QUELQUES CHIFFRES …

-38% C’est l’augmentation en 2017 du nombre de témoignages en milieu scolaire relevé par SOS Homophobie  -36% des cas de LGBTphobie dans la famille ou le cercle proche recensés par SOS Homophobie ont...

-38% C’est l’augmentation en 2017 du nombre de témoignages en milieu scolaire relevé par SOS Homophobie 

-36% des cas de LGBTphobie dans la famille ou le cercle proche recensés par SOS Homophobie ont eu lieu avant la majorité des victimes 

-20% des cas de lesbophobie ont lieu avant 18 ans, contre 17% pour la biphobie, et 9% pour la gayphobie et la transphobie  

-Entre 2 et 7 C’est la différence de propension entre le public LGBT et les autres au risque de suicide [source : INPES 2014) 

0,4% C’est le pourcentage entre la 4è et la Terminale d’élèves sensibilisés durant l’année scolaire 2016-2017 passée pendant deux heures aux LGBTphobies par l’association SOS Homophobie [sources : Ministère de l’Education Nationale et SOS Homophobie]. Des interventions qui ont lieu depuis 15 ans. 

ACTU DOSSIER 

LGBTPHOBIE EN MILIEU SCOLAIRE 

COMMENT (MIEUX) LUTTER ? 

« ‘PD’ reste l’insulte la plus prononcée dans les cours de récréation ». A l’occasion de la présentation du rapport annuel de SOS homophobie, Joël Deumier, son président a rappelé cette réalité à laquelle nous-mêmes nous avons été confrontés. Malgré les plus de 26 000 élèves sensibilisés l’année scolaire passée par des bénévoles, l’association peine à combler les manquements du Ministère de l’Education Nationale, plutôt silencieux sur le sujet. Mais alors comment faire pour gommer ce que nos enfants apprennent bien avant leur entrée à l’école, au sein de leur propre environnement, que ce soit par la famille, les amis, ou même les médias ? Comment effacer des siècles de stéréotypes de genre, finalement à la racine du mal ? Est-ce possible de combler l’ignorance inculquée bien avant que les premières insultes arrivent dans la cour de récré ? Pour ce dossier, nous avons souhaité interroger celles et ceux qui luttent à leur manière pour tenter de faire réfléchir la jeune génération, et surtout éviter les drames conséquents de cette discrimination. Mais nous avons aussi souhaité comprendre, à travers les discours de victimes ou de spécialistes, comment mieux lutter contre cette LGBTphobie, quelles en étaient les véritables causes, et savoir quel était le rôle que nous, lesbiennes, gays, bisexuels ou transgenres, nous avions dans cette bataille, que nous devons mené, plus que jamais. 

L’ŒIL DU PSY 

Docteur Serge Hefez 

« Cette question est liée à la suprématie des hommes par rapport aux femmes et au fait que chacun à le devoir de jouer le rôle imparti » 

Psychiatre et psychanalyste reconnu, depuis de nombreuses années, le médecin s’est aussi spécialisé dans les problématiques du couple, de la famille, mais aussi sur les questions associées au genre. Fervent défenseur d’une plus grande implication de l’Etat pour une éducation contre l’homophobie le plus tôt possible, il nous explique comment cette haine naît et comment y remédier. 

Tout d’abord, en tant qu’enfant ou adolescent, comment peut-on  lutter contre sa propre homophobie, celle qu’on a intériorisé en vivant dans un contexte homophobe ? 

C’est difficile parce que les enfants suivent bien évidemment les valeurs de leurs parents. C’est à l’adolescence qu’ils les remettent en question. La seule façon serait que l’enfant, dans son contexte scolaire, ait des enseignants qui tiennent un discours tout à fait opposé, ouvert par rapport à ces questions et donc que l’enfant lui-même soit un peu en questionnement intérieur par rapport aux normes.  

C’est ce questionnement qui arrive quand on se découvre soi-même homo ? 

