Dossier Chemsex – Stéphan Vernhes (Spot Beaumarchais) : « Selon moi, on n’est peut-être pas encore au pic du phénomène chemsex mais le tabou est brisé »

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En 2016, l’association Aides ouvre le Spot Beaumarchais, un nouveau lieu de santé sexuelle. L’idée est de proposer différentes actions pour les HSH [Hommes ayant des rapports avec des hommes], notamment sur la thématique du chemsex. Responsable du lieu, Stéphan, propose notamment des temps de parole aux consommateurs mais aussi à ceux qui souhaitent arrêter. Pour nous, il dresse le constat de cette tendance.

Propos recueillis par Gregory Ardois-Remaud

Le Spot a ouvert en mai 2016. Quel est ton constat vis-à-vis du chemsex depuis cette période ?
Il y a plusieurs constats. Selon moi, on n’est pas encore au pic du phénomène chemsex, mais le tabou est brisé. Ensuite, ce dont on s’est aperçu, quand on a commencé à faire des actions sur cette pratique en individuel ou en groupe, c’est qu’il fallait vraiment revenir à la base de la réduction des risques. Quand on prend du GBL, du GHB, il faut savoir comment le consommer. Par exemple, nombreux ne savent pas qu’on ne les mélange pas avec de l’alcool, c’est la règle de base, comme pour l’association Viagra/poppers. Pour les drogues en injection, c’est pareil. il y a des règles à suivre pour en réduire les risques. Il y avait une véritable ignorance là-dessus. En France, on a aussi une particularité : les Français utilisent beaucoup de drogues de synthèse, moins utilisées dans d’autres pays, à cause des réseaux. Elles s’achètent sur Internet, sont peu chères, et ont un effet addictif très fort. La plus connue étant la 3MMC.

 

Quel est le profil des consommateurs que vous recevez ici ?
Le profil type est quelqu’un qui a commencé à consommer une fois par mois, puis deux fois par mois, puis trois, quatre… Il rentre dans un circuit où, en consommant tout le week-end, il coupe le lien social avec ses amis proches et sa famille. Le jour où ça ne va plus, où il comprend qu’il perd pied et n’arrive plus à aller au travail, il devient dépressif, anxieux, paranoïaque… Là, il est obligé de couper avec ses plans cul et ses applis. Quand il se retourne, il n’y a plus personne. Il a arrêté d’aller au cinéma, de faire des brunchs, du sport, et se retrouve isolé.

On veut créer un lieu où des personnes puissent venir et se retrouver dans un espace sans jugement ni stigmatisation, car la communauté stigmatise beaucoup, malheureusement.

Quel est le but de vos actions ?

Créer un lieu où des personnes puissent venir et se retrouver dans un espace sans jugement ni stigmatisation, car la communauté stigmatise beaucoup, malheureusement. Souvent, avec le chemsex, il existe une injonction à la performance, à coucher toujours plus. Dans les films de cul, ce sont des mecs de 30 ans super-bien gaulés et, pour eux, il leur faut ça pour être performant… Pour beaucoup, ce sont des garçons qui consomment parce qu’ils s’ennuient ou qu’ils sont seuls, le chemsex devient alors une échappatoire, une bulle pour oublier ça. La communauté est très dure. Ceux qui ont fait leur coming out, auprès de leur famille ou de leurs amis, et ont été rejetés pensent arriver dans une communauté gay où ils vont être compris et acceptés et, souvent, ils sont encore trop jugés : trop gros, trop gay, trop « PrEPpeur»… Et sur les applis, les jugements et la violence sont très dures à supporter […]

Retrouvez la suite de l’entretien et notre dossier consacré au chemsex dans le nouveau numéro de Garçon Magazine disponible chez votre marchand de journaux.

Vous avez besoin d’aide pour vous ou vos proches ? Contactez le numéro d’urgence Whatsapp d’Aides : 07 62 93 22 29