EXCLU- Karine Le Marchand : « La première manifestation à laquelle j’ai emmené ma fille, c’était celle du Mariage pour tous »

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Il n’est pas forcément simple de cerner la personnalité de celle qui est pourtant devenue une animatrice télé incontournable depuis son arrivée aux « Maternelles », sur France 5, en 2004. Dans les yeux de cette Nancéenne d’origine, il y a bien sûr ce rire que les téléspectateurs de M6 connaissent si bien, une bienveillance également, mais il y a aussi la ténacité et l’engagement. À tout juste 50 ans, l’animatrice à succès de « L’Amour est dans le pré » continue de multiplier les facettes, quitte à se confronter à la critique facile de la bien-pensance quand elle sort de la case qu’on lui a assigné. Rencontre avec une figure populaire, passionnée et sereine.

Propos recueillis par Grégory Ardois-Remaud

 

(c) Rachid Bellak / M6

 

Quand on regarde votre parcours télévisuel, il y a deux points communs qui ressortent de l’ensemble des programmes que vous avez présentés ou que vous présentez encore : c’est la confidence et l’humain. Qu’est-ce qui vous attire dans ces deux sujets ?
Je crois que je fais ces émissions pour aller vers les autres et les connaître dans leur réalité. Cela passe par leurs parcours…

Vous auriez pu devenir psy, non ?
[Rires] Non, je ne pense pas ! La formation formate. Et, quand on est psy, on doit se mettre à distance pour écouter l’autre et le faire avancer. Moi, je suis dans le transfert à mort, je serais donc un très mauvais psy [rires] !

À l’occasion du lancement de la 13e saison de « L’Amour est dans le pré », en août dernier, vous avez déclaré au Parisien être « depuis la première saison, une militante de la cause gay ». Pourquoi, a-t-il fallu alors attendre la 11e saison de l’émission avant d’y voir un candidat gay ?
Dans le monde agricole, la plupart des homosexuels ne disent pas qu’ils le sont. C’est encore difficile de l’avouer dans un milieu comme celui de l’agriculture. Plusieurs fois, nous avons eu des agriculteurs homosexuels qui ont voulu faire l’émission pour montrer à leurs proches qu’ils étaient hétéros et avoir la paix. Elles n’ont pas été retenues car la sincérité est primordiale dans ce programme. Nous ne voulions pas leurrer les prétendantes. C’est arrivé et ça a posé questions… Il fallait donc des candidats gays qui avaient déjà fait leur coming out auprès de leurs parents, de leur village. C’est finalement assez rare. Nous n’avons pas, encore aujourd’hui, beaucoup de candidats.

 

Plus on montrera deux hommes qui ont envie de s’aimer comme un non-événement, plus on gagnera la partie

 

On a dit que vous aviez ce souhait personnel d’avoir un candidat gay. Pourquoi ?
Je crois que la télévision a une mission et qu’elle peut faire évoluer la réflexion. C’est de cette manière que l’on va normaliser le regard que la société porte sur les gays. C’est la force d’une émission grand public, regardée par tout le monde, en famille, et qui fait des records d’audience. Je crois que c’est elle qui pouvait s’en emparer avec subtilité.

Justement, en quoi la participation de Thomas, cette année, a pu faire évoluer la réflexion sur l’homosexualité ?
Pour la première fois, dans une émission, on a parlé d’un homosexuel qui recherchait l’amour. On ne l’a pas présenté comme le gay de service. On est sorti des clichés que les gens, qui ne connaissent pas, peuvent avoir en tête. Il cherchait l’amour comme les autres. Et pour moi, c’est une vraie victoire. Dans l’émission, on n’a pas parlé de sa sexualité. Plus on montrera deux hommes qui ont envie de s’aimer comme un non-événement, plus on gagnera la partie. Par exemple, je suis très heureuse parce que je ne pense pas qu’on voit en moi une noire. Quelle victoire ! Moi, je trouve ça hallucinant que l’on pose des questions sur sa sexualité à un homo, qu’on le réduise à ça.

Quel bilan tirez-vous de la participation de Thomas à cette saison de « L’Amour est dans le pré » ?

Ce qui est certain, c’est que Thomas est très heureux d’y avoir participé et nous aussi. Il ne s’est pas senti caricaturé, par rapport à ce qu’il est, tout en ne voulant pas être perçu comme un porte-drapeau. Il a pu vivre sa quête d’amour comme s’il n’était pas filmé et est toujours resté lui-même.

