AFFAIRE VIOLET CHACHKI : LE DÉPÔT RÉTABLIT LA VÉRITÉ

« Nous avons appris que Violet Chachki avait été sortie de la soirée Escualita. »

C’est une affaire qui fait beaucoup parler depuis quelques jours dans le milieu LGBTQI international et sur les réseaux sociaux.

En effet, c’est à l’occasion de la soirée « La Toilette » qu’une polémique a éclaté sur les réseaux sociaux entre la communauté de la gagnante de la saison 7 de Rupaul Drag Race et collaboratrice de Dita Von Teese, Violet Chachki et le célèbre établissement parisien Le Dépôt, accusé d’avoir eu un comportement transphobe en excluant de sa soirée la jeune célébrité. Depuis, la polémique ne s’est pas tassée et c’est dans ce contexte que j’ai rencontré Michel Mau, directeur artistique du Dépôt pour avoir sa version des faits.

 

V-B : Puisque le camp adverse s’est largement exprimé sur la question, pourriez-vous nous donner votre version, votre point de vue sur ce qui s’est passé ?

 

M-M : Déjà, pour moi, c’est un « non-évènement ».  On a eu une personne qui est entrée dans l’établissement et qui a violemment protesté en plein milieu de la nuit en disant qu’elle avait été « sortie » parce qu’elle était « trop féminine ». Elle participait à la soirée et elle a pris des vidéos d’elle sur les deux étages du Dépôt. Elle a donc bien été acceptée à l’entrée sans qu’aucune discrimination n’ait été faite vis-à-vis de son apparence ou de son look ou de son genre.

Elle n’est pas arrivée en Drag Queen. Elle est arrivée en homme. Elle a eu accès aux deux étages de l’établissement, à l’étage qui est ouvert à tous : garçons, filles, transgenres, aux hommes efféminés (…) mais aussi au sous-sol dans la partie cruising qui est selon notre règlement intérieur réservé aux hommes. Le problème c’est que des clients ont signalé aux agents de sécurité le comportement de cette personne qui toquait aux portes des backrooms visiblement en fort état d’ébriété (selon les plaintes). Il lui a donc été demandé à un moment, puisqu’elle ne respectait pas les consignes, de quitter la soirée. La sécurité ne l’a jamais traînée par les cheveux, comme cela a été dit.

Le service de sécurité l’a faite sortir du Dépôt, en la prenant par la taille de manière non-agressive et c’est elle qui est devenue véritablement hystérique en faisant un drame pendant qu’on la raccompagnait et ensuite sur le trottoir. J’insiste : elle avait été alertée et « rappelée à l’ordre » plusieurs fois pour son comportement inapproprié à l’intérieur de l’établissement.

Une fois sortie, au lieu de rester calme, elle s’est  comportée de manière encore plus inappropriée et hystérique… Elle a proféré des mensonges et a appelé ses fans au bashing de l’établissement et elle a fait un appel international en profitant de sa notoriété et du nombre de ses fans sur Instagram et Twitter. Hier encore à quatre heures du matin, je répondais aux attaques sur les réseaux sociaux, et malheureusement, ce n’est plus comme  avant : un article était publié, on avait le temps de réagir. Maintenant l’effet boule de neige est très rapide : plus il y a de gens qui en parlent, plus ça like, il y a un phénomène de “sur-réaction” qui est très difficile à inverser. Mais je dois dire que finalement on peut donner notre version et rétablir la vérité sur ce qui s’est passé.

 

« Quand vous venez pour avoir un rapport et pour assouvir vos fantasmes et vos désirs, vous n’avez pas forcément envie d’avoir quelqu’un qui va vous prendre en photo pour vous diffuser sur les réseaux sociaux »

 

V-B : Votre établissement, vous confirmez, est bien sûr ouvert à tous ?

M-M : Le Dépôt a deux étages. Le Club du Dépôt est ouvert à tous et à toutes sans aucune discrimination : aux gays, aux hétéros, aux femmes, aux mecs androgynes, aux transexuels, aux queers (…) Le sous-sol du Dépôt, en revanche, est un cruising. C’est un espace gay qui est donc ouvert aux garçons mais sans autre distinction. C’est un établissement qui, par essence, ne fait ni xénophobie, ni transphobie, ni gynéphobie…. On a la chance d’avoir deux étages.

Cela peut créer des frustrations mais c’est notre règlement intérieur. Il existe à Paris d’autres lieux qui ont d’autres codes. Ici les filles n’ont qu’une obsession quand elles arrivent, c’est de descendre en bas. On a même des femmes qui se déguisent en garçon pour descendre et voir ce qu’il se passe en bas. Que ces gens comprennent que l’étage inférieur du Dépôt est un espace réservé aux garçons et qu’ils sont les seuls à pouvoir y accéder !  Il y a un moment où il faut accepter que nous ayons un règlement intérieur et respecter les gens qui viennent au cruising parce qu’ils veulent rencontrer des garçons et avoir des relations sexuelles dans l’intimité. Ils n’ont pas envie d’être dérangés ni filmés.

