Dossier Chemsex – Dr Thomas L’Yavanc, addictologue : « N’importe qui, avec un emploi, peut se payer ces produits »

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Membre du personnel du 190 [Centre de santé sexuelle à Paris], il est régulièrement confronté à la problématique du chemsex. Dans le cadre de notre dossier spécial chemsex dans le nouveau Garçon Magazine, il en explique les causes et dresse les différents profils de consommateurs.

Ça fait plusieurs années que l’on entend parler du chemsex et de la dimension érotique de la drogue. Est-ce un mythe de dire que c’est récent ?
Le fait de prendre des produits dans un contexte sexuel, chez les gays, n’est pas récent. Mais que cela soit devenu aussi massif, oui, ça l’est. Lorsque l’on est dans certains réseaux, ou que l’on rencontre ses partenaires sur des applis, le chemsex est devenu quasiment systématique. Dans la communauté, les gens ont beaucoup changé de pratiques pour draguer… Est-ce que l’on va encore dans un bar pour faire des rencontres ? Beaucoup de patients disent que non. Ils vont directement sur les applis, et là, ils ont alors de très fortes chances d’être sollicité pour du chemsex.

Hormis les applis de rencontre, quelles sont les autres causes de l’explosion de ces pratiques ?
Il y a deux choses selon moi. Tout d’abord, le fait d’avoir une charge virale indétectable permet de ne plus être contaminant. Cela a permis une sexualité plus libre, avec plus de partenaires, moins de préservatifs… La deuxième chose, c’est que de nouvelles drogues moins chères sont arrivées. Faire du chemsex à la cocaïne, toutes les semaines, c’est vite compliqué au niveau budget ! Mais les drogues de synthèse, et le GHB, sont des produits très peu chers et faciles d’accès: on peut se fournir soit sur internet, soit par ses partenaires. Dans tous les cas, pas besoin de trouver un dealer dans la rue. Tout est livré à domicile, parfois même avec des tarifs promotionnels.

 

Nombre de consommateurs parlent d’une recherche de lâcher prise lors des rapports. Comment expliquer ce besoin ? Une difficulté à trouver un épanouissement sexuel ?
Oui, c’est vrai que les drogues permettent de lâcher prise. On voit beaucoup de gens qui ont un rythme de vie stressant, et même s’ils ont des plans cul réguliers et une sexualité qui se passe bien, ils prennent des produits de temps en temps pour se lâcher et avoir des pratiques qu’ils n’auraient pas habituellement. Dans le cas du fist, sans drogue, c’était réservé à des partenaires expérimentés, avec une sorte d’apprentissage, alors qu’avec les drogues c’est devenu plus accessible. Après, il y a beaucoup d’autres cas: des gens qui ont des soucis psychologiques, des angoisses, du stress, qui n’assument pas, voire ont honte de ce qu’ils font, de l’homophobie intériorisée. Prendre des drogues leur permet de ne plus réfléchir pendant le rapport. Au final, il y a beaucoup de raisons différentes de consommer.

Est-ce qu’il y a un profil type de consommateur ?
Non, il y a vraiment de tous les âges, du très jeune au très âgé. Tous les niveaux de revenus sont représentés du fait que les produits ne sont pas chers. N’importe qui, avec un emploi, peut se payer ces produits. Il y a des gens qui ont de plus gros revenus qui fournissent pour les autres, comme les plus vieux pour les plus jeunes, ceux qui se considèrent comme plus moches pour rencontrer des beaux mecs, il y a des couples comme des célibataires : pour les premiers, ça peut permettre de remettre du piment. Les consommations dans les couples peuvent vite devenir problématiques: quand l’un des deux devient accro, que chacun finit par faire des plans de son côté, le couple peut exploser. […]

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+ d’infos : le190.fr

 

Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.