Ca dépend à quel âge. Si on parle de petits enfants, ce n’est pas d’homosexualité dont il est question. C’est une certaine forme de sensibilité de genre : des petits garçons qui sont plus attirés par le côté « féminin » ou des petites filles qui sont plus attirées par le côté « masculin ». C’est comme ça que le questionnement sur la sexualité apparaît. Et c’est cette différence qui va provoquer les interrogations. Toute la question étant : « Est-ce qu’en étant différent j’appartiens toujours à ma famille ? Est-ce que je suis toujours l’enfant de mes parents ? Est-ce que je ne vais pas être rejeté par mes parents ? etc ». Et ça peut commencer très tôt, dès l’âge de 3 ou 4 ans. 

Vous parlez d’enfants qui peuvent être vus comme plus « féminins » ou plus « masculins ». Finalement la lutte contre l’homophobie est indissociable de la lutte pour l’égalité des sexes ? 

Tout à fait. Cette question est liée à la suprématie des hommes par rapport aux femmes et au fait que chacun à le devoir de jouer le rôle imparti. C’est-à-dire les garçons en étant dominants et les filles en étant soumises. Alors évidemment consciemment aujourd’hui les parents n’ont plus le sentiment qu’ils pensent ça parce qu’ils sont dans une société qui tend à l’égalité des sexes, mais en même temps, et là c’est beaucoup plus inconscient, il y a cette représentation de l’homme qui doit dominer et de la femme qui doit se soumettre. Et on continue à élever les enfants dans cette optique-là. Ce qui est insupportable pour les parents dans cette question de l’homosexualité, avant même d’aborder la question de la sexualité, c’est le fait que l’enfant ne remplisse pas son rôle. C’est-à-dire que le petit garçon apparaisse comme étant soumis et que la fille apparaisse comme dominante et ne se soumettant pas au mode de séduction féminin dans lequel on dirige les petites filles.  

C’est donc bien la vision genrée le premier problème ? 

Oui. La vision hétéronormée, l’emporte de loin sur la question de la sexualité à proprement parler. Si on remonte dans l’histoire, que ce soit dans la Grèce antique, à Rome, dans la société des chevaliers du Moyen Age, on voit bien que la question de l’homosexualité ne posait de problème à personne. L’homosexualité comme acte sexuel ne pose pas tellement de question dans l’Histoire. Ce qui pose question c’est que les hommes sortent de leur rôle social. 

Dans une interview, vous disiez qu’à partir de 6 ans on est dans la construction de l’orientation sexuelle et que l’homophobie peut en être centrale. Est-ce que ça veut dire que L’Education Nationale doit encore agir avant ? 

Il faut agir le plus tôt possible. On commence à raconter des contes et des histoires très tôt aux enfants. Il y a des contes de belles princesses et de beaux princes qui s’aiment qui font beaucoup d’enfants, mais il peut aussi y avoir des contes qui racontent d’autres histoires : des histoires de garçons qui s’aiment, de filles qui s’aiment. 

Vous dites souvent que la non acceptation de l’homosexualité vient du fait que dans ce terme il y a «sexualité ». Est-ce qu’il faudrait plutôt parler d’ « homo-amour » ? 

Sans doute, oui. Le mot « homosexualité » rabat toute la question gay sur la sexualité et c’est très choquant pour des parents parce que tous les parents n’ont pas envie d’être confrontés à la sexualité de leur enfant qui grandit. Les parents mettent très longtemps à se rendre compte que leur enfant n’est pas un ange asexué dénué de fantasmes.  

Finalement, ça renvoie aussi à leur propre rapport à la sexualité ? 

