TRANSIDENTITÉ : ZONE INTERDITE LÈVE LE VOILE

« Je ne souhaiterais pour rien au monde que mon enfant soit transgenre. Je pense que j’ai assez d’une seule transition dans ma vie. Je ne supporterais pas d’en vivre...

« Je ne souhaiterais pour rien au monde que mon enfant soit transgenre. Je pense que j’ai assez d’une seule transition dans ma vie. Je ne supporterais pas d’en vivre une autre ». Les mots sont durs, le visage est grave. Dans la salle de projection, l’émotion est palpable : les journalistes venus assister à l’avant-première de l’émission sont prostrés. Cette phrase lourde de sens, c’est Isaac, 14 ans, la tête d’affiche du documentaire, qui vient de la prononcer.

Tout au long de l’émission, nous suivons la transition de Laura, Cédric, Iris, Jackie et Isaac. Cinq personnes tellement différentes et – pourtant – toutes touchées par la même souffrance engendrée par le même phénomène connu scientifiquement sous le nom de « dysphorie du genre ». Chacun d’eux est né dans le corps d’un autre. Autrement dit, ces hommes et ces femmes sont nés avec un sexe physique différent de celui qu’ils ont à l’intérieur.

 

Tous conscients depuis leur plus jeune âge de leur différence et de leur appartenance à un genre différent de leur sexe de naissance, ils ont décidé de s’assumer et de tout faire pour vivre leur vie comme ils l’entendent en dévoilant leur manière de vivre et leurs sentiments à Clarisse VERRIER, réalisatrice de l’émission d’M6 « Zone Interdite ».

 

« C’est bien de montrer que chacun est unique comme le fait cette émission. »

 

Laura, jeune Youtubeuse, s’est toujours sentie femme. Née dans un corps de sexe masculin, elle assume totalement son genre et sa transition physique vers un corps ressemblant à ce qu’elle est en vérité.

Crédit : Laura Badler

« J’avais peur que ça ne détériore encore un peu plus notre image quand j’ai décidé de témoigner pour Zone Interdite et, finalement, je pense que ça démonte l’image qu’avaient les gens, que ça montre qu’il y a plusieurs visions. On a tous notre vision. C’est bien de montrer que chacun est unique comme le fait cette émission. »

 

« On est tous nés dans le corps d’une femme. On est tous nés dans le corps de notre mère. »

 

Ce à quoi Arno, policier municipal ayant terminé sa transition, entre deux bouchées de gâteau et deux bons mots biens placés, répond : « Ouais, c’était bien, c’était intéressant. C’était la première fois que je voyais un documentaire qui se concentrait avant tout sur le positif. Qui disait qu’il n’y avait aucun problème avec le genre, tout ça… Pour ce qui est de l’expression « être né dans un corps », je dirais qu’on est tous nés dans le corps d’une femme. On est tous nés dans le corps de notre mère. (rire) »

 

Être né dans le corps d’un autre et vouloir s’en échapper. Voilà tout le sujet de ce documentaire profondément vrai et humain diffusé prochainement sur M6. Ce documentaire ne raconte pas les différentes étapes de la transition physiques de ses intervenants. Pour la première fois, il se concentre sur la souffrance qu’ils peuvent ressentir, sur le rejet qu’ils subissent parfois de leurs familles et de leurs amis et du parcours psychologique que certains qui, comme Iris, ont été obligés de faire à force de refouler leurs sentiments au plus profond d’eux-même jusqu’à parfois en venir au suicide ou à dépérir.

Cédric, deuxième plus jeune participant à l’émission, rejeté par sa famille depuis qu’il a fait le choix de s’assumer tel qu’il est réellement, vit aujourd’hui par ses propres moyens, aidé par l’association « Le Refuge », alors qu’il est contraint par ses parents à assumer dans le même temps ses études de psychologie et un travail dans un fast-food lui permettant de régler l’ensemble des frais engendrés par cet abandon survenu dès ses dix-huit ans au sortir du baccalauréat qu’il a obtenu avec brio. Aujourd’hui, Cédric commence à voir le bout du tunnel, aidé par les bénévoles de l’association et par ses amis, lui procurant l’affection et le soutien qu’il eut été en droit d’attendre de ses parents défaillants.

En 2016, ce sont 229 jeunes qui étaient accueillis par l’association « Le Refuge » dont 70% de garçons, 19% de filles et 11% de transgenres, soit 25 jeunes transgenres rejetés par leur famille et contraints à demander l’aide de l’association.

 

« Le seul trait commun, c’est la souffrance. »

 

Ce à quoi le Docteur LACHIVER, chirurgien esthétique, invité à l’avant-première, répond : « Avant tout, ce qu’il faut c’est respecter l’individu et je trouve qu’on voit bien qu’il n’y a pas un parcours. Il y a autant de parcours différents et ce qu’il faut c’est respecter les gens et respecter ce qu’ils ressentent. Le seul trait commun c’est la souffrance. (…) On voit bien dans le reportage toute la diversité et les différentes phases. (Dans ma carrière) J’ai eut le plus de difficultés au niveau social puisque ce sont, dans ces cas là, des patient(e)s qui n’ont pas de fonction sociale et qui sont en recherche d’emploi et où ils/elles rentrent dans un cercle infernal où il devient impossible de trouver un emploi à partir du moment où on a une étiquette « transgenre ». On rentre dans des problèmes sociaux et c’est très difficile. »

 

Puis nous découvrons Jackie, une femme de soixante ans qui, malgré sa voix éteinte, a fait le choix de s’assumer et d’être la femme qu’elle a toujours voulu être. Obtenant avec succès son changement de sexe administratif auprès de la Mairie après décision de justice, elle est maintenant libre de voyager à sa guise telle qu’elle est et de circuler sans qu’on la ramène sans cesse à son sexe d’origine, épreuve qu’il est souvent difficile de franchir pour la majorité des transgenres comme Laura qui doivent faire cohabiter leur apparence avec leurs papiers d’identité, occasionnant d’insupportables moments de doute et de gêne.

 

C’est avec beaucoup de fierté, la larme à l’oeil, que Jacquie contemple sa carte d’identité flambant neuve estampillée du « F » libérateur, fruit du combat de toute une vie et de tant de souffrances. Car c’est de cela qu’il s’agit dans ce documentaire : de fierté. Le message est clair : en 2017, être transgenre ne doit plus être une honte. Il ne s’agit pas d’un documentaire vulgaire ou honteux stigmatisant les personnes transgenres. Pour une fois, ce sujet Ô combien sensible est traité du point de vue des intéressés dans le but d’informer le public sur la réalité de ce phénomène qu’est la transidentité en faisant l’impasse sur les clichés et les idées reçues. Enfin.

 

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