 

Depuis bientôt 10 ans, l’animatrice de M6 présente « L’Amour est dans le pré » (c) M6

 

Vous vous en doutez, on va revenir sur la vive polémique qui a éclaté à deux reprises, en janvier et en juin dernier, suite à vos propos, que certains ont jugé homophobes, dans « L’Amour est dans le pré », puis dans Le Parisien. Avec le recul, Les regrettez-vous et n’était-ce pas maladroit ?

Il n’y a pas eu de vive polémique. Juste quelques articles sur Internet. Quand on fait une interview, le journaliste, ou le rédacteur en chef, garde ce qu’il veut et ce qui lui semble le plus « fort ». Il ne remet pas forcément les propos dans leur contexte ni leur globalité. J’avais répondu à ces questions-là de manière bien plus longue et, de manière générale, je ne regrette rien car je n’ai absolument rien dit de mal. Ça n’a été critiqué que par certaines personnes. Les réseaux sociaux se sont emparés du sujet pour en faire une polémique mais, au fond, j’ai été vite soutenue par Thomas, lui-même, puis par Urgence Homophobie. La première émission que j’ai produite s’intitulait « Les Tabous de… l’homosexualité » sur France 2 et, déjà dans « Les Maternelles » sur France 5, je défendais l’homoparentalité. Le questionnement de l’homophobie n’est tellement pas un sujet pour moi, que quand j’ai vu ce truc sortir, au début, ça m’a fait rire. Si un jour je dis que j’aime les hommes grands, vais-je avoir un « bad buzz » de l’association des hommes de petite taille ? À un moment donné, je me dis : «Que faut-il faire ? ne plus répondre ? » Franchement, j’ai beaucoup de gays autour de moi. Je suis très entouré d’homosexuels, pas tous très virils, et pas un ne m’a dit qu’il n’avait pas compris ce que je voulais dire. Beaucoup ne se reconnaissent pas dans les caricatures qu’on fait d’eux à la télévision et revendiquent juste le droit d’être transparents. C’est quand même fou de devoir se justifier toute sa vie sur sa sexualité et sur sa préférence sexuelle. Je crois que l’on aura gagné quand on aura plus à dire si on est gay ou pas, tout comme on ne demande pas, aux hétéros, leur position préférée.

 

Je trouve inadmissible que l’on doive quémander le droit à être parent, quelle que soit sa sexualité.

 

Les portraits de la prochaine saison de « L’Amour est dans le pré » seront bientôt diffusés. N’êtes vous pas lassée, après neuf années passées à la présenter  ?

J’adore rencontrer les gens ! leurs singularités, leurs parcours individuels et leurs histoires d’amour… Je suis donc comblée.

Y aura-t-il un candidat gay ? Bi ? Ou une candidate lesbienne ?

Il faudra regarder mon garçon [rires] ! On ne veut pas systématiser les choses. On ne cherche pas forcément un gay, mais des parcours intéressants.

Vous avez une fille de quinze ans. Si elle vous disait qu’elle était lesbienne, quelle serait votre réaction ?

On en a parlé plein de fois parce qu’on a, dans notre famille, une lesbienne qui est très proche de ma fille, et que c’est un non sujet chez nous. La première manifestation à laquelle j’ai emmené ma fille, c’était celle du Mariage pour tous.

Quel est votre regard sur la PMA et la GPA ?

Vous savez, j’ai eu beaucoup de mal à avoir ma fille. J’ai commencé un parcours de PMA pour finalement tomber enceinte naturellement. Je trouve inadmissible que l’on doive quémander le droit à être parent, quelle que soit sa sexualité. Quand je présentais « Les Maternelles », on a beaucoup pris parti pour l’homoparentalité et la GPA. Je crois qu’une émission de contenu, comme celle-ci, peut faire évoluer les mentalités, dès l’instant où elle se base sur des histoires personnelles. Le regard des gens changera si on stimule leur empathie. Je suis pour évidemment.

 

En 2014, l’animatrice dévoile une nouvelle corde à son arc en devenant membre de l’équipe des Grosses Têtes sur RTL (c) RTL

 

Revenons sur votre parcours. À 18 ans seulement, vous quittez votre région natale pour Paris. Dans quel but ?

Lors d’un week-end, je suis tombée amoureuse de Paris. J’y ai aimé cette liberté, ces gens qui se mélangent et cette non-hiérarchie sociale. Je trouvais que, parfois en province, c’était étouffant de ne se fréquenter qu’entre-soi. C’est toujours ce que j’ai cherché à éviter, et à fuir. Ce que je recherchais, en réalité, c’était cette liberté.

 

J’aime avancer, faire bouger les lignes et me remettre en question.