Bien évidemment. Ca renvoie non seulement à leur propre rapport à la sexualité mais la façon dont comme enfant ils ont construit cette sexualité. La question du genre et de la sexualité se construit par amputation. L’enfant est spontanément très polymorphe aussi bien sur le plan de sa sexualité que de sa question de l’appartenance genrée. Ce n’est pas innée d’avoir un comportement dominant ou plus passif. A partir d’une ouverture maximum aux possibilités du monde, on dirige les petits garçons dans un chemin et les petites filles dans un autre chemin. Donc on ampute des caractéristiques qu’ils auraient naturellement. C’est tout ça qui ressurgit. 

Le psychologue Éric Verdier dit que plus on est homophobe, plus on a une part de bisexualité non-assumée. Validez-vous ce propos ? 

 « Est-ce que tout le monde est bisexuel? ». Je ne pense pas. Ce qui est sûr, c’est que plus on est homophobe, plus on a cultivé à l’intérieur de soi le dégoût de sa propre part « féminine », chez les garçons. Le fait d’évacuer cette part cette part de sensibilité fait le lit de l’homophobie. On a exacerbé en soi une virilité de façade. Les garçons qui sont hétéros mais très à l’aise avec leur « féminité », qui ont une certaine forme de sensibilité, ne sont absolument pas homophobes. Ils n’ont aucun problème avec ça. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont bisexuels. Certains le sont, d’autres pas. De même qu’on ne peut pas dire que tous les homos sont des hétéros refoulés.  

Vous dites que le rejet subit lors des coming-outs peut avoir des effets de boomerang bien des années après sur la personne. Sous quelles formes ? 

C’est plutôt l’homophobie intériorisée. Quand, pendant toute son enfance et une partie de son adolescence, on cultive la haine de soi parce que les gens vous crachent à la figure et vous insultent, pour construire une propre estime de soi-même, ça détruit quelque chose à l’intérieur de soi. Après, en général, on change de ville ou on commence à faire des rencontres, et on vit très bien sa propre homosexualité. On a l’impression que tout ça c’est oublié. Mais moi je vois bien avec tous les gays que j’ai en thérapie, qui ont même 40, 50 ans, à quel point ces failles de la construction de soi, de l’estime de soi, sont fortes. C’est très long de pouvoir réellement les refermer.  

Est-ce que ce rejet vécu peut avoir une incidence sur les relations amoureuses futures? 

C’est un risque. Il y a, notamment dans la sexualité homosexuelle masculine, quelque chose qui papillonne beaucoup dans les relations avec en même temps une aspiration assez forte à la relation amoureuse. Souvent j’entends les gays dire que la sexualité est trop excitante, qu’on est trop attiré mais je crois que c’est autre chose, que c’est la sécurité intérieure qui fait qu’on peut réellement faire confiance à l’autre et faire confiance à la relation. 

ACTU DOSSIER 

FOCUS ANCIEN ELEVE 

CHRISTOPHER, 27 ANS, LE HAVRE (SEINE MARITIME) 

« Les garçons ne traînaient pas avec moi car ils n’étaient pas des « Pd » » 

 A 27 ans, ce jeune conseiller bancaire du Havre est un homme heureux. Epanoui dans son travail, mais également marié depuis 3 ans, il savoure son bonheur. Pourtant, il y a quelques temps encore, il était victime d’harcèlement au sein même de son collège, car supposé gay. Le poids des stéréotypes de genre et de l’inaction du corps enseignant ont fait de lui le bouc-émissaire de plusieurs élèves durant quatre longues années. Pour nous, il a accepté de revenir sur cette période compliquée et d’en expliquer les quelques fêlures conséquentes qu’il porte encore aujourd’hui. 

Raconte-nous comment ont commencé ces années d’harcèlement… 

Cela a commencé dès la 6ème et jusqu’au dernier jour de 3eme.Je n’avais presque pas d’amis, il m’arrivait souvent d’être seul à la cantine ou pendant la récréation. On me montrait du doigt, j’avais le droit à toutes sortes d’insultes, « l’homme-femme », PD … Les garçons ne trainaient pas avec moi car ils n’étaient pas des « pd » et les filles ne restaient pas avec moi de peur d’être rejetées par les autres. Un jour, j’ai réussi à avoir une amie. On s’entendait très bien jusqu’à ce qu’un jour elle me sorte gratuitement « de toute façon tu n’es qu’un pd ». 

