Parle-t-on trop du sida aux gays ?

Certains, surtout des jeunes, pensent qu’associer le sida aux gays donne une mauvaise image de l’homosexualité et risque de ranimer l’homophobie ? Qu’en est-il ? Pourquoi faut-il toujours parler aux gays du sida et des IST ? ...

Certains, surtout des jeunes, pensent qu’associer le sida aux gays donne une mauvaise image de l’homosexualité et risque de ranimer l’homophobie ? Qu’en est-il ? Pourquoi faut-il toujours parler aux gays du sida et des IST ? 

Par Hervé Latapie 

Cette année encore, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida, le 1er décembre, on a encore beaucoup parlé des gays. Et pas vraiment en bien ! Ils sont toujours les champions des contaminations : en France, 44 % des nouveaux séropositifs en 2016 étaient des hommes pratiquant le sexe entre hommes. Pareil pour les autres maladies sexuellement transmissibles, comme la syphilis ou les gonorrhées, les homos sont beaucoup plus touchés que les hétéros. 

Sexe gay, sexe à risque 

L’explication de cette situation est assez simple : les gays sont plus sexuels que les hétéros, ils ont davantage de partenaires occasionnels et adoptent des pratiques qui les exposent plus aux contaminations (la sodomie sans préservatif est une entrée royale pour les virus et autres bactéries). Ajoutez à cela le fait que les gays se rencontrent dans des circuits assez fermés, dans lesquels les maladies se transmettent plus facilement et rapidement. Un mec contaminant (sans forcément savoir qu’il l’est), qui va dans la même semaine sortir dans un sauna, puis dans un sex club, pour finir le week end avec un ou deux mecs rencontrés sur Grindr, a la possibilité de partager sa maladie avec pas mal de monde. 

Faire ce constat n’est pas porter un jugement moral sur les comportements des gays, c’est juste une observation objective de ce qui se passe, en moyenne bien sûr : car tous les gays ne sont pas aussi sexuels, il y a aussi des couples gays monogames, des abstinents, des romantiques allergiques aux plans cul… 

La tentation de faire l’autruche 

Et beaucoup de jeunes gays s’énervent, ils n’apprécient pas que l’on assimile ainsi sexualité gay et maladies transmissibles, ils rêvent d’une vie amoureuse tranquille et ne veulent pas que l’on pense que l’homosexualité c’est forcément une sexualité débridée. Il est déjà difficile de faire son coming out et de s’assumer, alors s’il faut en plus être suspecté d’être malade et devoir supporter un suivi médical particulier, cela ne devient pas très cool d’être gay. 

Ils sont donc tentés de rejeter ces images et de ne pas entendre les conseils de prévention qui leur sont donnés : ils ne se voient pas comme des cascadeurs sexuels, trouvent leur sexualité ordinaire et n’ont pas conscience de la forte probabilité qu’ils rencontrent les fameuses IST (infections sexuellement transmissibles, dont le VIH). 

Que dire alors à ces cœurs purs ? S’ils sont certains d’adopter une sexualité calme, de s’en tenir à un seul partenaire, leur chéri unique, alors oui, ils peuvent oublier les conseils de prudence et hausser les épaules lorsqu’on leur rappellera que les gays sont les plus exposés au VIH et à toutes les IST. Mais pour les autres, ceux qui vivent une sexualité plus mouvementée, il faut parvenir à s’accommoder des risques. Comment ? 

L’apparente simplicité de la protection médicale 

Aujourd’hui on privilégie l’approche médicale de la prévention. Il n’y a qu’à observer toutes les dernières grandes campagnes d’information de ces dernières années, elles insistent sur le dépistage, sur les traitements pour les séropos, ou encore la pilule préventive (PrEP). Et c’est vrai que les progrès médicaux sont extraordinaires, en particulier pour les séropos : les antirétroviraux sont très efficaces, rendent non contaminant, et il est probable que dans le futur on pourra alléger les traitements. 

Mais pour vivre notre sexualité, peut-on s’en remettre totalement aux médecins ? Ils vont diagnostiquer nos contaminations et nous prescrire des médicaments, mais ensuite ? Notre sexualité va-t-elle devenir tout à coup « sans peur » ? Pas vraiment nous disent les statistiques : il y a encore plus de 2000 gays qui découvrent chaque année leur séropositivité et les IST progressent très vite chez tous les gays, séropos ou séronégatifs. 

Donc l’aide de la médecine et des médicaments ne résout pas encore le problème des maladies sexuellement transmissibles. N’en déplaisent aux adeptes du sexe sans capote, il faut à nouveau redécouvrir les vertus et les astuces du safer sex ! 

Le safer sex sauve la liberté sexuelle 

On devrait donc raconter sans cesse aux jeunes pourquoi le safer sex a été une invention fantastique : il y avait une maladie mortelle, alors on a cherché à trouver le moyen de continuer d’avoir du sexe sans se contaminer. Le préservatif bien sûr est devenu le compagnon génial de la sexualité gay, mais pas seulement : les pionniers du safer sex ont inventé des jeux, développé des techniques et des raffinements sexuels parce qu’ils ne voulaient pas renoncer aux plaisirs et à la liberté sexuelle. 

Le safer sex a été adopté pour continuer d’être gay et fier de l’être ! Cela a permis d’éviter une réaction homophobe de la population. Ce n’était pas gagné, car au début du sida les malades étaient comme des pestiférés. Mais par la suite, comme les gays se sont pris en charge, ont milité et combattu collectivement la maladie, il n’y pas eu de rejet massif et de remise en cause de l’acceptation de l’homosexualité dans la société. Au contraire, peu à peu le couple homosexuel a été reconnu dans la loi (PACS puis mariage). 

Or aujourd’hui, la médicalisation de la prévention se fait au détriment du safer sex. Il n’y a plus aucune publicité pour la capote, tout l’argent public dépensé pour la prévention se concentre sur la PrEP (l’essai Ipergay a couté 10 millions d’euros, les 3000 usagers de PrEP en 2016 ont couté entre 9 et 13 millions d’euros, un nouvel essai dénommé PREVENIR mobilise encore des millions), la dernière campagne de santé publique France de 2017 met à nouveau l’accent sur le dépistage. Pour le 1er décembre tous les médias ont repris en chœur la communication sur la PrEP. Etc… 

Tout se passe comme si les responsables de la prévention avaient oublié le safer sex. Alors que pourtant il devient urgent que l’on en reparle : les solutions médicales ne seront pas magiques et la perspective d’une sexualité en permanence médicalement assistée n’est pas très réjouissante. 

Alors il faut sans cesse expliquer aux jeunes, ceux qui pensent que l’on parle trop du sida aux gays, qu’effectivement, dès lors que leur sexualité ne sera pas exactement aussi sage que celle de leurs parents et de leurs amis hétéros, il faudra qu’ils acquièrent les techniques de base du sexe à moindre risque, parce que c’est ainsi qu’ils auront une sexualité épanouie. 

Et si aujourd’hui la culture du safer sex n’intéresse plus les associations de lutte contre le sida, c’est aux gays eux même de se mobiliser pour la reconstruire et la remettre au goût du jour. Ce sera le meilleur moyen de lutter contre l’homophobie : montrer qu’une sexualité homosexuelle n’est pas condamnée à buter sur la montée des IST, montrer que les gays sont capables de se prendre en mains, collectivement, et de faire vivre une culture sexuelle originale qui nous assure à la fois le plaisir et la santé ! 

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