Scandale au Vatican : drogue, sexe, détournement de fonds… L’église à la dérive

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Tout est parti d’une simple partouze comme on en voit tant chez nos hommes politiques. Sauf que cette fois-ci, le scandale touche à un véritable symbole de la chrétienté : de hauts responsables de l’Église seraient impliqués. Ça n’est pas la première fois que ce genre de pratiques fait la une des grands quotidiens. Alors, coups de tonnerre ou complots ? Nous avons menée notre petite enquête et vous n’allez pas en revenir.

 

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DÉTOURNEMENTS DE MINEURS

 

Quand on pense « Église » et « scandale », on pense tout de suite à la pédophilie. Tous les mois, la presse nous abreuve de notre lot d’enfances brisées par des prêtres pervers. Si ce genre de scandales est véritablement fréquent au sein de l’Église, le plus révoltant reste sans doute le silence assourdissant des autorités cléricales.

Les français se souviendront avec horreur de la sinistre histoire du père Laurent-Marie Brillaud, pédophile multirécidiviste (condamné à quatre reprises) constamment réintroduit dans ses fonctions. Arrêté le 24 décembre 2010 à Lyon, l’homme draguait, depuis un Cyber Café, des dizaines de jeunes sur le chat Skyrock. Pourtant, seulement un an auparavant, le prêtre demandait, en direct sur l’antenne d’RTL, aux autorités d’accepter sa demande de castration chimique… pratique illégale sur le territoire français.

Si l’Église, malgré sa réticence, a finalement condamné le religieux (dont les écrits religieux sont toujours disponibles dans sa paroisse, il faut le préciser) l’on ne sait pas ce qu’il est advenu de lui et les autorités judiciaires n’ont pas souhaité répondre à nos interrogations.

En janvier 2017, l’on estime que la justice enquêtait simultanément sur une soixantaine de dossiers du même type.

 

PROSTITUTION

 

Étonnamment, lorsqu’il s’agit de sexe, ce sont toujours de jeunes hommes qui sont victimes des prêtres. Le pire étant la mentalité des responsables de ces actes, persuadés de leur toute puissance de par leur place au sein du Clergé.

Ainsi avons-nous découvert le cas de l’Abbé Pierre Dufour, dont les protections religieuses et policières sont avérées. Cet homme si moderne, si gentil, si agréable, comme l’ont décrit ses paroissiens de l’Église de Saint-Jean de Maurienne, comment a-t-il pu harceler Sebastien, un jeune fidèle, lui infliger des attouchements et le torturer psychologiquement jusqu’à le pousser au suicide ? Comment a-t-il pu détourner des centaines de milliers de francs pour acheter le silence de ses victimes ou payer des prostitués ?

Lors de son procès, l’on mettra ces actes sur la dos d’une homosexualité profondément refoulée. Protégé depuis 1993 par l’Église, le prêtre n’avait cessé d’agresser des jeunes hommes dont il avait la charge, des enfants de choeur, des sans-abris, le tout contre un peu d’argent… ou une petite croix pour les enfants. Il sera condamné en 2006 à 15 ans de prison pour « viols et agressions sexuelles » sur au moins une dizaine de victimes.

Si les faits connus ne remontent qu’aux années 90, certains témoignages parlent de plusieurs décennies de parcours criminel et de nombreuses victimes continueraient à garder le silence.

 

DÉTOURNEMENTS DE FONDS

 

Voilà une histoire qui pourra prêter à sourire. C’est en 2016, dans la petite commune de Saint-Lizier en l’Ariège, qu’un Curé, l’Abbé Heuillet, a profité de la naïveté de ses fidèles et de la passivité de sa hiérarchie pour détourner 761.000€. À 80 ans, le prêtre a reconnu avoir encaissés les quelques 655.000€ récoltés durant la quête pendant des années ainsi que les bénéfices des ventes de bougies votives, soit 106.000€.

C’est après son départ à la retraite que son successeur a découvert de très suspects mouvements en ce qui concerne les finances de la paroisse… Mais le plus surprenant restera sans doute la manière dont le prêtre gérait ses comptes… Ses très nombreux comptes puisqu’il disposait au total de 18 cartes bancaires et d’un coffre fort (juste au cas où…).
Pour quel usage le religieux a-t-il détourné cet argent ? Voulait-il se faire une place au soleil pour ses vieux jours ? À cette question, l’homme n’a pas souhaité répondre.

Hospitalisé depuis sa mise en examen, l’homme d’Église est décédé en janvier 2018 sans jamais avoir été jugé.

Malheureusement, les exemples sont nombreux à travers le monde et cet homme d’Église n’est pas le seul à avoir profité de la dévotion de ses fidèles pour leur voler de l’argent. En 2017, par exemple. Le Mali a vécu le scandale après que l’Église elle-même ait été accusée d’avoir détournés 12 millions d’euros. S’en remettant au jugement de Dieu, le Conseil Épiscopale malien a dénoncé un véritable « complot » visant à « salir et déstabiliser ».