Ca a dépassé le cadre des insultes ? 

Oui, j’avais 13 ans. Un de me profs m’a souhaité mon anniversaire en classe. En sortant de la cours de récréation, 3 garçons m’attendaient. Deux d’entre eux m’on attrapés par les bras, le 3eme me mettait des giffles et des coups de poing dans le ventre. 

Pourquoi ne pas en avoir parlé à tes proches ou à tes professeurs ? 

Je ne l’ai jamais caché. Mes parents, mes profs, étaient au courant. Personne n’a jamais rien fait pour « m’aider » et je n’ai jamais compris pourquoi. Aujourd’hui quand je repense à tous ceux qui savaient et qui me laissaient dans cette situation, ça me fait mal. 

Ton calvaire s’est achevé au lycée. Comment t’es tu libéré ?  

Arrivé au lycée j’étais quelqu’un d’apprécié. J’ai même été élu délégué de classe. J’ai préféré faire table rase et complètement oublier ces 4 années douloureuses. C’était plus facile de tout recommencer et de ne plus y penser. Le lycée m’a permis de me construire une nouvelle image et de prendre un nouveau départ. 

Selon toi, quelles conséquences cette période a eu sur les années qui ont suivies ? 

J’ai été très susceptible longtemps et je suis certain que c’est à cause des insultes à répétition subit pendant 4 années. Aujourd’hui je suis beaucoup plus posé, mature et moins susceptible. Par contre je ne supporte pas que l’on ne m’apprécie pas. J’ai besoin qu’on me rassure et qu’on me dise que l’on m’aime et que l’on ne va pas m’abandonner. Je dois compenser le manque d’amour et d’amis que j’ai eu pendant cette fameuse période. 

Croises-tu encore ceux qui t’ont fait subir ce calvaire ? 

Oui, certains sont devenus clients, et j’en croise dans la rue quelques fois. Il y en a qui m’ignorent et d’autres qui baissent la tête en me regardent avec un léger sourire qui laisse deviner « qu’est ce que j’ai été con » ou alors « vraiment désolé ». 

ACTU DOSSIER 

GAELLE, BENEVOLE A SOS HOMOPHOBIE 

24 ANS, PARIS 

« Le tout est de déclencher la discussion et de voir où les élèves nous emmènent » 

C’est en 2014 a à peine 20 ans que cette pétillante jeune femme décide de s’engager auprès de SOS Homophobie pour lutter contre les LGBTphobies en milieu scolaire. Devenue depuis co-référente au sein de cette commission pour la région Ile-de-France, la bénévole croit véritablement en sa mission. Consciente de ne pas pouvoir tout changer, c’est avec pédagogie et sourire qu’elle se bat régulièrement auprès d’élèves de la 4è à la Terminale pour véhiculer un message de tolérance, allant bien au-delà des seules problématiques LGBT. 

Racontes-nous ce qui a déclenché cette envie d’intervenir sur les thématiques LGBT auprès des collèges et lycées ? 

De part mon orientation sexuelle et amoureuse, quand j’étais au collège ou au lycée, même si j’ai eu la chance de ne pas être victime de moquerie ou de harcèlement, ça me faisait peur, je me suis toujours caché. J’avais plein de stratégies pour que personne ne se rende compte que j’étais lesbienne. En parlant avec des amis je me suis rendu compte que j’aurais bien voulu avoir quelqu’un pour en parler… 

Avant d’être envoyé auprès des élèves, vous êtes formé. En quoi ça consiste ?  

