Interview littéraire : Arthur Cahn, « Les Vacances du petit Renard »

"C'est intéressant de voir à quel point les applications de rencontre chamboulent complètement le rapport à l'autre"

Remportant le prix du roman gay 2018 en octobre dernier avec son premier ouvrage Les Vacances du petit Renard, ce trentenaire évoluant dans l’univers du cinéma est un auteur à suivre. Bousculant le poncif de la naissance de l’émoi amoureux à l’heure des applications de rencontre, au fil d’une écriture mêlant poésie et violence, l’ouvrage du jeune auteur, narrant les aventures de Paul, 14 ans, ne laisse pas insensible. Alors qu’il est en pleine préparation de son premier long-métrage avec Jérémie Elkaïm, Arthur Cahn a accepté de revenir sur ce roman à ne pas louper.

Propos recueillis par Grégory Ardois-Remaud

Peux-tu nous parler de Paul, ton personnage principal ?
Je dirais qu’il a peu accès à lui-même. Il écoute peu ou mal ses sentiments. Il a des œillères et est assez buté. Il regarde beaucoup de porno et a donc une vision assez brutale du sexe. Il est réellement déchiré entre deux aspects de sa personnalité, l’une romantique et l’autre, plus brute. Entre ces deux pôles, il ne se retrouve pas encore.

Au moment où tu as posé le point final de ton récit, qu’as-tu pensé raconter ?
Quelque chose de très intemporel. La naissance du sentiment et du plaisir est un poncif de la littérature et, en même temps, c’est très actuel, car renouvelé par l’intrusion d’Internet, des applications de rencontre et des réseaux sociaux. C’est intéressant de voir à quel point ils chamboulent totalement le rapport à l’autre, à la séduction et au fantasme. Les applis renversent la sociabilité : on couche puis on apprend à se connaître. Quand on est gay, ça chamboule doublement les repères. Le schéma hétérosexuel est donné aux enfants, donc en grandissant en tant qu’homosexuel on se rend compte que l’on échappe à ce schéma. Si c’est une liberté, c’est aussi une désorientation. On se fait ses propres repères et, avec Internet, on voit qu’il existe différentes façons d’envisager la séduction et l’amour.

 

Que change, cette expérience avec les applications, dans l’apprentissage amoureux de Paul ?
Au-delà de l’amour et du désir, il y apprend la désillusion et la tristesse. Malgré l’aspect dur et sulfureux du livre, c’est avant tout un garçon qui veut être aimé et qui ne prend pas le bon chemin.

Dans ton livre, le poncif de la découverte de l’homosexualité et du coming out n’est pas abordé. Une volonté de moderniser le récit, de montrer que la société avance ?
Ces récits sont vus et revus ! Souvent, ce n’est pas très intéressant car ça va coller au côté drame. Quand j’ai écrit ce livre, en 2017, ce n’était plus vraiment la question, tout du moins pas pour Paul qui évolue dans un milieu un peu bourgeois et assez ouvert. Je trouvais ça plutôt moderne que son homosexualité ne soit pas un sujet de tourmente pour lui. La question c’était plutôt comment subir une passion pour quelqu’un d’inaccessible […]

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Crédits photos : A Di Crollalanza

Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.