FRANCESCO MANGIACAPRA : « POUR CES PRÊTRES, LA DROGUE EST UNE NÉCESSITÉ POUR FAIRE L’AMOUR. »

Mais qui est donc le mystérieux Francesco Magiacapra ? Depuis plusieurs mois, la presse du monde entier ne parle que de lui ! Il est celui qui a fait trembler de...

Mais qui est donc le mystérieux Francesco Magiacapra ? Depuis plusieurs mois, la presse du monde entier ne parle que de lui ! Il est celui qui a fait trembler de Vatican après avoir révélé un vaste scandale mêlant drogue, prostitution, corruption et détournement dargent. Nous avons pu le rencontrer pour en apprendre plus sur cette affaire.  

Par Victorien Biet. 

Francesco, pourquoi as-tu ressenti le besoin de dénoncer les prêtres qui faisaient usage descort boys ?  

Dans le cas précis de ces prêtres, j’avais tout à gagner, du point de vu financier, à préserver leur secret. Ils payaient tous très bien et n’auraient certainement eu aucun problème à me payer encore plus pour que je me taise à leur sujet. J’ai réalisé ce dossier que j’ai publié car je voulais faire un catalogue de tous les « mauvais élèves » de l’Église sans pour autant nuire à celle-ci. Au contraire, je voulais surtout dénoncer la corruption afin que l’Église puisse redevenir ce qu’elle était avant que cela ne s’étende. La cause de tout cela est le fait que de nombreux prêtres se sont habitués à l’impunité que leur procurait l’Église. Ce qui m’a motivé était ce que j’appellerais une « rébellion fondamentale ». Non pas quelque-chose de moraliste mais de profondément humain face à l’impunité, à la fausseté de ces personnages qui se prétendent propres et honorables tout en descendant toujours plus profondément dans les tréfonds de la perversion. J’ai été l’un des rares à oser me révolter et je pense que ça peut permettre d’éveiller les consciences.  

Combien dargent as-tu gagné en tant quescort lorsque-tu accordais tes services à ces prêtres ?  

Je ne pense pas que la question soit « combien » j’ai gagné personnellement connaissant les sommes colossales qu’ils peuvent dépenser pour coucher avec des escorts. Tout ce que je peux dire est que j’ai vu circuler beaucoup plus d’argent que ce que pourrait posséder un « homme normal » avec une épouse et des enfants. Ce que je trouve d’autant plus révoltant, c’est que ces hommes n’ont pas à se lever tôt le matin, à aller à l’usine ou au bureau pour gagner de l’argent pour leur famille. Ils ont de l’argent, tout simplement. Ils n’ont pas de salaire, mais toute une série de règles aussi vieilles que l’Église elle-même leur permettent de toucher cet argent. Je me suis souvent moralement questionné quant à ces pratiques et à l’origine de cet argent qu’ils utilisaient pour s’amuser avec moi et avec de très nombreux autres garçons. Il m’est arrivé de penser que cela pouvait venir des dons des fidèles eux-même. 

Comment est-ce que tu décrirais latmosphère au sein de l’Église ?  

Dans mon livre et dans ce dossier que j’ai déposé au Vatican, j’ai montré à de nombreuses reprises qu’il y avait un véritable lobby des prêtres gays au sein même du Vatican. Mais également de la franc-maçonnerie, des sociétés secrètes. Ils se connaissent tous et se serrent les coudes. Lorsqu’ils sont en difficulté, ils discutent entre eux, font jouer leurs réseaux. J’ajoute que lorsqu’il y a un véritable problème, des sympathisants extérieurs peuvent même intervenir. Je n’en dirais pas plus à ce sujet mais c’est une ambiance véritablement étrange et secrète.  

Les prêtres sont-ils allés plus loin ? En utilisant de la drogue, par exemple ?  

Je pense que les vices des prêtres sont les mêmes que ceux des gens ordinaires. Pourtant, je pense que dans le cas des prêtres, ces vices sont bien plus prononcés à cause de la pression qu’exerce l’élite. Ils en deviennent toujours plus pervers. Un jour, on m’a demandé de ramener « quelque-chose pour faire la fête ». Quand j’ai compris de quoi il s’agissait, j’ai répondu que j’étais un escort et pas un dealer. Au final, ils se sont résignés : il vaux mieux baiser sans cocaïne plutôt que l’inverse. Pour certains d’entre eux, malheureusement, la drogue est une véritable nécessité pour faire l’amour. Les plus extrêmes ne peuvent même plus imaginer baiser sans avoir leur premier rail de cocaïne. C’est vraiment triste et je me plais à penser que les prêtres avec qui j’ai des relations n’ont pas besoin d’être sauvés mais ont simplement besoin de se libérer.  

As-tu déjà été confronté à dautres actes interdits au sein de l’Église ?  