Notre approche c’est une déconstruction des stéréotypes liés à l’orientation sexuelle et amoureuse, mais aussi l’identité et l’expression de genre. La formation c’est donc d’armer les intervenants en leur donnant une trame avec différents thèmes abordés lors des interventions. On parle des discriminations en général : de racisme, sexisme, religion, puis ensuite de l’homophobie. On explique les points importants, sur les questions LGBT pour que les élèves comprennent, et soient intéressés. On parle aussi de la loi. On forme aussi les intervenants à ouvrir au débat. Il y a beaucoup de mise en situation dans les formations. On parle peu, les élèves posent des questions, débattent, pour déconstruire les stéréotypes et avancer.  

Il y a des qualités indispensables pour être intervenant ? 

Comme pour tout engagement bénévole, l faut être persévérant, et surtout bienveillant. Parfois certains ont peur de ne pas être à l’aise face aux élèves, mais ça s’apprend au fur et à mesure. Il faut de l’écoute, c’est sûr, entendre ce qu’ils nous disent et non pas ce que l’on voudrait qu’ils disent. 

Pour quelle(s) raison(s) les établissements vous appellent ? 

Il y a un peu de tout. Parfois c’est parce qu’il y a eu un cas de harcèlement. D’autres fois, parce qu’ il y a beaucoup d’insultes, sans que les élèves aient conscience de leur portée. Parfois on est mobilisé pour les discriminations en général, dans le cadre de semaine de la citoyenneté ou dans le cadre de projets éducatifs. On peut aussi être demandé sur l’égalité homme/femme car on parle aussi de sexisme, c’est la clé des stéréotypes. Quand on entend Pd, ce n’est pas lié à une orientation sexuelle, c’est lié à une non-adéquation à des stéréotypes de genre et c’est souvent là que se situe le cœur du problème pour les élèves.  

Vous intervenez auprès d’élèves entre la 4e et la terminale. Pourquoi pas avant, car avant la sexualité, il y a la question de l’attirance amoureuse? 

Pendant nos interventions on ne parle pas de sexualité. Nous, c’est la lutte contre les discriminations, ce n’est pas à nous de parler sexualité. Ça fait partie de notre agrément de couvrir seulement ces classes. Mais effectivement, on se rend bien compte que les élèves ont des réactions très différentes selon les âges et que ce type de sensibilisation devrait avoir lieu plus tôt, à des moments où ces questions sont moins sensibles.  

Comment se déroule vos interventions ? 

Il y a plusieurs étapes. Le tout est de déclencher la discussion et de voir où les élèves nous emmènent. On sait quels thèmes on veut aborder mais souvent ce sont eux qui les amènent en réagissant. On entre d’abord par les discriminations au sens large, en insistant sur le sexisme. Ensuite on a une partie de définitions, notamment sur les LGBT, pour que tout le monde parte sur la même base, et déjà à ce moment on a souvent des questions à ce sujet. Puis on va vers les LGBTphobies,. La 3e étape après c’est de se poser la question de comment aider une personne dans ces cas-là ? Ce sont les 3 grands axes. On aborde aussi la question du droit. Les élèves ne savent souvent pas que les insultes sont punies. On a d’autres axes comme savoir si on choisit ou non son orientation sexuelle. A la fin, on distribue aux élèves des petits papiers sur lesquels ils peuvent écrire des questions ou des commentaires. On les lit et ensuite on y répond toujours dans l’esprit du débat et de la discussion.  

Malgré tout ces retours positifs, vous ne vous dites pas que ces interventions sont un coup d’épée dans l’eau ? 2 heures pour changer les mentalités, est-ce réellement suffisant ? 

C’est sûr que ce serait mieux d’avoir plus d’heures. Il y a un travail mené en parallèle avec le Ministère de l’Education avec des campagnes d’affichages notamment. Mais notre objectif c’est plutôt de semer une petite graine, et si ça ne porte pas ses fruits tout de suite, peut-être que plus tard oui et qu’ils auraient été moins tolérants si nous n’avions pas été là. Peut-être que ça aide aussi des élèves qui se cachent. Les conversations ne s’arrêtent pas après ces deux heures. Quand on reste toute une journée dans un établissement, on croise les élèves après nos interventions, on entend leurs conversations, ils en parlent encore entre eux. On a lancé un sujet, peut-être qu’ils en parleront seulement pendant deux ou trois jours, mais plus tard s’ils doivent en parler, ils auront les mots.  

