Covid-19 : une tribune poignante contre l’homophobie

Les violences envers la population homosexuelle à l’intérieur de leur propre famille ont redoublé durant cette période de confinement. Les lignes d’écoute des minorités LGBT notamment mises en place...

Les violences envers la population homosexuelle à l’intérieur de leur propre famille ont redoublé durant cette période de confinement. Les lignes d’écoute des minorités LGBT notamment mises en place par SOS Homophobie et l’ENIPSE, n’ont pu que constater cette recrudescence.

Chaque jour, de jeunes garçons et filles en détresse rejoignent les centres d’accueil, poussés dehors par leurs propres parents, souvent sujets à des représailles verbales, quand elles ne sont pas physiques, au moment où ils sont pris en flagrant délit d’homosexualité.  Avec les réseaux sociaux et les applications de rencontres, certains parents homophobes ont parfois écho de l’orientation sexuelle de leur enfant sans même que celui-ci ait eu le temps d’élaborer un coming out.

Ce moment de révélation de soi peut être fécond, riche d’un partage entre le jeune et sa famille, à condition que la dignité des uns et des autres soit prise en compte. Or, la délation va bon train dans cette période de grande proximité familiale, où l’atmosphère de confinement est trop souvent propice à des éclats de voix et des dévoilements d’intimité, qui n’auraient pas eu cours en temps normal.

L’effraction psychique atteint son acmé quand le passage aux « aveux » se fait dans la suspicion, la condamnation, le sentiment d’être « grillé », « plombé » ou même « déjà mort », tant parler d’homosexualité à ses proches reste parfois, purement et simplement impensable.

 Ces scènes de déchaînement haineux, souvent recouvertes d’une immunité culturelle (les proches de la victime comprennent la réaction des parents et « auraient fait la même chose à leur place »), ont lieu en France, pays des droits de l’Homme et du citoyen, en 2020.

Le 24 avril, le gouvernement a annoncé un plan d’aide, visant à accorder 300 000 euros d’aide aux structures d’accueil LGBT pour faire face à la montée de cette intolérance ordinaire. Mais cela ne suffira pas à empêcher la banalisation de ces crimes. Car il s’agit, en effet, de crimes, exactement de la même étoffe scandaleuse que les violences conjugales.  

Depuis vingt-quatre ans, l’association nationale Psygay combat l’homophobie sous ses formes les plus variées, les plus insidieuses. Regroupant des psychothérapeutes de toute obédience, elle vise à accueillir inconditionnellement la parole des minorités sexuelles.

Cette parole est parfois est mise à mal au sein des lieux de soins eux-mêmes, par des psychologues et psychiatres hétérocentrés, un vieil Œdipe dans la tête, ne jurant que par des schémas familiaux surannés, sans aucune place pour l’inventivité clinique. Freud disait pourtant à l’envi combien l’hétérosexualité et l’homosexualité se distinguaient juste par un choix d’objet, n’induisaient pas de hiérarchie particulière sur l’échelle du pulsionnel.

Qu’aurait-il pensé de ce tollé moralisateur encore en vigueur à notre époque, lui qui pointait déjà la vacuité de la bonne bourgeoisie viennoise du début du siècle ?

L’homophobie en milieu scolaire

Il faut redire combien l’ensemble de la société, et en particulier des soignants, porte une responsabilité dans cette homophobie galopante. Il serait trop simple de faire porter toute la culpabilité aux familles. Recevoir des parents inquiets pour leur enfant « différent » et leur répondre qu’il ou elle a un problème d' »identification », c’est cautionner la norme invitant à choisir l’hétérosexualité.

C’est aussi, par ricochet, laisser sous-entendre à ces mêmes parents qu’il y a une « inquiétante étrangeté » chez leur progéniture. On sait combien ces insinuations peuvent mener au mépris, à la honte sociale, à l’indifférence, et en dernier recours, à l’opprobre et à la violence agie. On le sait mais beaucoup de praticiens s’échinent à conserver ce référentiel de valeurs théoriques, dans l’ignorance totale du calvaire enduré par leurs jeunes patients.   

 Il y a quelques mois, l’association Psygay dénoncé les thérapies de conversion sévissant dans de nombreuses associations, religieuses pour la plupart. Ces thérapies proposent ni plus ni moins à des personnes de « guérir » de leur homosexualité !

Aujourd’hui, les désastres psychologiques provoqués par le confinement nous montrent la nécessité absolue d’alerter l’opinion sur la manière dont sont maltraités les jeunes gays, lesbiens, bis et trans, au sein de leur première communauté d’appartenance : leur propre famille.

 Psychologue, psychanalyste, membre de Psygay, j’accompagne chaque jour des personnes en errance, souvent guidées par la peur de se dévoiler dans un environnement hostile. L’homophobie intériorisée, c’est-à-dire l’identification à l’agresseur sous peine de se détester soi-même, tue quotidiennement en France. Elle mène vers la dépression et le suicide, enferment les individus dans de véritables traquenards identitaires.

Sans des associations pour refuges, sans des écoutants pour se confier sur leur mal être, ces jeunes seraient souvent promis à une solitude radicale. Les chantages, les sévices et les meurtres visant la communauté LGBT, récemment mis en lumière par l’écrivain Abdellah Taïa au Maroc, ne doivent pas nous faire relativiser ce qui se passe en France. Au contraire, toute la société doit répondre d’une même voix et fermement condamner cette montée en puissance de la haine.

« Le corps est la chose la plus politique et la plus publique qui soit », rappelle le philosophe Paul B. Préciado. A le lire, me reviennent en tête les mots de Michel Foucault: « Un corps en mauvaise santé a pour conséquence l’oubli, le découragement, la folie, au point même que les connaissances acquises finissent par être chassées de l’âme ».  

Les soubassements conservateurs, stigmatisant les identités de genre en marge, n’ont pas encore fait long feu, malgré les conquêtes progressistes. Ces dogmes continuent de pathologiser certaines orientations sexuelles et risquent de regagner du terrain dans cette période de vacillements idéologiques.

L’investissement financier de l’Etat doit forcément être corrélé à une prise de conscience collective. Comment donner tort à l’aphorisme lapidaire d’André Gide, « Famille, je vous hais », quand la famille se retrouve justement capable de rejet au nom d’une norme inflexible ? C’est tout l’enjeu du « vivre ensemble » qui se condense dans cette seule question. 

Tribune de Joseph AGOSTINI,

Psychologue psychanalyste

Psygay

www.psygay.com

01.42.74.16.02


[1] Equipe nationale d’intervention en prévention et santé pour les entreprises

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