Vous imaginez bien qu’il est interdit de prendre des photos. Quand vous venez pour avoir un rapport et pour assouvir vos fantasmes et vos désirs, vous n’avez pas forcément envie d’avoir quelqu’un qui va vous prendre en photo pour vous diffuser sur les réseaux sociaux. Parce qu’en effet, les photos et vidéos incriminées ont été diffusées sur le compte Instagram de cette personne, qui a depuis d’ailleurs tout effacé !

 

V-B : Et, de fait, puisque votre établissement est réservé aux hommes et que Violet Chachki se considère comme une femme où – comme elle le dit elle-même – comme « féminine », trouvez-vous normal qu’elle puisse avoir accès à un lieu exclusivement réservé à des hommes ?

M-M : Qu’est-ce qu’un homme ? Là est la question. Pour nous, puisque Violet Chachki n’était pas en Drag Queen, qu’elle n’était pas en femme, l’accès a pu lui être garanti et lui a été autorisé. C’est à dire que c’est un garçon androgyne qui était habillé en garçon. Ça n’était pas une femme. C’est pour ça que l’entrée de l’espace cruising du Dépôt lui a été autorisée et qu’il n’y a pas eu discrimination. Mais effectivement, la limite est de plus en plus fine en ce qui concerne le genre et la chose est compliquée.

 

« Nous avons appris que Violet Chachki avait été sortie de la soirée Escualita. »

 

V-B : Certains de vos clients ont pu être filmés à leur insu par cette personne. Y a t-il quelque-chose que vous comptiez faire puisqu’elle s’est rendue coupable de violation de la vie privée, de diffamation et de harcèlement à votre encontre et à l’encontre de vos clients ?

M-M : Aujourd’hui, la volonté du Dépôt est d’être dans une logique d’apaisement. On avait envie de rétablir la vérité… On a étudié la possibilité de poursuites. Nous avons consulté un avocat du SNEG (Syndicat National des Entreprises Gays) et nous nous sommes rapprochés d’un établissement de Londres, le Eagle London, qui a connu la même mésaventure pour éventuellement faire un recours commun. Nous avons appris entre temps que Violet Chachki avait été aussi « sortie » de la soirée Escualita, la soirée Trans de Paris (à Pigalle).

Elle ne peut donc pas se prévaloir de transphobie en l’occurrence puisque c’est un établissement qui accueille tous les week-ends – c’est aussi pour cela que nous n’en n’avons pas entendu parler – des trans, des drag-queens et autres… Ce n’est donc pas la première fois qu’elle a un comportement inapproprié. Il y a donc un réel problème autour de sa personnalité, elle cherche à se « victimiser » en permanence ou à faire du  buzz.

 

V-B : Plus largement, comme vous l’avez évoqué tout à l’heure, Violet Chachki s’en est violemment pris au milieu LGBTQI parisien et à la ville de Paris. Sans pour autant lancer une confrontation verbale, auriez-vous quelque chose à répondre sur son « Fuck the french » ?

M-M : Je suis un français convaincu (rire)… Ce n’est même pas ça qui est important… Est-ce que c’est à moi de répondre ? Je vais pas m’ériger en victime. Je crois que c’est ça, la bonne réponse. Ce bashing des français, cette francophobie, véhiculée par des individus, est-ce que c’est une forme de jalousie ? Ça entretient une espèce de clivage entre des populations et des communautés. En l’espace d’une phrase, elle est parvenue à monter les américains contre les français ! « I can’t wait to get back to America ! » Oui, donc, en gros, ça veut dire qu’elle en avait marre de la France. En l’espace d’une phrase elle a aussi montée différentes communautés LGBTQI les unes contre les autres. Il faut arrêter ça. Stop, voilà, stop.

 

« J’ai envie que les gens puissent réfléchir et que toutes les communautés LGBT puissent se dire On est tous dans le même bateau. »

 

V-B : Pour finir, qu’aimeriez-vous dire à ces gens qui ont pu être choqués ou déçus par cette affaire ? Aux gens qui auraient pu vous juger peut-être un peu trop rapidement, de manière disproportionnée mais aussi à ceux qui ont pu se sentir trahis par Violet Chachki ?

M-M : Moi, j’ai envie, tout simplement, de lancer un appel non pas à la haine comme cela a été fait par Violet à la sortie du Dépôt mais un appel au respect. Au respect du choix des gens, des sexualités, de l’autre et surtout au respect de l’ensemble des communautés LGBTQI. Arrêtons de nous diviser, arrêtons de nous jalouser, de stigmatiser telle ou telle population, genre, sexualité…

Le Dépôt est un établissement respectueux.  J’ai envie que les gens puissent réfléchir autour de cette notion et que toutes les communautés LGBTQI puissent se dire « On est tous dans le même bateau, arrêtons de nous juger et de nous diviser pour nous concentrer sur ce qui est grave », comme la prévention, la sécurité, l’information et surtout la fête !

 

Je tiens à rappeler que la France demeure un pays d’ouverture et de tolérance et que la communauté LGBTQI parisienne est solidaire du Dépôt dans lequel Violet Chachki s’est introduite en conquérante, dépassant les limites de la bienséance et de la politesse, en pensant pouvoir bénéficier d’un traitement de faveur du fait de sa « célébrité ».


Puisse cette aventure servir de leçon de modestie aux personnalités éphémères, qui qu’elles soient, d’où qu’elles viennent.

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