 

 

FRANCESCO MANGIACAPRA : « POUR CES PRÊTRES, LA DROGUE EST UNE NÉCESSITÉ POUR FAIRE L’AMOUR. »

 

Mais qui est donc le mystérieux Francesco Magiacapra ? Depuis plusieurs mois, la presse du monde entier ne parle que de lui ! Il est celui qui a fait trembler de Vatican après avoir révélé un vaste scandale mêlant drogue, prostitution, corruption et détournement d’argent. Nous avons pu le rencontrer pour en apprendre plus sur cette affaire.

 

 

Francesco, pourquoi as-tu ressenti le besoin de dénoncer les prêtres qui faisaient usage d’escort boys ?

 

Dans le cas précis de ces prêtres, j’avais tout à gagner, du point de vu financier, à préserver leur secret. Ils payaient tous très bien et n’auraient certainement eu aucun problème à me payer encore plus pour que je me taise à leur sujet. J’ai réalisé ce dossier que j’ai publié car je voulais faire un catalogue de tous les « mauvais élèves » de l’Église sans pour autant nuire à celle-ci.

Au contraire, je voulais surtout dénoncer la corruption afin que l’Église puisse redevenir ce qu’elle était avant que cela ne s’étende. La cause de tout cela est le fait que de nombreux prêtres se sont habitués à l’impunité que leur procurait l’Église. Ce qui m’a motivé était ce que j’appellerais une « rébellion fondamentale ». Non pas quelque-chose de moraliste mais de profondément humain face à l’impunité, à la fausseté de ces personnages qui se prétendent propres et honorables tout en descendant toujours plus profondément dans les tréfonds de la perversion.

J’ai été l’un des rares à oser me révolter et je pense que ça peut permettre d’éveiller les consciences.

 

Combien d’argent as-tu gagné en tant qu’escort lorsque-tu accordais tes services à ces prêtres ?

 

Je ne pense pas que la question soit « combien » j’ai gagné personnellement connaissant les sommes colossales qu’ils peuvent dépenser pour coucher avec des escorts. Tout ce que je peux dire est que j’ai vu circuler beaucoup plus d’argent que ce que pourrait posséder un « homme normal » avec une épouse et des enfants.

Ce que je trouve d’autant plus révoltant, c’est que ces hommes n’ont pas à se lever tôt le matin, à aller à l’usine ou au bureau pour gagner de l’argent pour leur famille. Ils ont de l’argent, tout simplement. Ils n’ont pas de salaire, mais toute une série de règles aussi vieilles que l’Église elle-même leur permettent de toucher cet argent.

« J’ai déposée une liste de noms au Vatican pour leurs supérieurs afin que les responsables puissent se questionner. »

Je me suis souvent moralement questionné quant à ces pratiques et à l’origine de cet argent qu’ils utilisaient pour s’amuser avec moi et avec de très nombreux autres garçons. Il m’est arrivé de penser que cela pouvait venir des dons des fidèles eux-même.

 

Comment est-ce que tu décrirais l’atmosphère au sein de l’Église ?

 

Dans mon livre et dans ce dossier que j’ai déposé au Vatican, j’ai montré à de nombreuses reprises qu’il y avait un véritable lobby des prêtres gays au sein même du Vatican. Mais également de la franc-maçonnerie, des sociétés secrètes.

Ils se connaissent tous et se serrent les coudes. Lorsqu’ils sont en difficulté, ils discutent entre eux, font jouer leurs réseaux. J’ajoute que lorsqu’il y a un véritable problème, des sympathisants extérieurs peuvent même intervenir. Je n’en dirais pas plus à ce sujet mais c’est une ambiance véritablement étrange et secrète.

Les prêtres sont-ils allés plus loin ? En utilisant de la drogue, par exemple ?

 

Je pense que les vices des prêtres sont les mêmes que ceux des gens ordinaires. Pourtant, je pense que dans le cas des prêtres, ces vices sont bien plus prononcés à cause de la pression qu’exerce l’élite. Ils en deviennent toujours plus pervers. Un jour, on m’a demandé de ramener « quelque-chose pour faire la fête ».

Quand j’ai compris de quoi il s’agissait, j’ai répondu que j’étais un escort et pas un dealer. Au final, ils se sont résignés : il vaux mieux baiser sans cocaïne plutôt que l’inverse. Pour certains d’entre eux, malheureusement, la drogue est une véritable nécessité pour faire l’amour. Les plus extrêmes ne peuvent même plus imaginer baiser sans avoir leur premier rail de cocaïne.

C’est vraiment triste et je me plais à penser que les prêtres avec qui j’ai des relations n’ont pas besoin d’être sauvés mais ont simplement besoin de se libérer.