Comment vous réagissez quand on fait le lien entre les LGBTphobies et la religion ? 

C’est un sujet dont on parle beaucoup entre nous, parce que ça arrive régulièrement. C’est un thème difficile car nous ne sommes pas spécialistes. Mais quand on en parle, on rappelle que la France est une république laïque. Que la loi n’a rien à voir avec la religion. On explique aussi qu’il y a des LGBT croyants qui arrivent à concilier les deux, qu’il y a même des associations pour ceux-ci, dont David et Jonathan ou HM2F . Après chacun est libre de penser ce qu’il veut, on n’impose rien, que ce soit en religion ou des LGBT. Notre rôle est d’insister sur le fait qu’on ne peut pas blesser des LGBT sous prétexte de religion. 

Le public jeune est censé être plus moderne, plus ouvert contrairement que la précédente génération des parents, comment vous expliquez que les actes homophobes ont augmenté de 38% dans le milieu scolaire selon votre dernier rapport? 

Je ne me risquerais pas à une explication mais ça me rappelle une anecdote. Le 17 mai, j’étais à une journée organisée par le Recteur de Paris, et une élève m’a dit « Vous parlez aux élèves, mais ce sont les parents qu’ils faudrait sensibiliser ». La première influence, c’est les parents, donc ça ne peut pas aller aussi vite car on ne change pas les mentalités de tout le monde. Les gens en parlent de plus en plus aussi. De plus, les victimes restent de moins en moins dans leur coin, ils osent dénoncer, donc forcément, ça fait monter les statistiques. La parole se libère. C’est lent, comme toutes les luttes contre les discriminations. C’est un travail continu. 

+ D’INFOS 

Vous aussi, vous souhaitez vous engager et lutter contre les LGBTphobies,  

Renseignez-vous sur sos-homophobie.org 

ACTU DOSSIER 

FOCUS PROF 

Jimmy, 26 ans, Marseille (Bouches-du-Rhône) 

« Je distille des figures emblématiques de la communauté LGBT dans mes cours » 

Professeur de français dans un collège de la banlieue de Marseille, ce jeune homme souriant et philosophe ne se laisse pas abattre devant les LGBTphobies qu’il peut entendre dans la cour de récréation. Conscient que le Ministère n’est pas assez impliqué dans cette lutte, il a décidé de faire de ses cours, des leçons de tolérance et d’humanisme. 

En tant que professeur, as-tu déjà appréhendé le fait d’être gay ? 

Je me suis toujours dit que c’était un plus pour moi d’être gay pour une raison simple. On doit apporter aux enfants des connaissances et ouvrir leur vision du monde, particulièrement en français. Alors, je me dis qu’avoir grandi en tant qu’homme gay m’a apporté une sensibilité plus grande aux questions d’intolérances et de discrimination.  

A ton échelle, comment essayes-tu d’agir pour lutter contre les LGBTphobies?  

Pour l’instant je n’ai proposé aucune action sur cette thématique. Mais je distille des figures emblématiques de la communauté LGBT dans mes cours. Je propose des cours où ces questions vont être forcément abordées (les correspondance de Rimbaud et Verlaine est vraiment un beau support pour aborder ces thèmatiques). A ce moment là, je réponds aux questions des élèves. Et ils en ont des très simples. L’homosexualité est-elle un choix ? Devient-on homosexuel ? Depuis quand existent-ils ? Est-ce que ça s’attrape ? Est-ce qu’on peut être bi ? Qu’est-ce qu’un drag-queen ? Un travesti, un transgenre est-ce que c’est pareil ? je ne fais pas de la « propagande LGBT », mais j’approfondis plutôt certains sujets. Je leur explique que l’homosexualité n’est pas une mode qui vient tout juste de débarquer et qu’au contraire, depuis l’aube des temps il y a toujours eu des homosexuels, plus ou moins acceptés selon la région et l’époque. Et ils y sont plutôt sensibles. 

