NAJOUA BELYZEL NOUS RACONTE SON PROCHAIN ALBUM !

ENTRETIEN

Najoua Belyzel est de retour avec un nouveau single, “Cheveux aux vents”. Nous l’avons rencontré !

Interview réalisée par Rémi BERGER pour Garçon Magazine.

 » Cheveux aux vents » est le premier extrait de ton troisième album après 10 ans d’absence. Peux-tu nous raconter comment est né ce titre ?

“Cheveux aux vents” est une chanson que j’ai écrite en 2012 et dont le son et la musicalité ont été retravaillés depuis. En fait, je marchais dans la rue, j’avais le soleil dans le dos, mon ombre devant moi, et je me voyais essayer de la rattraper en marchant rapidement.

Toute une histoire m’est alors venue d’une personne qui court après une autre par amour et qui n’arrive jamais à la rattraper. 

De là il y eut tout un cheminement puisque ce soir-là j’avais regardé Orphée de Jean Cocteau et cela m’a beaucoup inspiré. “Cheveux aux vents, libre comme l’air”, j’avais toujours cette idée-là de quelqu’un qui est à la poursuite de quelqu’un d’autre et en regardant ce film qui parle du suicide poétique, j’ai réussi à aboutir à mon histoire qui était donc la liberté d’aimer jusqu’à en mourir.

Voilà pour la profondeur du sens. Après j’ai voulu revenir avec ce titre car je voulais revenir avec une chanson “dansante”, qui correspondait tout à fait à l’esprit de mon album, c’est-à-dire une dualité entre la musique et des textes forts et sur lesquels on n’a pas forcément envie de danser.

Notre pari avec mon équipe, c’était, à l’instar de Stromae ou de Brel, de faire danser sur des thèmes lourds de sens. 

“Je veux donner de l’espoir et de l’amour”

C’est vrai que lorsqu’on écoute “Cheveux aux vents”, on ne pense pas du tout que c’est le suicide d’une femme. Le titre devait initialement s’appeler “Le saut de l’ange” mais je n’ai pas voulu qu’on fasse un raccourci avec “Gabriel”, l’ange Gabriel.

On a même mis de la flûte de pan pour faire un hymne à la liberté et à l’amour tout en gardant cette espèce de double sens, cela reste doux, et surtout cela parle d’amour. 

Inspirée par un suicide proche de toi peut-être ? 

En fait non, pas du tout. J’ai jamais connu quelqu’un qui s’est suicidé par amour mais c’est quelque chose que je respire beaucoup dans les romans que je lis. Même si c’est terrible, je trouve que le suicide poétique est quelque chose de beau. 

Tu chantes, « Que la vie soit folle d’amour ». C’est ainsi que tu appréhendes les choses ? 

Ce n’est pas évident mais c’est ce que je m’exerce à faire. Tu vois, les thèmes que j’aborde, je ne peux pas en faire abstraction. On ne peut pas juste faire comme si cela n’existait pas. Au quotidien, on vit avec ça, il n’y a qu’à voir les attentats, les viols, les meurtres, il y a toujours des choses comme ça.

Par exemple, la chanson “Le Fléau” que j’avais interprétée au Pan Piper (ndlr : concert du 01/11/2018), c’est tout à fait cela. Cette chanson, je l’avais écrite une semaine avant ce qui s’était passé au Bataclan et pour moi cela a été terrible, comme si j’avais eu une sorte de prémonition. Cela m’a fait très mal.

Je ne voulais pas la mettre dans l’album, mais ce titre coécrit avec Christophe Casanave est un très bel hymne. Restons ensemble, à l’unisson et faisons bloc à tout ça. Je veux donner de l’espoir et de l’amour tout en dénonçant ce qui se passe, je suis obligée de le faire. C’est un droit. C’est un devoir. 

Tu parles de folie. Dans tes amours aussi ? Dans ta musique ?

Oui à 100% ! Je suis avec une personne depuis des années. Je dirais même à 1000% en fait, car cette personne est folle d’amour aussi et vit la vie à fond. Je suis vraiment chanceuse. 

C’est aussi pour cela que je me suis “permis” de prendre du temps pour faire les choses car quand on fait trop de choses à la fois c’est comme si on ne faisait rien du tout.

Lorsque j’ai enfin signé l’an dernier avec un nouveau label pour pouvoir finaliser ce troisième album que j’ai reporté maintes fois, ça m’a fait un bien fou de me baigner à nouveau dans mes chansons et dans ma musique. 

Sur “Le fléau” tu as sollicité tes fans. Peux-tu nous dire combien de personnes ont participé à ce projet ?

Le résultat est incroyable ! Cela m’a donné des frissons. Tu sais, artistiquement, on a toujours tendance à vouloir s’écouter mais là ma voix était complètement fondue dans une masse vocale. La chanson ne m’appartient plus, si toutefois elle m’a déjà appartenu. 

“J’ai le désir fou d’écrire un roman”

Je voulais partager avec mon public, fan ou non (je n’aime pas trop le mot “fan” car il n’est pas à la hauteur). Au final ce sont plus de cent personnes qui ont contribué à ce projet et soixante ont été retenues. Chut ! Une surprise attendra ces derniers. 

 

 

D’autres projets peut-être, autres que la musique ? 