 

As-tu déjà été confronté à d’autres actes interdits au sein de l’Église ?

 

Parmi tous les responsables du clergé que j’ai pu connaître, Don Luca Morini est sans doute le plus intouchable. Grace à ma dénonciation, il a heureusement pu être rétrogradé. Grace à moi, il a pu être mondialement connu pour ses nombreuses partouzes qu’il organisait dans toute l’Italie.

« Je pense que les prêtres me remercieront pour mon action. »

Dans ces soirées, il y avait bien-entendu beaucoup d’escorts, de cocaïne, de valises d’argent volé aux fidèles. Hors de ces soirées, j’ai pu constater toutes les dépenses qu’il faisait. Des sommes absolument folles étaient investies dans des boutique de luxe à Londres, à Paris, à Barcelone, à Milan, à Rome, à Naples. Là bas, des diners étaient organisés à base de caviar, de truffes, de Dom Pérignon… Tout cela pourrait encore passer s’il ne sollicitait pas continuellement ses fidèles pour de l’argent. C’est en effet allé très loin et ce prêtre vendait absolument tous ses services : la confession, le pardon, les sacrements, les bénédictions. Il se faisait payer pour tout ça.

Ce monsieur a même reçu beaucoup d’argent de nombreux politiciens contre quelques votes. Tout cela, bien-entendu, est passé par la falsification des livres de comptes, le détournement de matières premières initialement destinées à la rénovation de bâtiments de l’Église, la vente d’eau bénite, etc. Tout cela a duré plus de vingt ans. Et puis je suis arrivé et tout s’est arrêté lorsque je l’ai dénoncé.

 

Les faits dont tu parles se déroulaient-ils aussi dans l’enceinte du Vatican ?

 

Il n’y a pas de règle précise en vérité même si la logique voudrait qu’on ne ramène pas sa maîtresse à la maison. Apparement, pour ces prêtres, ça importe peu. Un jour, l’un d’eux m’a emmené dans une sacristie, derrière l’autel, et m’a embrassé passionnément. Bien que je ne sois pas catholique, j’ai tout-de-suite pensé que la situation était gênante.

 

« Ce prêtre vendait absolument tous ses services : la confession, le pardon, les sacrements, les bénédictions. »

J’avais l’impression de faire quelque-chose de mal. Je lui ai d’ailleurs demandé si ça ne l’ennuyait pas de m’embrasser dans une Église et il m’a répondu sans hésiter que non « ça ne me dérange pas puisque Jésus sait combien je l’aime. » À cet instant, j’ai compris cette chose que pouvaient ressentir tous les prêtres auxquels j’ai pu être confronté : un total sentiment d’impunité, une absence absolue de culpabilité. Ce qui m’a vraiment choqué, c’est qu’il a cru bon d’ajouter : « l’abstinence est une bonne chose lorsqu’elle est pratiquée avec modération. À présent, c’est l’heure du jugement dernier. »

 

La hiérarchie de l’Église était-elle au courant de tout cela avant que tu ne fasses sortir l’affaire ?

 

Comme à son habitude, le haut commandement de l’Église n’a cru bon de réagir que lorsque les médias s’en sont mêlés. C’est une tradition au sein de l’Église que de passer ce genre d’affaires sous silence. Mon action ne se veut pas moraliste mais je voulais dénoncer le fait que ces mêmes personnes qui prêchent la morale durant les cours de catéchismes s’adonnent eux-même à ce genre de choses. Aucun de ceux que j’ai pu dénoncer ne seront sévèrement sanctionnés. Je pense que c’est révélateur.

 

Savais-tu précisément pour qui tu travaillais ?

 

Absolument. D’ailleurs j’ai déposée une liste de noms au Vatican pour leurs supérieurs afin que les responsables puissent se questionner. Mon idée était d’ouvrir le débat et non de lancer une chasse aux sorcières. Publier ces noms dans la presse ne serait pas utile puisqu’il y en a une centaine que je pourrais vous donner. Mon acte est avant tout un acte politique et social et certainement pas une revanche personnelle. Je ne les dénoncerai pas publiquement, ça ferrait de moi leur complice. Celui qui leur a donné un peu de cette liberté sexuelle qu’ils désiraient tant.

 

As-tu été menace depuis que tu as parlé ?

 

J’ai reçue une lettre anonyme il y a quelques temps. Je ne veux accuser personne. Mais peu importe car je pense que les prêtres vont pouvoir tirer avantage de mon action pour faire leur mea-culpa. Je pense qu’ils me remercieront. En vérité, je n’ai absolument pas peur de ce qui pourrait m’arriver car pour moi la vérité est bien plus importante que tout le reste. Il y a une inversion des rôles entre le pêcheur qui dénonce l’immoralité et le guide spirituel qui l’a commise. C’est un paradoxe qui n’a pas plu à tout le monde.