Interview : Marcel Campion est-il vraiment homophobe ?

La figure emblématique du monde forain français a défrayé la chronique suite à la diffusion d’une vidéo ou il tenait des propos dégradants et, en particulier, contre Bruno Julliard....

La figure emblématique du monde forain français a défrayé la chronique suite à la diffusion d’une vidéo ou il tenait des propos dégradants et, en particulier, contre Bruno Julliard. Nous avons donc voulu savoir ce qu’il pensait de tout ça en lui proposant un entretien sans complaisance mais dans l’esprit d’un droit de réponse sur toutes les accusations d’homophobie qui pèsent sur lui.

Propos recueillis par Christophe Soret

Marcel Campion, merci d’être dans les locaux de Garçon Magazine. Lors d’un déjeuner que vous avez organisé à La Chope des Puces [Saint-Ouen, 93] et où vous parliez de la Mairie de Paris, vous avez qualifié de « pervers […] les PD qui sont là ». Le terme « PD » est souvent utilisé comme insulte, aussi, que vouliez-vous dire exactement ? Regrettez-vous ces propos ? Et êtes-vous oui ou non, homophobe ?
En tout premier lieu, je ne suis pas homophobe, il faut me juger sur mes actes et non sur mes paroles. Il est évident que ce sont des mots que j’ai prononcés, bien sûr, mais dans un grand mouvement de colère contre la Mairie de Paris. Il est évident, également, que Bruno Julliard, premier adjoint à l’époque, et sa « communauté » ont décidé de stopper d’un coup les activités que l’on avait dans Paris, alors que d’un autre côté il apparaissait comme un défenseur de nos fêtes foraines. Par ailleurs quand je dis : « le PD », ce n’est pas une insulte dans ma bouche, je suis de la vieille école et on s’exprime comme ça, entre amis, y compris avec ceux qui sont gays. Mais c’est vrai que ce sont des termes qu’il ne faut plus utiliser, je vais donc faire très attention à ça maintenant.

Concernant Bruno Julliard, ancien premier adjoint, vous utilisez des mots qui sont quand même assez durs, vous dites qu’il est « de la jaquette, qu’il fait des folies avec Delanoë ». Vous dites que « Paris est gouverné par les homos », et que « les homos ont été amenés par Juliard ». Est-ce que tout ça n’est pas un peu réducteur, voire dégradant, par rapport à Julliard qui est, certes, gay et l’assume, mais qui est avant tout un homme politique ?
Il faut savoir que j’ai un petit café aux puces de Saint-Ouen, où je rencontre beaucoup d’amis qui vivent dans le XVIIIe arrondissement, et aussi beaucoup d’homos. Ce sont eux qui m’ont dit que Bruno Julliard était un fêtard et qu’il faisait souvent la fête avec Bertrand Delanoë. J’avais donc ça en tête. Si j’ai utilisé le mot « pervers » ce n’est pas gratuit ! J’avais bien un contact avec ce gars-là. je les ai aidés, à leur demande, pour la campagne municipale et, d’un coup, il a décidé de nous liquider. C’était lui l’adjoint en charge des fêtes foraines et de toutes les activités foraines. C’est donc normal que je me sois mis en colère. Mais cela ne s’arrête pas là, il a déclenché une véritable machine à broyer. J’ai même eu droit à des perquisitions très violentes qu’il a, par ses actions, plus ou moins organisées.

Vous comprenez bien que l’action de Julliard ne se définit pas à sa sexualité…
Bien sûr ! Mais lui ne s’en cachait pas, quand nous parlions gentiment ensemble, c’est lui qui disait toujours « ma communauté », moi je ne lui ai jamais parlé de « ma » communauté de forains. Je vois bien que mes paroles ont créé un malaise, mais je subissais une pression très forte de la part de ce Monsieur et de sa bande. D’ailleurs, cette fameuse vidéo, où l’on me voit parler, était à l’origine sans conséquence : elle avait été tournée lors d’une petite réunion avec une vingtaine d’amis. Elle ne cumulait que 200 vues. Et tout d’un coup, huit mois après, elle était visible par tout le monde. Le véritable but était de me démolir car j’avais réussi, avec l’association du monde festif, à avoir une autorisation pour refaire un marché de Noël. Comme cela contrecarrait ses plans, il a tout fait pour que cette vidéo devienne virale et que je passe pour un homophobe et que l’État nous supprime notre travail. Ce n’est que de la manipulation et il est redoutable à ce jeu-là !

