Une transidentité sur le devant de la scène

La transidentité n’est pas un concept neuf. Et pourtant ! Alors que les problématiques L,G et B se résolvent petit à petit et tant bien que mal, la lettre T est...

La transidentité n’est pas un concept neuf. Et pourtant ! Alors que les problématiques L,G et B se résolvent petit à petit et tant bien que mal, la lettre T est gratifiée d’une exposition publique sans précédent, bien qu’elle reste la grande absente de l’évolution des consciences.  

Par Bruce Bouvier 

Le transgénérisme est victime des trop nombreux clichés qui achèvent d’en faire une étrangeté tantôt fascinante, comme en attestent les célébrités trans qui ont récemment inondé la scène médiatico-digitale, tantôt malsaine et infréquentable, pour ne pas dire “repoussante”. 

LA NOUVELLE DONNE 

“Transgenre” a trop longtemps rimé avec “problèmes” et la littérature spécialisée ne fait pas exception qui fait le constat d’une bataille politique et sociale qu’il reste à mener. La dysphorie de genre – terme barbare qui qualifie les personnes qui ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur est attribué à la naissance – est traitée et assumée financièrement en tant qu’Affection de Longue Durée par la Sécurité Sociale, mais le parcours obligatoire est lent, éprouvant, et fonctionne selon des critères peu en phase avec la réalité quotidienne des personnes concernées. Or, n’y voyons pas que le mal. Il est possible d’être trans et d’être heureux.e… Bambi, femme trans illustre, décorée des palmes académiques et faite chevalière de l’ordre national du Mérite, a défait le cliché de la trans marginale, noyée sous la pression sociale.  

Gigi Gorgeous a 25 ans et est surnommée “Barbie” pour ses attributs typiquement américains de la femme parfaite. Ici, elle prend la parole lors du Trans day of Visibility de 2017. 

“Trans” est vu comme un mot pratique par les personnes peu versées dans les problématiques sexuelles et génériques, même si les gender studies sont “en vogue” depuis quelques temps, à la faveur d’une exposition sans précédent de la transidentité dans l’espace public : Caitlyn Jenner fait la couverture de Vanity Fair, Gigi Georgous fait le plein lors de show internet et Laverne Cox crève le petit écran. Côté mode, les mannequins transgenres font des émules : Léa T est égérie Givenchy, Valentina Sempaio est cover girl chez Vogue, Hari Nef est sacrée it girl et Raya Martigny fait les couv’ de magazines indépendants quand tant d’autres jeunes trans qui rythment les défilés restent à découvrir. 

Valentina est brésilienne et est l’une des rares femmes trangenres à couvrir un magazine de cette importance. 

Cette exposition soudaine est certes une bonne chose pour la communauté mais elle ne suffit pas à balayer les idées reçues. Le passing reste un élément de stress puisque c’est la capacité d’une personne trans à passer inaperçue vis-à-vis de la population, à ne pas être “démasquée”.  

Portraits 

Claude-Emmanuelle Gagan-Maull Une femme aux yeux de l’Etat   

Elle a 27 ans et est artiste. Elle vit à Paris depuis 3 ans et est originaire de Perpignan. Pour elle, qui ne “fait la paix” avec son image qu’à l’occasion de shooting où elle officie en tant que modèle, la dysphorie du genre est un trouble psychique qu’elle peine à surmonter malgré son récent changement d’état civil. D’autres combats restent à mener et sa transition n’est pas terminée. En outre, l’appropriation du transgénérisme par le milieu queer lui est insupportable car elle génère des clichés et des erreurs de représentation sociale dont les transgenres font les frais. 

Shawn Delair : Ses meilleurs souvenirs ? Sa première injection hormonale et l’acceptation de son changement d’état civil. 

Il  a 33 ans et vit à Béthune, dans les Hauts-de-France, anciennement Nord-Pas-de-Calais, où il exerce en tant que coach sportif au sein d’une association d’aide aux personnes atteintes de cancer du sein. Le plus dur, selon lui, a été la longue attente – 7 mois – nécessaire à l’obtention de l’attestation de début de transition, sésame délivré par le psychiatre, qui permet de commencer le traitement hormonal. Il est maintenant heureux, en phase avec son corps et n’a plus à se cacher ou à éviter son reflet dans les miroirs. 

Nana- « “On ne résoudra pas les questions trans en faisant des moues sur instagram et en parlant chiffons” 

Elle a 27 ans et accepte de témoigner pour Garçon. Celle qui se décrit comme une chanteuse, compositrice et passeuse de musiques vivant dans une forêt de HLM de banlieue parisienne nous livre sa vision d’un climat transphobe et des récentes percées de la population trangenre dans les médias.  

Quel moment de ton parcours de transition a été le plus pénible pour toi ? 

Le moment que je vis est très pénible, je ne prends pas encore d’hormones, il n’y a que mes amis qui m’appellent et les autres s’en foutent complètement. Même le visage enfoui sous des strates de fond de teint, les joues rosies par le blush et perchée sur des talons, le chignon qui touche le plafond, les gens n’ont pas le présence d’esprit de me genrer correctement.  

Comment appréhendes-tu ton corps et son évolution ? 

Il n’y a pas un seul moment où je ne pense pas à mon corps et quand ce n’est pas moi qui y pense ce sont les autres qui me le rappellent. Je n’ai pas encore l’impression d’être mon corps mais d’être dedans. Je suis juste contente d’être ce que je dois être depuis toujours.   

Comment vis-tu cette ouverture récente aux problématiques trans et à l‘exposition de trans connues, notamment via Instagram, les bloggers, mannequins et célébrités trans ? 

Je trouve ça très bien, je regrette seulement que la majorité ne s’intéresse aux trans que quand elles correspondent aux standards hétéro-patriarcaux de beauté et qu’elles sont affublées de logos de marques de la tête au pieds. On ne résoudra pas les questions trans en faisant des moues sur instagram et en parlant chiffons. J’aimerais que l’exposition des identités trans au grand public se passe de l’avis des grands groupes de luxe et de cosmétique. 

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