Oui justement, revenir avec un nouveau label m’a ouvert les yeux sur mes autres projets, comme une sorte de regard plus profond sur moi-même, avec la certitude de savoir ce que je veux et ce que je ne veux pas. Parfois l’inspiration ne dure qu’une micro-seconde et il faut la chopper, prendre le mot, l’image et l’écrire. Après cette inspiration te taraude, te revient, t’empêche même de dormir et tu réalises que tu ne peux pas l’exprimer dans une chanson qui fait deux refrains et trois couplets. J’ai donc le désir fou d’écrire un roman. 

A ce sujet j’avais eu le plaisir de rencontrer Yves Simon (auteur de 27 romans, ndlr) avec qui nous sommes devenus amis. J’en suis venue à lui en parler, de cette envie et des peurs qui vont avec. Il m’a donné quelques conseils : avoir beaucoup de modestie et beaucoup d’orgueil. Forte de cela, j’ai pu y réfléchir et me poser. Avant, à l’époque de Gabriel lorsque j’avais à peine 24 ans, j’avais l’impression de ne pas être légitime pour cela, ni même légitime du succès de ce premier album, comme si j’avais volé la place à quelqu’un. 

Mais pourquoi ce sentiment alors que l’album reste encore aujourd’hui dans les mémoires ?

C’est quelque chose qui m’a vraiment torturé. Tu sais, je ne voulais vraiment pas être chanteuse, moi je voulais écrire, pour des artistes, car c’est l’écriture qui m’anime. 

Au tout début j’ai commencé à 19 ans en passant un casting sur un coup de tête pour le groupe Benoît alors que j’étais étudiante en droit. Je voulais juste m’amuser et j’ai quitté le groupe un peu plus tard car ça ne m’intéressait pas de chanter dans les boîtes de nuit. J’ai rencontré Christophe à ce moment-là et c’est lui qui a révélé la chanteuse qui dormait au fond des bois (rires). Je portais alors un costume jusqu’à ce que j’écrive ce que je ressentais et que ce soit véritablement ma musique, et devenir ainsi Najoua Belyzel. 

C’est aussi pour cela que je n’ai pas fait 15000 albums, pour ne pas tricher et offrir uniquement de la sincérité. Ecrire cela guérit les maux car on a tous un côté “schizophrène” et je sais l’impact que nos chansons ont sur les gens et que cela peut les guérir aussi. 

As-tu déjà eu des retours sur les maux que tu as pu guérir avec ta musique ? 

Oui, avec le titre “Docteur Gel” par exemple. J’ai été très touchée car c’est mon histoire, et je sais que des jeunes filles grâce à ce titre ont été dénoncer leurs prédateurs, leurs porcs. Les retours que j’en avais eu me faisaient froid dans le dos mais d’un autre côté j’étais soulagée que cela ait été utile. 

Quelque part je n’ai finalement pas fait de droit mais j’arrive à défendre des causes néanmoins. Un autre exemple avec le titre “Que sont-ils devenus ?”. Pour l’anecdote je rentrais de vacances, je vois une affiche d’un petit garçon qui avait disparu. Un peu plus loin, une autre affiche d’un autre enfant. Cela m’a bouffé jusqu’à ce que j’écrive dessus et que Christophe pose une mélodie. Mais après ? Quel impact ?

Eh bien j’ai démarché l’association “116000 enfants disparus”  pour soutenir cette cause. Tu imagines ? Et je n’étais même pas encore maman…

Tes anges et le public attendent impatiemment ton troisième album. Un mot là dessus ? 

Cela me touche énormément et ça me rassure aussi. On ne fait pas les choses pour rien si cela fait du bien au gens. 

Sur ce troisième album justement, le deuxième single à venir sera “Tu m’laisses aller”, bien qu’un peu plus légère, elle sera aussi également forte de sens. Nous tournerons bientôt le clip. 

J’espère que les gens seront happés par la musique (sans forcément écouter les paroles pour commencer) et après réaliser qu’on peut danser sur le viol, sur la mort, car l’album se veut rempli de lumière et d’espoir. 

Est-un album que tu vas défendre en concert ?  

Je n’ai pas encore de date à t’annoncer mais il y aura un showcase pour commencer.

C’est ce qui m’a le plus manqué, les concerts et ça…c’est clairement en haut de la liste. D’ailleurs Rémi, on pourra se revoir pour en parler lorsque tout cela sera plus avancé. 

“Un est égal à un”

Pour terminer, quelques mots pour nos lecteurs ?

Aimez-vous les uns les autres ? Non je sais c’est super bateau mais c’est la vérité. Je dis toujours que 1 est égal à 1. Il faut s’aimer, vivre à 1000% comme on se l’est dit. J’espère avoir l’occasion de rencontrer les lecteurs de Garçon Magazine lors des concerts. 

Toujours aimer son prochain aussi même si je suis certaine qu’ils le savent car vous êtes très exposés. 

“Vive l’amour, je t’aime fort”

Remerciements : Najoua Belyzel, Julien Piraud (www.multimediaxe.fr) et Mickael Mouilleron (www.warrior-prod.com).

Déjà disponibles : maxi single “Cheveux aux vents” en 45 tours picture disc (avec en face B le titre “Que sont-ils devenus”) et support maxi 45 tours/CD incluant des remixes (Mico C. notamment)

A paraître le 15/03/2019 : album “De la lune au soleil”