Emilien Diard-Detœuf, Sylvain Lecomte et Emmanuel Besnault «  Le Cahier Noir fait l’effet des grands films très audacieux, ceux de Pasolini par exemple.  »

Souvenir de jeunesse d’un adolescent provincial torturé et avide d’absolu, Le Cahier Noir, c’est avant tout un roman, le premier écrit par Olivier Py alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Mais c’est aussi...

Souvenir de jeunesse dun adolescent provincial torturé et avide dabsolu, Le Cahier Noir, cest avant tout un roman, le premier écrit par Olivier Py alors quil navait que dix-sept ans. Mais cest aussi une pièce qu’il met lui-même en scèneLes trois comédiens tirent avec brio les ficelles tragicomiques de cette oeuvre monumentale. Ils nous parlent aujourdhui de leur expérience entre les murs du Théâtre 104 de Paris 

Propos recueillis par Victorien BIET. 

Vous arrivez au terme dun peu plus dun mois de représentations. Que retenez-vous de cette expérience ? 
 

Emmanuel Besnault : C’est trop court. On en voudrait encore. Mais c’est une belle aventure dans un beau lieu. Personnellement, je suis très content de jouer et de défendre ce texte.  

Sylvain Lecomte : C’est vrai que c’est un texte qu’on aime énormément parce-qu’on a l’impression que c’est un geste très intime de la part d’Olivier. Il a ressorti ça de ses dix-sept ans et le fait que l’artiste qu’il est aujourd’hui ait eu le désir de monter et de mettre en scène ce premier texte qu’il a écrit et le fait qu’il nous ait choisi pour ça, c’est une responsabilité supplémentaire. 

Emilien Diard-Deœuf : En ce qui me concerne, j’en retiens une bonne fatigue, et un sentiment d’humour permanent qui rachète toute la noirceur. 

Certains textes sont très durs sur le plan humain. Lun dentre-eux vous a t-il posé des difficultés ? 

ED-D : Etrangement, aucun des textes n’est dur à dire, au contraire, quel plaisir de pouvoir dire des choses impossibles, impensables ! Le Cahier Noir me fait l’effet des grands films très audacieux, ceux de Pasolini par exemple. On a l’impression de partir d’une réalité qu’on connait, la province et l’ennui, et de la déformer jusqu’à l’extraordinaire. Et puis Olivier est un poète, et rien n’est vulgaire parce que tout est pensé, tout a une place. 

Emmanuel, ça nest pas trèévident… Mais tu joues deux personnages 

EB : Oui… Hum… Tu parles du chien ? (rire) 

Oui. Que peux-tu men dire, de ce personnage ?  

EB : C’est marrant, ça… Pareil, ça a été évident. Un jour, il (Olivier Py) arrive avec ce masque… Je ne me souviens même plus comment il m’a demandé ça. Il me l’a donné et il m’a dit « tiens, fais le chien ». Et en même temps, il voulait qu’il y ait l’ambiguïté… (à Sylvain Lecomte) Est-ce que je suis un homme et donc l’un de tes esclaves ? Ou est-ce que je suis vraiment un chien mais comme c’est du théâtre je peux aussi me mettre sur mes deux pattes arrières ? En tout cas, le masque permet de me sentir complètement autre et je m’amuse de plus en plus à jouer ce personnage… 

SL : (rire) Et puis tu obéis au doigt et à l’oeil.EB : Et puis je t’obéis, je ne dis rien… Ça ne me déplais pas… Et puis le fait qu’il n’y ait pas mon visage change beaucoup de choses. 

Et toi, Sylvain, tu joues trois personnages, tu es un peu lobjet constant du désir. Comment lanalyses-tu ?  

SL : C’est très flatteur, évidemment, déjà. C’est intimidant aussi, au départ. Dans le service de l’oeuvre, ça va. Il y a des personnages qui étaient plus évidents… et d’autres où c’était un peu plus compliqué à trouver ce que Olivier voulait et à quoi ces personnages pouvaient ressembler dans le bouquin. Donc non, c’est intimidant et excitant à la fois. 

Malgré le fait que ce soit une oeuvre très sérieuse, on sent quil y a un certain humour… Pourquoi ?  

EB : C’est l’humour du désespoir. C’est la dernière chose qu’il lui reste. Il n’est jamais satisfait. C’est un insatisfait permanent comme l’est sans doute Olivier dans son travail. Pour moi il est vraiment tête à claque. Plus il est con et insupportable, plus on a envie de l’aimer. On a tous été comme ça étant ado.  

Le Cahier Noir évoque à plusieurs reprises la mort et le suicide chez les jeunes homosexuelsEst-ce lun des arguments de la pièce ?  

EB : Argument, je ne sais pas si c’est le mot mais, en tout cas, c’est un sujet qui est très important pour Olivier. Il est très au fait de tout ça et je pense qu’il ne l’a pas fait pour ça mais la pièce peut servir à ce que les gens entendent ce message et que ça puisse redonner espoir, faire rire ou donner du recul à certaines personnes… 

Auriez-vous une anecdote amusante à propos de votre aventure ici ?  

ED-D : Eh bien je dirais que le spectacle en lui-même est une anecdote ! On est arrivé à tous les trois sans se connaître à Avignon. On a travaillé tout de suite sur le texte qu’Olivier avait déjà un peu coupé, et un peu plus de dix jours plus tard, on a présenté le spectacle à l’équipe du 104. Entretemps donc, on aura appris le texte, intégré la mise en scène, acheté les costumes (dont mon pantalon au Monoprix le jour de la présentation), dompté le décor et les accessoires. C’est la création la plus rapide que j’ai jamais faite ! 

Plus dinfos :  

  • Le Cahier Noir se jouera les 2 et 3 Mai 2018 au Théâtre des Pénitents à Montbrison (Loire).  
  • Le Cahier Noir, Olivier Py, Éditions Actes Sud.  

 
« Ça parle de quoi ? » 
Le Cahier Noir est la retranscription exacte du journal intime d’Olivier Py qu’il tint entre l’âge de seize et dix-sept ans. Récit poétique et tourmenté de ses désirs inavouables, l’œuvre met en scène ce jeune garçon sans nom en perpétuelle recherche de l’idéal littéraire et érotique, finissant par se réfugier dans un univers phantasmagorique noir et tourmenté situé entre les pages de son journal.  
 

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