LGBT EN TUNISIE : Huit ans après la révolution, toujours au même point !

INTERNATIONAL

Tous les pays ne sont pas bien lotis en termes de droits LGBT, à l’instar de la Tunisie. Selon Mounir Baatour, président de l’association Shams, il n’y a actuellement aucune volonté politique de combattre l’homophobie. En effet, huit ans après la révolution tunisienne, les libertés individuelles ne sont toujours pas acquises par ce peuple qui rêve d’égalité et de dignité. Il nous livre son regard sur la situation… 

Propos retranscrits par Victorien Biet 

L’homosexualité, comme tant d’autres sujets toujours considérés comme « tabous » ne sont ni abordés ni même défendus par les politiciens. Être homosexuel est toujours puni par l’article 230 du Code pénal tunisien, héritage colonial depuis 1913, et tout homosexuel encourt jusqu’à trois ans de prison ferme. 

Cette sanction est, en réalité, une forme de condamnation à la réclusion à perpétuité, tenant compte du fait que la prison ne change en rien l’orientation sexuelle d’un individu. D’ailleurs, plusieurs, parmi ceux précédemment jugés pour homosexualité, ont été arrêtés à d’autres reprises au même motif. 

De nombreux pays et organisations internationales ont considéré l’article 230 du Code pénal tunisien comme rétrograde et contraire aux droits de l’homme. Cependant, les politiciens tunisiens font malgré tout la sourde oreille et les condamnations au nom dudit article se poursuivent. Plus grave, ces mêmes politiciens, et peu importe leur obédience politique, présentent une position hostile au sujet de l’abrogation de cet article. 

De nombreux pays et organisations internationales ont considéré l’article 230 du Code pénal tunisien comme rétrograde et contraire aux droits de l’homme 

On citera, comme exemple, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre [PDL], hostile aux islamistes. Interrogée au sujet de l’ar- ticle 230, en août dernier, elle avait affirmé son soutien au maintien dudit article, et avait considéré le sujet comme indiscutable. Elle semblait avoir oublié son passé d’agent du régime répressif de l’ancien dictateur Ben Ali. 

Borhen Bsaies, chargé du dossier politique du parti au pouvoir, Nidaa Tounes, avait exprimé son homophobie lors d’une interview télé- visée. Cette déclaration a été nuancée dans une autre interview dans laquelle il a affirmé que l’article 230 ne serait pas abrogé tant que le peuple ne le demanderait pas. À l’entendre, on pourrait croire que toutes les lois liberticides tunisiennes ont été abrogées suite à des demandes du peuple. Non ! Ni la polygamie, la répudiation de la femme ou l’esclavage, n’ont nécessité la mobilisation du peuple pour leur abrogation. Une loi contraire aux droits de l’homme et des libertés individuelles doit nécessairement, et logiquement, disparaître. 

En l’absence de politiciens audacieux, la communauté LGBTQ tunisienne demeure victime d’agressions, d’arrestations et d’emprison- nements. La situation demande des mesures sérieuses et impératives pour lutter contre ces attitudes homophobes et lâches menées par, en premier lieu, le gouvernement tunisien, puis par les politiciens de tout bord [en dehors, curieusement, des islamistes du parti Ennahdha]. Le débat est là ! Il ne manque donc plus que le courage et la détermination pour l’aborder. 

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