Parmi tous les responsables du clergé que j’ai pu connaître, Don Luca Morini est sans doute le plus intouchable. Grace à ma dénonciation, il a heureusement pu être rétrogradé. Grace à moi, il a pu être mondialement connu pour ses nombreuses partouzes qu’il organisait dans toute l’Italie. Dans ces soirées, il y avait bien-entendu beaucoup d’escorts, de cocaïne, de valises d’argent volé aux fidèles. Hors de ces soirées, j’ai pu constater toutes les dépenses qu’il faisait. Des sommes absolument folles étaient investies dans des boutique de luxe à Londres, à Paris, à Barcelone, à Milan, à Rome, à Naples. Là bas, des diners étaient organisés à base de caviar, de truffes, de Dom Pérignon… Tout cela pourrait encore passer s’il ne sollicitait pas continuellement ses fidèles pour de l’argent. C’est en effet allé très loin et ce prêtre vendait absolument tous ses services : la confession, le pardon, les sacrements, les bénédictions. Il se faisait payer pour tout ça. Ce monsieur a même reçu beaucoup d’argent de nombreux politiciens contre quelques votes. Tout cela, bien-entendu, est passé par la falsification des livres de comptes, le détournement de matières premières initialement destinées à la rénovation de bâtiments de l’Église, la vente d’eau bénite, etc. Tout cela a duré plus de vingt ans. Et puis je suis arrivé et tout s’est arrêté lorsque je l’ai dénoncé.   

Les faits dont tu parles se déroulaient-ils aussi dans lenceinte du Vatican ?  

Il n’y a pas de règle précise en vérité même si la logique voudrait qu’on ne ramène pas sa maîtresse à la maison. Apparement, pour ces prêtres, ça importe peu. Un jour, l’un d’eux m’a emmené dans une sacristie, derrière l’autel, et m’a embrassé passionnément. Bien que je ne sois pas catholique, j’ai tout-de-suite pensé que la situation était gênante. J’avais l’impression de faire quelque-chose de mal. Je lui ai d’ailleurs demandé si ça ne l’ennuyait pas de m’embrasser dans une Église et il m’a répondu sans hésiter que non « ça ne me dérange pas puisque Jésus sait combien je l’aime. » À cet instant, j’ai compris cette chose que pouvaient ressentir tous les prêtres auxquels j’ai pu être confronté : un total sentiment d’impunité, une absence absolue de culpabilité. Ce qui m’a vraiment choqué, c’est qu’il a cru bon d’ajouter : « l’abstinence est une bonne chose lorsqu’elle est pratiquée avec modération. À présent, c’est l’heure du jugement dernier. » 

La hiérarchie de l’Église était-elle au courant de tout cela avant que tu ne fasses sortir laffaire ?  

Comme à son habitude, le haut commandement de l’Église n’a cru bon de réagir que lorsque les médias s’en sont mêlés. C’est une tradition au sein de l’Église que de passer ce genre d’affaires sous silence. Mon action ne se veut pas moraliste mais je voulais dénoncer le fait que ces mêmes personnes qui prêchent la morale durant les cours de catéchismes s’adonnent eux-même à ce genre de choses. Aucun de ceux que j’ai pu dénoncer ne seront sévèrement sanctionnés. Je pense que c’est révélateur.  

Savais-tu précisément pour qui tu travaillais ?  

Absolument. D’ailleurs j’ai déposée une liste de noms au Vatican pour leurs supérieurs afin que les responsables puissent se questionner. Mon idée était d’ouvrir le débat et non de lancer une chasse aux sorcières. Publier ces noms dans la presse ne serait pas utile puisqu’il y en a une centaine que je pourrais vous donner. Mon acte est avant tout un acte politique et social et certainement pas une revanche personnelle. Je ne les dénoncerai pas publiquement, ça ferrait de moi leur complice. Celui qui leur a donné un peu de cette liberté sexuelle qu’ils désiraient tant.  

As-tu été menace depuis que tu as parlé  

J’ai reçue une lettre anonyme il y a quelques temps. Je ne veux accuser personne. Mais peu importe car je pense que les prêtres vont pouvoir tirer avantage de mon action pour faire leur mea-culpa. Je pense qu’ils me remercieront. En vérité, je n’ai absolument pas peur de ce qui pourrait m’arriver car pour moi la vérité est bien plus importante que tout le reste. Il y a une inversion des rôles entre le pêcheur qui dénonce l’immoralité et le guide spirituel qui l’a commise. C’est un paradoxe qui n’a pas plu à tout le monde.  

PLUS DINFOS :  

  • Facebook : @mangiacaprafrancesco 

RAPPEL DES FAITS. 

L’affaire est sortie en 2017, en plein questionnement de l’Église par rapport aux grands sujets de société comme l’homosexualité et le mariage des prêtres. Dans cette affaire, il est question d’une orgie organisée dans l’enceinte-même du Vatican par le conseiller personnel du pape François.  Si son identité à été tenue secrète pour des raisons évidentes, sa petite fête a fait un véritable scandale et a fait la une des plus grands journaux. Prostitution, drogue et détournements de fonds sont au coeur de ce scandale qui ne sera vraisemblablement jamais examiné par un tribunal. L’affaire est actuellement en suspend.  

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