 

Vous vous êtes essayée au mannequinat, à la musique, avant d’être une animatrice à succès… Des métiers souvent adulés. Qu’est-ce qui vous guidait dans ces choix aussi divers ? La reconnaissance ?

Rien ne m’a jamais guidé car, en réalité, il y a eu beaucoup de hasards. La vie m’a toujours réservé des choses assez marrantes… Je suis devenue mannequin en accompagnant mon petit ami, de l’époque, qui voulait le devenir. Ils ne l’ont pas pris, lui, mais m’ont choisi moi. La musique, j’ai fait dix ans de conservatoire, j’ai donc suivi ma voie. Animatrice à succès, et bien qu’en fait je voulais faire de la radio, j’ai été prise à la télé par hasard. J’ai toujours su ce que je ne voulais pas faire mais jamais ce que je voulais faire. Après, la reconnaissance, sans doute qu’inconsciemment, je la recherchais. Pour avoir beaucoup travaillé là-dessus, je sais que les gens célèbres ont souvent un problème de reconnaissance, notamment paternelle. Sans doute qu’être « connue » se substitue à être « reconnue ».

Qu’est-ce qui vous mène dans votre vie aujourd’hui ?

J’aime avancer, faire bouger les lignes et me remettre en question. J’adore aller sur des terrains que je ne connais pas, me challenger et me mettre en danger.

Vous êtes, aujourd’hui, l’une des animatrices préférées des Français. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne l’explique pas… C’est comme si vous me demandiez pourquoi je suis aimée de mes amis… Je ne saurais pas quoi vous répondre. Pourvu que ça dure, surtout ! Parce que ça fait drôlement du bien d’être aimée [elle sourit]…

Vous avez peur que cela s’arrête ?

Non, parce que je pense que je le verrais venir, et que dans ce cas, je ferais autre chose. J’ai confiance en ma capacité de rebond. Si je commence à produire des émissions, c’est peut-être aussi pour passer la main, inconsciemment et petit à petit, même si je crois que ce n’est pas encore le moment.

Justement, que ferez-vous le jour où ça s’arrêtera ?

Je ferai autre chose, mais je crois que je ne m’arrêterai jamais de travailler car c’est le moteur de ma vie.

 

Crédit: Rachid Bellak / M6

 

Dans vos émissions, et notamment « L’Amour est dans le pré », vous parlez beaucoup d’amour. Qui est la Karine amoureuse ?

Un peu comme tout le monde je pense. J’ai envie de vous citer Colette: « Quand on est aimé on ne doute de rien, et quand on aime on doute de tout. » La difficulté est de savoir si l’on est amoureux de l’amour ou de la personne.

Dans vos émissions, vous êtes réputée pour votre naturel et vos blagues potaches et, depuis deux ans, vous êtes membre de l’équipe des «Grosses têtes ».Avec le temps, vous sentez-vous plus libre d’être vous dans votre entièreté ?

J’ai toujours été moi, mais c’est peut-être les producteurs qui, avant, me coupaient, car ils avaient peur de la réaction du public. Maintenant qu’ils comprennent que les téléspectateurs, ou les auditeurs, ont un humour potache, je pense qu’ils ne s’interdisent plus mon humour. En réalité, je n’ai jamais changé.

Et plus sereine ?

Oui, peut-être, depuis trois ans. « Une Ambition intime » a été un moment important pour moi. Concevoir quelque chose que je ne connaissais pas, réussir à convaincre ces hommes et ces femmes, de faire une émission exactement comme je l’entendais et qu’elle fonctionne, ça m’a fait beaucoup de bien. S’accomplir, c’est important dans la vie.

Il y a quelques années, vous avez publié l’essai Devenir heureux, ces épreuves qui font notre force. Êtes-vous une femme heureuse, aujourd’hui?

Oui. Je le suis vraiment. Je ne dis pas qu’il ne me manque rien du tout, mais je suis très heureuse [elle sourit]…

Que peut-on vous souhaiter de plus ?

Que ça continue en mieux, en plus grand, en plus fort.

Pour terminer, un petit mot pour nos lecteurs ?

Je pense que ce combat sera gagné quand on n’aura plus à se justifier d’avec qui on est, comment et pourquoi. Ces questions que l’on ne pose pas aux hétérosexuels. Ce serait bien, aussi, que l’on arrête de devoir prouver que l’on est un bon parent quand on est homo. Encore une question que l’on ne pose pas aux hétérosexuels. Le jour où ces questions ne se poseront plus, que l’on ne sera plus dans la culpabilité ou la crainte de faire mal, on aura gagné.

 

 

Crédit photo couverture : Sylvie Lancrenon / M6

 

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Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.