Interview littéraire : Abdellah Taïa, auteur de « La Vie lente »

"La littérature, c’est prendre la chair de la vie et la mettre dans les mots, le sperme, le sang, la sueur… presque « brut »"

Avec son douzième ouvrage La Vie lente [éd. du Seuil], l’auteur de 45 ans mûrit encore davantage sa plume pour questionner la place que l’on fait à l’autre, et donc à soi. Violente et amoureuse, l’écriture de celui qui reçut le Prix de Flore en 2010 pour Le Jour du roi se fait sans concession contre une société tendant à l’autodestruction. Rencontre percutante.

Propos recueillis par Grégory ARDOIS-REMAUD

C’est votre douzième roman, qu’avez-vous voulu raconter avec celui-ci ?
Plus j’écris, plus j’ai l’impression que je creuse un peu plus loin dans les profondeurs des thèmes que je traite depuis le départ. Ici, le point de départ était assez politique, et comme une conséquence de ce qu’il se passe en France depuis 2015 : les attentats, le terrorisme, et comment ils affectent nos vies à tous, que nous soyons des Français blancs ou d’origine africaine, arabe, musulmane… Nous poussant à nous crisper dans notre petite définition identitaire au lieu de créer une forme de compréhension et d’aide. Il y a moins d’écoute entre les gens, ce qui amène à des confrontations, des clashs, qui peuvent aller très loin. Je voulais faire un livre sur l’exclusion, pas seulement celle du marocain homosexuel à Paris, mais aussi d’autres couches de la société française qu’on ne voit pas.

C’est un livre très sociétal. Mais que raconte-t-il de vous ?
Quand on découvre que l’on est gay, tout petit, très vite on se rend compte que pour le monde, on n’existe pas. Pour pouvoir un peu exister, il faut entrer dans la non-existence. Je croyais que faire des études, écrire des livres et être intelligent socialement, pouvait aider à résoudre ce passé de non-existence, or il n’en est rien, je n’ai rien résolu. La politique pousse certains êtres dans l’exclusion, la folie et la non-existence.

Pourquoi ce titre « La Vie lente », assez paradoxal par rapport à la violence de l’ouvrage.
La violence, ce n’est pas seulement quelqu’un qui vous plante un couteau dans le ventre ou des bombes à Kaboul ou Bagdad. La violence, c’est comment les êtres humains sont enfermés dans des schémas de société. C’est vrai qu’il y a un contraste saisissant entre l’espoir du titre et les confrontations en permanence, et la scission chez ces personnages. Néanmoins, malgré tous ces personnages poussés vers la violence, il y a parfois de l’amour qui arrive […]

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Grégory Ardois-Remaud

Nantais d’origine, le jeune journaliste est un passionné avant tout qui aime s’évader dans le jardinage ou la littérature. Son talent caché ? Il connaît la bio de Louis de Funès sur le bout des doigts.

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