COLETTE Le génie au féminin

Outrageante, scandaleuse, femme spirituelle connue du Tout-Paris de l’époque, Sidonie-Gabrielle Colette dite « Colette » a marqué la communauté LGTB+ par sa contribution en tant qu’écrivaine mais également en...

Outrageante, scandaleuse, femme spirituelle connue du Tout-Paris de l’époque, Sidonie-Gabrielle Colette dite « Colette » a marqué la communauté LGTB+ par sa contribution en tant qu’écrivaine mais également en tant que femme libre. Libre d’aimer autant d’hommes que de femmes, libre d’aimer les êtres humains.

Par Juliette BECK

Colette affirme qu’adolescente elle s’imaginait en « reine de la terre », dotée d’un « front carré de garçon ». Cette description singulière que l’écrivaine donne d’elle-même, défini la personne qu’elle était, toujours entre deux eaux. Elle a su, grâce à ses écrits, mettre en lumière l’homophilie entre femmes. Trop jeune, elle épouse, au début du XXe siècle, un célèbre écrivain de quatorze ans son aîné. Un peu trop gras, un peu trop laid, Henri-Gauthier-Villard, dit Willy s’amuse à accentuer la différence d’âge qui les sépare. Un peu pervers, il joue à merveille le rôle du patriarche. Il l’exhibe au Palais des Glaces, vêtue comme Polaire [Actrice du scandale], que Jean Cocteau dépeint dans son livre Portraits Souvenirs. Cette femme était dotée d’une taille si fine que les hommes pouvaient l’encercler des deux mains. Peu heureuse dans cette vie qu’elle ne choisit pas, Colette est connue du Tout-Paris, à vingt ans, mais trompée par son mari et utilisée comme objet, elle ne s’épanouit pas.

Willy, écrivain de profession mais atteint du syndrome de la page blanche, la pousse à écrire. Elle crée Claudine [personnage attachant, née de ses amitiés trop tendre avec des femmes], et se fait connaître. C’est à travers son œuvre que Colette réagie devant les problèmes que pose l’homophilie féminine et masculine de l’époque. Claudine à l’école paraît en 1900, sous la seule signature de son époux, Willy. Dès les premières pages, Claudine s’est amourachée de la jolie institutrice, Mlle Aimée. Colette écrit ainsi: « Nature de chatte, caressante, délicate et frileuse, incroyablement câline. » Il y est question d’amour lesbien, de différence, choses plutôt scandaleuses à l’époque. À la lueur des différents personnages créés par l’écrivaine, elle milite, sans le savoir, pour la décomplexion d’une homosexualité cachée dans un Paris manquant, cruellement, d’ouverture d’esprit. Dans son second livre, Claudine à Paris, apparaît Marcel. Personnage irritant, parce que Colette a cédé à la facilité de créer un personnage trop efféminé: « Des cheveux blonds, un peu longs, des yeux bleus, des petites anglaises et pas plus de moustaches que moi. Il est rose. Il parle doucement en regardant par terre, on en mangerait. » Colette n’ira plus jamais aussi loin, dans la description de l’amour homosexuel, que dans ses premières œuvres. Willy ne sera plus là pour lui faire ajouter les scènes scabreuses, qu’il affectionne sans les comprendre, car, comme l’écrit Colette: « Deux femmes enlacées ne seront jamais pour lui qu’un groupe polisson, […] et non l’image mélancolique et touchante de deux faiblesses peut-être réfugiées aux bras l’une de l’autre pour y dormir, y pleurer, fuir l’homme souvent méchant et goûter mieux que tout plaisir, l’amer bonheur de se sentir pareilles, infimes, oubliées. »

Colette raconte que certains hommes estimaient même que des rapports érotiques entre deux femmes ne pouvaient qu’améliorer leurs qualités amoureuses; ainsi le duc de Morny confiait ses jeunes maîtresses inexpertes à une femme d’expérience en lui disant: « Je te confie la merveille incomplète. Sache la parfaire et me la rendre. » Colette était femme autant qu’homme. Sortir de la case, dans laquelle on souhaitait la résoudre, fut son but principal, son mantra. À la fin de sa vie en 1954, elle était devenue une vieille dame, aux yeux de braise et aux cheveux ébouriffés, rappelant sans doute la folie qui fut la sienne. De son savoureux accent bourguignon, elle ravissait les uns et les autres d’anecdotes d’une vie passée, tenant sur ses genoux paralysés un chien ou peut-être un chat. Comme toile de fond, la splendeur des jardins du Palais Royal se mêlant aux nombreux bibelots et boules de verre en pagaille, éléments composants de la réussite exemplaire d’une vie bourgeoise consacrée aux lettres. Voilà les souvenirs récents que certains peuvent avoir en mémoire pour définir Colette. Et pourtant, des années durant, elle fut la personnification même du scandale. Courant sur les lèvres du tout Paris, le nom de la scandaleuse reine de la bisexualité, marqua son temps.

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