Dossier seniors LGBT – Joseph Agostini, PsyGay : « Beaucoup de seniors gays vivent la chanson d’Aznavour : « Comme ils disent ». »

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Dans le nouveau numéro de Garçon Magazine, nous avons  consacré un dossier entier au vieillir gay. Que ce soit à travers le prisme du logement ou de la sexualité, nous avons rencontré des engagés qui se battent contre l’âgisme et contre un monde hétéronormé qui fait comme s’ils n’existaient pas. En guise d’introduction, nous avons interrogé Joseph Agostini, membre de l’association PsyGay. Le psychologue connaît bien les problématiques liées à la communauté LGBT et, notamment, celles des seniors. Pour nous, il revient sur les spécificités de cette population, et pourquoi il convient d’agir…

Par Gregory Ardois-Remaud

 

Quand on parle avec un public, peu au fait de la communauté LGBT, ils ne comprennent pas ce que ça change d’être un senior LGBT. Pouvez-vous en rappeler les spécificités ?
Les seniors gays d’aujourd’hui ont vécu leur sexualité à une autre époque. Ils sont de la génération «pissotière et porte cochère » où l’homosexualité était classifiée comme maladie mentale et où l’idée d’avoir une vie amoureuse était, bien souvent, purement et simplement proscrite. Voilà pourquoi beaucoup ont été mariés avec une personne du sexe opposé et ont, parfois, même eu des enfants. Ils ont intégré cette homophobie qui a déteint sur leur manière de se représenter eux-mêmes. Par conséquent, l’homophobie du monde extérieur vient les frapper d’autant plus durement qu’ils se sentent désarmés. Ils ont vécu parfois dans le secret toute leur vie. Comment alors en parler, une fois âgé, quand l’environnement y est hostile ?

Dans la communauté gay, elle-même, il y a une certaine discrimination vis-à-vis des plus âgés…

Tout à fait ! Chez les gays, il y a une si grande peur du vieillissement qu’elle conduit parfois à un rejet pur et simple des seniors. Le corps affaibli ou abîmé est rebutant. Combien de profils, sur les applications ou les sites, font apparaître « pas plus de 50 » ou «vieux non merci » ? Cela renforce bien évidemment la dépression des seniors LGBT, pris au piège de cette course à la consommation sexuelle, mais soudain incapables de répondre aux critères pour y entrer.

Quelles sont les angoisses que vos patients vous expriment quand ils viennent vous voir ?
Évidemment, beaucoup de seniors gays vivent la chanson d’Aznavour : Comme ils disent. La sexualité ayant été taboue dans leur cercle familial, et parfois même amical, ils se retrouvent souvent esseulés arrivés au grand âge.

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