est un moyen de l’exprimer, un porte-voix. 

En d’autres termes, ce n’est pas parce que je suis artiste que je porte ces valeurs en moi, mais parce qu’il est plus que nécessaire de les affirmer que je suis justement artiste. 

Vous êtes pluridisciplinaire, ce qui permet de mieux cerner une idée générale et universelle qui s’étend sur tous les aspects artistiques que vous explorez. Ne déplorez-vous pas le cantonnement de la plupart des autres artistes à un nombre restreint de causes ? 

Etre artiste c’est être une voix, une lumière. 

Je pense qu’être artiste, c’est toujours œuvrer pour la cause globale par le partage et l’échange. 

Si ils ne sont pas toujours cernables par des titres, si tous les artistes ne sont pas rattachés à des prises de positions délimitées par des sigles, des cibles concrètes, ils oeuvrent toujours pour la grande cause humaine qui en est la racine. 

Il s’agit bien de partager, de changer et faire évoluer des regards justement d’un point de vue général et humaniste – et qui parfois échappe à une identité évidente, que l’on identifie par des nomenclatures. 

Comment appréhendez-vous ce lien presque intime entre le corps au sens du “physique”, resculpté ou non – comme vous en faites la démonstration -, et la culture gay dans son poncif de l’irréductible esthète ? 

La culture quelle qu’elle soit échappe originellement au cerne du corps, et s’attache davantage à l’intrinsèque. Le corps, comme l’art, est un moyen physique d’expression, une forme plastique. 

En parallèle de cela, qu’auriez-vous à dire de la cause LGBTI ? 

Je pense que bien que la cause fasse front et avance avec force, grâce a une belle communauté très soudée, des combats sont encore à mener contre l’obscurantisme qui siège toujours dans les vieilles consciences. Je pense cependant que la cause LGBTI n’est pas suffisamment soutenue ; il faut le faire savoir. 

Par ailleurs, elle est plus qu’un cerne communautaire, mais bien un droit, légitime, et une évidence humaine. 

Des combats qu’il reste à mener ? Quelles sont vos convictions en la matière et comment les concrétisez vous ? 

Je crois en la liberté totale et inaliénable des corps quels qu’ils soient, propres ou figurés et en le droit fondamental d’en disposer aussi bien physiquement qu’intellectuellement, au-delà des regards encore ignorants. 

Je crois savoir que vous n’êtes pas friande de cases, malgré tout, quelle sexualité vous définirait au mieux ? L,G,B,T,I,Q ect …. Peut-être O comme ORLANISTE ? 

Sans être claustrophobe, j’essaye toujours d’éviter l’étroitesse. 

Seriez-vous encline à représenter la communauté LGBTI à l’occasion d’un quelconque événement ? 

J’ai toujours pris le parti de la liberté humaine : c’est la pierre angulaire de mon travail qui,  je l’espère, représente déjà tous les humains libres ; la communauté LGBTI en fait partie. 

En quelques mots, comment définiriez-vous votre travail “d’éplucheuse” de la vision moderne du corps ?  

Changer les mentalités , les mœurs ; les faire avancer avec leur temps ou plutôt leur faire rattraper tout le temps qu’elles ont déjà perdu. 

Mon travail, le travail d’un artiste consiste à sensibiliser le public à tous les changements, qu’ils soient physiques ou moraux à venir, aux changements qui sont absolument nécessaires 

ORLAN est la première artiste à avoir engagé son corps comme média pour créer et véhiculer de l’art. 

En 1993, ORLAN procède à un mesuRAGE, son oeuvre maîtresse dans laquelle elle mesure des rues et institutions avec son propre corps pour étalon. Elles incluent également une part de colère. Entre autres parce que les institutions qu’elle mesure incarnent la plupart du temps une domination masculine. Galerie Michel rein et ORLAN.  

Entre 1991 et 1993, Orlan subit 9 opérations de chirurgie esthétique qui seront mises en scène et retransmises en public.  

“Le Baiser de l’artiste”. En 1977, Orlan distribuait un baiser à toute personne introduisant 5F dans une fente spécialement aménagée entre les deux seins. L’amateur recevait un baiser. 

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