Je rebondis sur ce que vous avez dit ce jour-là. Vous avez également enfoncé le clou en parlant de Tree, cette oeuvre de Paul McCarthy, un arbre de Noël en forme de plug anal, installé place Vendôme, vous n’y allez pas de main morte là non plus, vous parlez de « pervers », de « fion ».
À aucun moment, je ne l’ai attribuée aux homosexuels ou à leur communauté. J’organise des fêtes foraines, avec des enfants, depuis des années, et cette image m’a choquée. Je n’étais pas le seul et ce sont des associations de mères de famille qui l’ont fait retirer. J’y ai bien vu un objet sexuel, ce que l’artiste a reconnu, et j’ai trouvé cela déplacé pour la fête de Noël.

Intéressons-nous, un peu plus, à l’homme que vous êtes. Dans la même vidéo, vous parlez de votre amie Didine, une foraine lesbienne que vous dites avoir protégée. Avez-vous, dans votre vie, en dehors d’elle, participé à des événements et défendu la cause LGBT ?
Didine avait été chassée de chez elle, par son père, quand elle avait 18 ans, justement parce que sa famille avait découvert son homosexualité. Je l’ai donc accueilli et je lui ai donné un travail. Si certains forains l’embêtaient, je la défendais systématiquement. C’était il y a cinquante ans et les mentalités étaient différentes. Mais j’ai toujours défendu l’idée que chacun doit pouvoir faire ce qu’il veut de sa vie et de sa sexualité.

On l’a, en effet, interrogée, et elle a corroboré le fait que vous l’ayez prise sous votre aile et toujours défendue…
Ensuite j’étais un grand ami d’Yves Mourousi, avec qui j’ai bossé pendant une dizaine d’années. Tous ses copains étaient homos et ça ne m’a jamais posé le moindre problème. C’est grâce à cette proximité que cela m’a incité à aider Monsieur Bergé dans sa lutte contre le fléau du sida.

C’est à ce moment que vous vous êtes engagé pour le Sidaction ?
Oui. À la demande de Monsieur Bergé, j’ai organisé une collecte de fonds, dans toute la communauté foraine, même si ce n’était pas très évident. Les réticences étaient importantes mais j’ai fait de mon mieux. Nous avons réuni, tout de même, 3 millions de francs [environ 4,5 millions d’euros]. Depuis, la Foire du Trône et la Fête des Tuileries s’engagent chaque année, par une soirée caritative, en faveur d’une cause médicale.

Vous êtes un homme bienveillant, protecteur et paternaliste ? Pourquoi vous laissez-vous emporter, comme ça, avec de tels termes ?
C’est mon caractère. Je fonctionne à l’instinct. Je me suis senti trahi par Bruno Julliard. Je me suis donc exprimé dans des termes, qu’une fois de plus je regrette, sous le coup de la colère, en réaction à ce qui me semblait être une profonde injustice. Ne pas avoir les autorisations de la Mairie de Paris, c’était mettre 2 000 personnes au chômage. Mon univers s’effondrait et j’ai voulu le défendre avec trop de véhémence.

Existe-t-il une communauté LGBT, gay ou lesbienne, dans le monde forain ? Et sont-ce des choses dont on parle facilement ?
Maintenant oui, mais il y a des années ça n’était pas trop bien vu. Aujourd’hui, tout est devenu plus simple, même si on n’en parle pas vraiment. Les LGBT font partis des forains et on vit bien tous ensemble. Beaucoup de mes amis sont gays et je ferai toujours tout mon possible pour qu’ils soient parfaitement accueillis dans la communauté foraine.

Est-ce que Marcel Campion et les forains qui l’entourent pourraient participer à une journée de sensibilisation à la lutte contre l’homophobie ?
On l’a déjà fait et on est prêt à le refaire. Nous avions accueilli Didier Tell, du groupe Connection, qui avait organisé une journée LGBT. Les attractions étaient gratuites pour tous et les forains y avaient participé avec un grand plaisir. Il y a aussi la Journée Arc-en-ciel, à la Foire du Trône, une initiative d’un jeune forain que nous soutenons tous.

Vous avez déjà présenté vos excuses. Est-ce quelque chose que vous pouvez refaire avec nous ?
Oui. Je l’ai déjà fait mais, une fois de plus, si j’ai choqué des gens je m’en excuse. Je ne veux choquer personne et surtout pas la communauté LGBT. Les manipulations de Julliard m’ont mis hors de moi. La perversité est bien de son côté et pas de la mienne ! Je suis un homme sanguin mais je suis surtout respectueux des libertés de chacun.

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