-Est-ce que ça vous est déjà arrivé d’aider un élève victimes de LGBTphobie? 

Bien entendu. Le fait est que je ne tolère aucune insulte en classe et surtout pas « pédé » et j’interviens aussi dès que je sens qu’un élève se fait persécuter parce qu’il « fait » gay. Parce que le plus gros problème pour un gamin c’est de « faire gay ». Au collège, tout n’est question que d’image, et celle « du gay » peut-être difficile à porter. Les « beurks », qu’on entend lorsqu’on parle de gays, de lesbiennes, de trans… c’est parce qu’ils ne savent rien. Et c’est pour ça qu’il faut agir et, surtout, pardonner ces gamins. Ce sont des adultes en construction, ils ne connaissent rien et c’est pour ça qu’ils ont une réaction aussi phobique. Je pense que c’est en combattant l’ignorance qu’on se débarrassera de l’homophobie. 

Qu’est-ce que l’Education Nationale devrait faire de plus sur ces questions selon toi? 

Accorder une place plus importante à cette question. Une place obligatoire en fait. Je construis mes cours moi-même et c’est moi qui décide d’étudier la question de l’homosexualité à travers mes cours de français, c’est de mon fait, mais rien ne m’y oblige. Je ne dis pas forcément de faire une séquence sur l’homosexualité, mais au moins que le mot apparaisse dans un manuel. 

As-tu toi-même souffert d’homophobie quand tu étais élève ? 

Durant ma scolarité, je dois dire que la partie la plus difficile a été celle du collège. Je ne savais pas vraiment encore moi-même que j’étais gay et je me rappellerai toujours cependant des remarques de certains camarades de quatrième. Lorsqu’il était fait mention du mot « homosexuel » ou parfois juste du préfixe « homo », on se tournait vers moi en me pointant du doigt. J’avais un peu de mal à comprendre pourquoi, mais j’ai compris que je devais parfois être maniéré ou juste « faire gay ». Au cours de ma scolarité, je pense qu’on ne parlait pas assez de l’homosexualité. L’insulte « pédé » était rarement réprimandée et c’est vrai que c’était un sujet que les professeurs n’abordaient pas spécialement. 

Tu dis ne pas parler de ta propre homosexualité à tes élèves. Pourtant, ne penses-tu  pas que ça pourrait aider certains gays à s’accepter ? N’est-ce pas un devoir de s’assumer? 

Je suis complètement d’accord. Je crains juste ne pas être encore assez courageux pour ça. Certains ont peu d’ouverture d’esprit à la maison, l’homophobie est souvent monnaie commune dans certains foyers. Alors, est-ce un devoir de s’assumer ? Je dirais que oui, mais je nuancerais. C’est un devoir qu’on a envers soi-même. Ma position fait qu’effectivement cela pourrait aider mes élèves, mais mon devoir en tant que professeur est de leur délivrer un enseignement varié et riche en diversités. Après, je sais que mes élèves connaissent de moi ma grande ouverture d’esprit et certains ont même compris que j’étais gay, sans même avoir eu besoin d’en parler.  

Depuis que tu enseignes, as-tu vu une évolution sur le regard portés sur les LGBT par vos élèves? 

A chaque génération, les remarques sont moins négatives. J’ai remarqué que lorsqu’une insulte à caractère LGBTphobe est lancée, les élèves se réprimandent entre eux. Certains sont persuadés que le mariage pour tous a toujours existé. 2013, pour un enfant né en 2004, c’est tellement loin. Alors je ne dis pas que l’homophobie disparaît avec le temps, mais les élèves sont plus ouverts d’esprits depuis le Mariage pour Tous.  

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